HABILETE DE LOUVERTURE
conseils, il ne prenait que d'adroites mesures. Il jjréchait sans cesse la modération et l'humanité. Partout il fit respecter les propriétés, même dans la région conquise.
Dessalines, son infatigable lieutenant, parti du Petit- Goave, avait atteint le pont de Miragoâne, gardé par les débris de la légion de l'Ouest, sous les ordres de Pétion. Ce pont, élevé sur la côte septentrionale de la presqu'île, dans l'endroit où l'étang est le plus resserré, établit les communications entre le département de l'Ouest et celui du Sud. Pétion l'avait fait couper et avait placé derrière des retranchements, dressés à la hâte sur le chemin, deux canons tournés contre les Nordistes. Les autres corps de l'armée du Sud étaient campés à Dufour, habitation voisine du pont, et des redoutes apparaissaient de loin en loin sur le bord de l'étang.
Dessalines commande l'attaque. Les troupes, mitraillées de très près, reculent, laissant les abords du pont couverts de cadavres. Craignant de perdre trop de monde en forçant le passage, il résolut de tourner la position et d'aller surprendre l'ennemi par derrière, tandis que Clervaux l'assaillirait de front. Baudin, colonel de la 9'^ demi-brigade, reçut l'ordre d'occuper une habitation à cinq lieues du pont dans les mornes et de s'y maintenir.
Cette manœuvre, qui marquait autant d'habileté que de hardiesse, étonna Rigaud. Il n'avait pas songé à occuper ce point. Trois cents hommes qu'il détacha aussitôt marchèrent à la rencontre de la 9° pour l'arrêter. Mais leurs efibrts furent inutiles ; ils rentrèrent au quartier-général, moins nombreux qu'ils n'étaient partis.
Quelques jours après. Dessalines laissant devant le pont deux demi-brigades, dont tous les feux restèrent allumés pour tromper l'ennemi, pénétra, à la faveur d'une nuit obscure et parla position occupée par la 9°, dans le département du Sud avec la majeure partie de ses troupes.
Le 19 mai, au point du jour, Pétion s'aperçut qu'il avait été tourné.
Après avoir encloué ses deux canons, il abandonna le pont dont Clervaux s'empara aussitôt après son départ. Rigaud, de son côté, pour ne pas se laisser envelopper par les colonnes qui se déployaient autour de lui, leva son quartier-général et se fit jour au travers des ennemis vers la petite savane de Miragoâne où il les attendit.
Les masses de Dessalines se ruèrent sur lui. Cinq heures il résista. Vers le soir, cédant à la supériorité numérique, il battit en retraite sur Miragoâne qu'il ne fit que traverser. Faubert, qui occupait cette ville, encloua ses canons et la livra aux flammes avant de se retirer.
Le même jour Dessalines entra dans Miragoâne pendant que ses batteurs d'estrade donnaient l'alarme à Saint- Michel. Dans une des maisons épargnées par le feu, il trouva une jeune mulâtresse morte, exposée sur un lit de parade. Les parents, efirayés par l'incendie et par l'arrivée des troupes du Nord, avaient lui. Le général noir s'indigna contre la mère qui n'avait pas bravé le danger pour donner la sépulture à sa fille, et lui-même rendit à la morte les derniers devoirs.
Le 18, il marcha sur Saint-Michel qu'il n'enleva qu'après quinze jours d'investissement.
Dans 1 opinion que Rigaud, sans cesse battu, lui demanderait enfin la paix, Louverture envoya à Dessalines l'ordre de suspendre sa marche triomphante. D'ailleurs son armée, forte de trente mille hommes au commencemeat de la campagne, avait été largement décimée : elle ne comptait plus que quatorze mille hommes. Irrité de l'opiniâtreté avec laquelle les populations du Sud soutenaient Rigaud, il prenait à leur égard les mesures les plus rigoureuses. Par un arrêté en date du 8 mai 1800, il avait