‹ Le pays des nègresChapitre 107 sur 114 · FFN DE LA. GUERRE · texte numérisé non relu

FFN DE LA. GUERRE

des Cayes, emportant la liste des noms des Rigaudins qui, retenus par son amnistie, étaient restés exposés à ses coups. Le 23 août précédent, il avait fixé les limites du département du Sud à la tête duquel il mit le général Laplume,

Quand il traversa Aquin, il nomma le colonel Nerette commandant de l'arrondissement. Il entra le 30 août à Léogane où était le rendez-vous de ses colonnes. Dessalines y arriva après avoir laissé à Jérémie un bataillon de la 4« sous les ordres de Dommage, devenu commandant de l'arrondissement de la Grande-Anse.

Il y eut à Léogane une fête patriotique et religieuse. Les troupes, massées sur la place d'armes, furent passées en revue par le général en chef, qui monta ensuite sur l'autel de la patrie pour leur recommander de toujours prier Dieu à qui elles devaient leurs victoires. Puis il se rendit à l'église, escorté de tous les officiers supérieurs. Après le Te Dewn, il monta en chaire et fit approcher Dessalines auquel il ôta son ceinturon de général de brigade pour le remplacer par celui de général de division. Il appela également le général Clervaux, le serra dans ses bras et lui fit présent d'une belle carabine en lui disant que personne, excepté lui, ne s'était servi de cette arme.

Le reste de la journée s'écoula au milieu des réjouissances de toutes sortes.

Après avoir incorporé les débris des régiments du Sud dans les demi-brigades du Nord et de l'Artibonite, le général en chef ordonna à Dessalines de se rendre avec l'armée à Saint-Marc, d'où il renverrait chaque corps dans son cantonnement respectif.

Il y avait à Léogane trois cents prisonniers noirs et jaunes de l'armée de Rigaud. Conduits hors de la ville, dans un endroit écarté, ils furent inhumainement sabrés par une compagnie de guides du général en chef. Lorsque ces assassins se furent assurés qu'il ne restait pas un être

vivant, ils abandonnèrent le champ de carnage et prirent la route du Port-Républicain dans laquelle ils ne tardèrent pas à rencontrer Louverture qui se rendait à cette ville : « Tout est-il tranquille? )j demanda le général en chef au capitaine nommé Lerebourg. — Oui, général en chef. — Vous n'avez rien entendu, n'est-ce pas? — Non, général en chef, — Il n'y a pas eu d'assassinat de ce côté-ci? — Non, général en chef. — Mon amnistie est très observée? — Oui, général en chef. — Je suis content de vous, capitaine. Vous savez faire votre devoir. Continuez : vous serez récompensé.

Au Port-Républicain cinquante prisonniers Rigaudins, officiers, soldats et bourgeois, furent amenés par Dessalines dans la savane Valembrun. Ceux qui, en marchant à la mort, montrèrent du sang- froid, excitèrent son admiration et furent sauvés. On tua les autres à coups de baïonnette. 11 existe encore dans cette savane, qui s'étend derrière l'hôpital, une croix dite des Martyrs, plantée sur la fosse dans laquelle furent jetés pêle-mêle ces cadavres sanglants. On raconte qu'un de ces malheureux, lardés de coups, respirait encore. Au milieu de la nuit, il se traîna vers une case dans laquelle brillait une lumière. Cette case était habitée par une pauvre négresse qui lui donna asile et le pansa. Le surlendemain, cette femme compatissante alla se jeter aux pieds du général en chef, demandant la grâce de l'infortuné. — Lui faire grâce, demanda Louverture, et pourquoi? Qu'a-t-il fait? — 11 se meurt, répond la vieille dédée ; il est percé de coups. — Comment, et on n'a pas arrêté les assassins? — Il ordonna que le mutilé fût porté devant lui. A sa vue, il versa des larmes et déplora un tel crime. Il lui fit prodiguer des soins, et cet homme, nommé Râteau, vécut encore de longues années.

A Saint-Marc, 600 Rigaudins étaient enfermés dans la prison. Louverture donna à Dessalines l'ordi'e d'exécution.

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