DELEGATION DE LA METROPOLE
déclaré en état de blocus les ports de Miragoâne et d'Aquin, jusqu'à Tiburon inclusivement.
Il se défaisait en même temps dans les autres régions de la colonie non seulement des mulâtres qui lui étaient hostiles, mais encore de ceux qui servaient aveuglément ses intérêts, mais dont il n'avait pas besoin. Il était fort préoccupé de l'accueil qui serait fait au colonel Vincent par le Directoire, car on ignorait encore à Saint-Domingue le 18 brumaire. Le commandement en chef pouvait lui être retiré et confié à son antagoniste. La guerre eût alors pris un autre caractère. Il eût perdu son influence morale ; et, en refusant de se soumettre à Rigaud, il eût été à son tour considéré comme rebelle, et son rival, encore puissant^ eût pu l'écraser par une réaction immédiate.
Au milieu de ces conjonctures et dans les premiers jours de juin 1800, le colonel Vincent débarqua à Santo-Domingo. Il était à la tète d'une députation composée du divisionnaire Michel et du commissaire civil Raymond. A la nouvelle de leur arrivée, Lourerture expédia des agents secrets, chargés de surveiller leurs agissements et d'enlever leurs papiers. Il était décidé à les embarquer à leur entrée au Cap, si les dépêches n'étaient pas favorables à ses vues.
Le colonel Vincent n'avait débarqué à Santo-Domingo que pour connaître, avant d'y pénétrer, l'état de la partie française. Cette conduite défiante blessa les susceptibilités de Louverture et accrut ses soupçons. Par ses ordres, deux officiers blancs furent arrêtés sjir la grand'route de Santo-Domingo au Cap et les dépêches dont ils étaient porteurs, saisies. Le général Michel, déjà venu dans la colonie avec Sonthonax et qui s'était attiré l'estime de tous les gens de couleur, fut aussi arrêté sur la route du Cap . Quant au colonel Vincent on se saisit de sa personne sur la route du Port-Républicain. Après avoir acquis la
certitude que les instructiong qu'ils avaient reçues ne lui étaient pas contraires, Louverture les laissa pénétrer dans la partie française.
Cependant il ne croyait plus à la bienveillance de la France, depuis qu'il avait appris qu'une expédition était en route pour Saint-Domingue. Ses deux fils, Isaac et Placide, avaient été embarqués, en efiet, avec le général Sahuguet sur une escadre destinée à porter des renforts à l'armée d'Egypte. Le gouvernement français, afin d'attirer l'attention des Anglais hors de la Méditerranée, avait fait courir le bruit qu'elle se rendait à Saint-Domingue, et l'embarquement des fils de Louverture donnait à cette nouvelle une apparence de vérité.
Louverture s'attendait donc à voir paraître à tout instant des troupes européennes qui rétabliraient peut-être l'autorité métropolitaine. Il se transporta au Cap où il reçut la députation. Le colonel Michel lui notifia la révolution du 18 brumaire, l'installation du gouvernement consulaire et son maintien comme général en chef des armées de Saint-Domingue. Il lui remit aussi une proclamation des Consuls en date du 4 nivôse an VIII (25 décembre 1*797) et un arrêté de la même date, dont l'article 6, le dernier, ordonnait que ces mots de la proclamation : « Braves noirs, souvenez-vous que le peuple français seul reconnaît votre liberté et l'égalité de vos droits », fussent écrits en lettres d'or sur tous les drapeaux de la garde nationale.
Ces deux pièces ne satisfirent pas Louverture. Il refusa même, malgré les instances des envoyés, de remplir les instructions de la seconde. Il se sentait humilié de n'avoir pas reçu une lettre particulière du premier Consul dont il était l'égal, pensait-il. Plus que jamais il désira se rendre indépendant et comprit combien il lui importait d'écraser Rigaud qui, toujours fidèle à la métropole, faisait obstacle à l'autonomie de la colonie. Il ne vit dans le divisionnaire