LA GUERRE CONTINUE
Précisément dans le même temps, le général Clervaux, qui campait à Belle vue pendant le siège de Jacmel, se mit en marche sur le Grand-Goave avec la 6^ et la 9® demibrigades. Deux chefs de bandes des mornes de Jacmel, Lafortune et Conil, s'avançaient aussi par le quartier de la Vallée sur cette ville dont un navire envoyé de Léogane bloquait le port.
Les Rigaudins, qui formaient le cordon du Grand-Goave, étaient sous les ordres de Pétion, de Faubert, de Geffrard, de Renaud Desruisseaux et de Del va.
Le 28 avril au soir, l'armée de Dessalines fit halte à Clavil. Sa première colonne, conduite par Nérette, était tombée sur un avant-poste, la seconde, que commandait Laplume, n'avait rencontré aucun obstacle.
Dessalines passa à Clavil la journée du 29.
Le 30, malgré la pluie et par des chemins presque impraticables, il atteignit l'habitation Shéridan.
Le l""" mai, il continua sa marche, passant sous le feu d'une embuscade qui fit beaucoup de mal à son avantgarde, et ne s'arrêta qu'au sommet d'un morne d'où l'on découvre le bourg. De nouveau attaqué par la bande de cultivateurs de Figaro, il les repoussa. Renaud Desruisseaux accourut pour les soutenir avec un bataillon du 5® régiment, rallia les fuyards et les ramena au combat. Il fondit avec impétuosité sur l'avant-garde de Dessalines, l'enfonça et la mit en déroute.
Dessalines réunit ses troupes et les poussa contre les Rigaudins. Renaud Desruisseaux, attaqué de tous côtés, soutint le choc multiple de ces masses pendant plus d'une heure, mais il tomba frappé d'une balle. Dessalines, cependant, ne put rompre son bataillon, qui fit une belle retraite, emportant son chef qui donnait toujours des ordres. Poursuivis, les Rigaudins détruisirent les fortifications du Grand-Goave qu'ils abandonnèrent après l'avoir livré aux
flammes. Sur leur passage ils incendièrent plusieurs habitations et s'arrêtèrent au Petit-Goave où se trouvait Rigaud.
Là mourut de sa blessure et victime de son attachement à son général, le brave Renaud Deruisseaux. Il fut enterré avec tout l'appareil de la pompe militaire au milieu delà place d'Armes^ au pied du palmier de la Liberté.
Rigaud donna quelques larmes à son ami, confia à Delva le 5® régiment, à Pétion le commandement de l'armée et partit pour les Cayes.
Dessalines ne s'arrêta pas au Grand-Goave. La ville était en cendres. Il s'éloigna, le jour suivant, 2 mai, et arriva sur l'habitation Valné où l'ennemi avait passé la nuit précédente. Quand il reprit sa marche, son avantgarde fut assaillie par le feu d'un camp assis sur un morne qui dominait le chemin. Le colonel Dommage s'élança sur ce camp, l'emporta d'assaut et dispersa les Rigaudins dans les bois. La même journée. Dessalines parvint sur l'habitation Dantis Pelle de laquelle il pouvait apercevoir le Petit^Cfoave.
Dans la soirée du 2 mai, Pétion ayant reconnu l'impossibilité de se maintenir dans ce bourg, fit ouvrir, à huit heures du soir, un feu de mousqueterie qui obligea Dessalines à se tenir à distance. A dix heures il l'évacua y laissant le colonel Faubert avec deux cents hommes. Celui-ci fit mettre le feu à plusieurs maisons particulières et aux bâtiments de l'administration qui furent consumés en un clin d'œil avec les denrées mises en dépôt.
Pour couper la retraite aux Rigaudins, Dessalines se disposait à établir des postes entre l'Acul du Petit-Goave et le pont de Miragoâne. Faubert prévint ses intentions en occupant l'Acul. En même temps, Clervaux, ayant traversé le morne Tapion, donnait une fausse alarme à la ville pour annoncer son arrivée à Dessalines. Le Grand-