‹ Le pays des nègresChapitre 104 sur 114 · PRISE DU PETIT-TROU · texte numérisé non relu

PRISE DU PETIT-TROU

leur position du morne Saint-Georges, marchèrent ensemble sur Saint-Louis. Elles se disposaient à attaquer ce bourg quand Dessalines reçut une lettre du général en chef, lui annonçant qu'il était sur le point d'entamer de nouvelles négociations avec Rigaud. Elles campèrent, en attendant, sur l'habitation Allard.

Les deux factions étaient lasses de la guerre. Mais dans le Sud le découragement était général. Les cultivateurs, certains à présent que Louverture ne voulait ni ne pouvait rétablir l'esclavage, se soumettaient en masse. Les troupes, que des pertes successives avaient réduites à un petit nombre, étaient, en partie, dispersées ou prisonnières. Le peu qui tenait encore était séparé en petites bandes, qui erraient dans les campagnes et subsistaient de rapines. Rigaud ne voyait dans son département que l'anéantissement de son parti, le mécontentement dans ses administrés, et une armée nombreuse conduite par un chef implacable et victorieux. Fidèle à son déplorable système de défense, il se retirait, détruisant tout sur son passage, chassant devant lui les habitants et les bestiaux, incendiant les habitations, les bourgades, les villes, carabinant les chemins et brûlant les récoltes sur pied.

Dans la crainte de rencontrer aux Cayes une résistance aussi opiniâtre qu'à Jacmel, Louverture parla d'arrangement. Au commencement de juUlet, le colonel Vincent, Philippe César, juge au tribunal de Léogane, et le citoyen Arrault, allèrent, de la part du général en chef, présenter à Rigaud l'amnistie du l" messidor.

Apprenant l'arrivée de la députation, celui-ci, absent des Cayes, y rentra aussitôt. Son fi^ère, Augustin, lui présenta les trois parlementaires. Il était très agité, et, après avoir pris connaissance des pièces maintenant Louverture dans son grade, il laissa éclater une fureur difficile à peindre. Les mots de vengeance, à' arrestation,

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sortirent de sa bouche. On croit que, au mépris du sautconduit délivré par Roume aux envoyés, il les aurait fait emprisonner, si le colonel Vincent ne lui eût présenté une lettre de son fils, en ce moment au collège de Liancourt. Le jeune Rigaud mandait à son père combien le colonel avait eu pour lui de soins et d'attentions. Après la lecture de cette lettre, Rigaud tomba dans un grand abattement et laissa paraître son désespoir. Un moment on crut qu'il attenterait à ses jours. Redevenu plus calme, il demanda à Philippe César et à Arrault comment ils pouvaient, eux, qu'il avait connus si honnêtes, servir de vils instruments à un monstre, tel que Louverture. Les députés se retirèrent. Cependant, le peuple qui supportait toutes espèces de privations, accourait auprès du colonel Vincent et s'informait de l'objet de sa mission. Quand on sut qu'elle était toute pacifique, il témoigna hautement sa satisfaction, Rigaud, enfermé chez lui, refusait toujours d'entendre parler d'accord. Vaincu enfin par les instances de ceux qui l'entouraient, il se décida à envoyer une députation à Louverture. Il invita le colonel Vincent, Philippe César et Arrault à attendre sa réponse jusqu'au retour de ses députés, les citoyens Martin Bellefond, Chalvière et Latulipe. Ceux-ci se rendirent au Petit-Goave où était le général en chef par lequel ils furent accueillis avec bienveillance. Ils lui proposèrent, au nom de Rigaud, de revenir à l'état de choses existant avant la guerre. Louverture, aussi inébranlable dans ses projets que vif dans ses actions, consentit à condition que Rigaud avouerait ses torts et reconnaîtrait son autorité sans restriction aucune. La députation rentra aux Cayes, le 20 juillet.

Rigaud, humilié de la réponse de Louverture, dévora son ressentiment en public. Pour gagner du temps, il envoya demander par le citoyen Bonnard une suspension d'armes pour faire ses préparatifs de départ. Louverture

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