‹ Le pays des nègresChapitre 11 sur 114 · PRISE DL' CAP PAR DESSALINES · texte numérisé non relu

PRISE DL' CAP PAR DESSALINES

— Où voulez-vous en venir avec tous vos forts?...

— A vous raconter la prise du Cap par Jean-Jacques Dessalines.

— Ha ! voyons . . .

« — A la suite de la capitulation du Port-Républicain, » Dessalines laissa aux troupes onze jours de repos, en » leur annonçant toutefois, afin que leur ardeur ne se » refroidit point, son dessein de marcher sur le Cap- » Français. Le 21 octobre 1803, il quitta la plaine du » Cul-de-Sac. Le l'^'" novenabre suivant, ayant passé en » revue, aux Gonaïves, les 3«, 4®, 11" et 20<= demi- » brigades, il arriva, le 6 du- même mois, au carrefour du » Limbe, rendez-vous des forces du Sud, de l'Ouest et du » Nord.

» Les dragons de l'Artibonite, armés de longues lattes »> et coiffés de vieux casques ombragés de panaches verts, » l'accompagnaient. Cette cavalerie était commandée par » le colonel Charlotin Marcadieux et par les chefs d'esca- » dron Paul Prompt et Bastien.

» Outre toutes espèces de difficultés, on eut encore à » braver les rigueurs de la saison. Le temps était affreux. M Des pluies torrentielles, tombant depuis plusieurs se- » maines, avaient défoncé les chemins. Bref, le 15 novem- » bre, l'armée atteignit le Morne-Rouge où Dessalines » établit son quartier-général sur l'habitation Lenor- » mand.

» Le jour suivant, toutes les dispositions prises, por- » tant la victoire dans ses yeux, il inspecta les soldats au » nombre de 27,000, leur parla, les anima chacun de 0 l'ardeur dont il était plein et les prépara à l'assaut « qui •) devait assurer une indépendance incontestée à leur » patrie. »

» Ensuite, les divers corps de l'armée, formés en co- » lonnes serrées, défilèrent devant lui. Les fantassins, bien

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» armés depuis l'occupation du Port-Républicain, avaient » d'abondantes munitions qu'ils portaient dans des havre- » sacs de peau de cabri ou dans des macoutes. Leur uni- » forme se composait simplement d'un chapeau de paille. » Amaigris par les marches forcées, par les privations de » toutes sortes, les lèvres hérissées de moustaches re- » belles, ils étaient terribles d'aspect. Si la discipline » n'avait maintenu dans leurs rangs un ordre parfait, on » eût pu les prendre pour des hordes sauvages. Les géné- » raux, au contraire, paradaient, revêtus de magnifiques » costumes tout brodés d'or. C'étaient Gabart, Jean- » Philippe Daut, Clervaux, Christophe, Romain, Cangé, » Vernet et Capoix lamort, tous rivaux d'ambition.

» Dessalines savait que Rochambeau n'avait aucun » soupçon de son audacieuse entreprise. Au milieu de la » garde qui veillait autour de son palais, le capitaine- » général se croyait inattaquable. Plongé dans d'enivrantes » voluptés, il ne songeait pas, l'imprudent ! que le Cap » serait sa Capoue.

» Avant d'attaquer les forts Bréda et Vertières, Dessa- » Unes envoj^a Christophe et Romain s'emparer de la Vi- » gie, qui domine la ville du côté opposé. Ceux-ci, ayant M enlevé plusieurs postes, mandèrent au général en chef i » qu'ils attendaient qu'on donnât l'assaut à Bréda pour » tenter celui de la Vigie. Dessalines s'avança sous le feu » de l'ennemi pour reconnaître le fort qu'entourait un » fossé. Entre ce fossé et les remparts, se dressait une » haie impénétrable d'aloès, de cadasses et d'autres » plantes épineuses, entrelacées de fortes lianes. Dans la » nuit du 17 au 18 novembre, Capoix reçut l'ordre de » marcher sur le Cap avec l'avant-garde, sitôt que l'action » commencerait, et de ne s'arrêter qu'à la Barrière- » Bouteille. Clervaux fit dresser à quatre" cents mètres d^ » Bréda une batterie confiée à Zenon et à Lavelanet. Le

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