‹ Le pays des nègresChapitre 106 sur 114 · LOUVERTURE AUX CAYES · texte numérisé non relu

LOUVERTURE AUX CAYES

fléchir au temps : il quitta les Cayes avec toute sa famille et trois officiers liés à sa fortune, Borgella, Lamarre, qui plus tard devint célèbre, et un nommé L'Angevin.

A Tiburon, U trouva un navire qui mit à la voile pour la Guadeloupe, dont le gouverneur lui donna une large hospitalité. Après un court séjour dans cette île, Rigaud passa en France et se fixa à Brest.

La plupart de ses lieutenants, entre autres Faubert, GefFrard, Delva, Bonnet, Birot, embarqués avant l'arrivée de Dessalines, se dispersèrent les uns dans les Antilles, les autres sur le continent américain. Tous vécurent dans une misère profonde. Pétion, plus heureux que ses compagnons d'infortune, reçut à Paris une pension du gouvernement consulaire.

Dessalines entra en triomphateur dans les Cayes. 11 poursuivit Rigaud, mais arrivé au pied du morne Tiburon, il apprit son embarquement. Il revint aux Cayes attendre le général en chef.

Les colons, connaissant le faible de Louverture pour le sexe, portèrent les dames de la ville à lui faire une adresse. Le 2 août 1800, celles-ci envoyèrent au-devant de lui une députation chargée de lui ofirir le témoignage de leur reconnaissance.

Louverture fit son entrée aux acclamations de la populace, toujours prête à accepter le plus fort pour son maître. Malgré les efforts des colons pour donner à la ville un air de réjouissance, on voyai* partout l'image de la tristesse. Les habitants étaient dans la consternation et dans l'attente d'une répression terrible. L'adjudant-général Taureau, qui avait constamment trahi Rigaud, se présenta devant le général en chef avec une barbe de capucin et se prosterna à ses pieds eu disant : J'avais fait vœu de ne couper ma barbe qu'après le triomphe de vos armes. Louverture répondit : Vous m'en dites trop. Taureau ; sortez

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d'ici. Taureau, chassé du cercle des favoris du général en chef, devenu l'objet du mépris de tous, tomba dans le plus profond chagrin.

Le 5 août, Louverture fit publier par les rues de la ville que, ses ennemis étant terrassés, il était déterminé à faire le bonheur de son pays et conformerait sa conduite à cette prescription du christianisme : « Pardonnez à ceux qui vous ont offensés. »

Pendant ce temps, Dessalines, qui commandait l'armée avec tant de succès et de gloire, s'acheminait sur Jérémie. Cette ville était commandée par un vieillard, homme de couleur, nommé Gaspard. Les colons de la Grande-Anse, qui avaient beaucoup souffert de son autorité, sous Rigaud, dès qu'ils apprirent que Dessalines approchait, formèrent une garde d'honneur de deux cents cavaliers et vinrent audevant de l'armée qui traversait la rivière dans les bacs. Dessaline» détesta toujours les blancs. Du plus loin qu'il les aperçut, il leur ordonna de se disperser sous peine d'être fusillés. La peur s'empara d'eux et ils retournèrent à bride abattue à Jérémie, mortifiés de l'accueil qu'ils avaient reçu et craignant d'être confondus avec les Rigaudins.

Dessalines entra dans' la place. Il y régna aussitôt une consternation générale. Le lendemain commencèrent les exécutions des partisans de Rigaud. Chaque après-midi on en réunissait un certain nombre sur la plage près du fort Lapointe. Après une seule décharge on tuait à coups de baïonnette ceux qui n'avaient pas été atteints et on achevait ceux qui, blessés seulement, respiraient encore. Cruel par instinct et excité par Louverture, Dessalines se baigna dans le sang. Des massacres semblables avaient lieu en même temps au Corail, au Petit-Trou, à l'Anse-à- Veau, à Miragoâne et au Petit-Goave.

Après avoir été fêté par les colons, Louverture partit

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