‹ Le pays des nègresChapitre 12 sur 114 · PRISE DU CAP PAR DESSALINES · texte numérisé non relu

PRISE DU CAP PAR DESSALINES

» matin, quand la diane résonna dans le fort, un boulet » vint tomber sur ses remparts. Il répondit immédiate- » tement. Nos artilleurs furent tués sur leurs pièces. A ce » moment Rochambeau sortit du Cap. Sa garde d'honneur » se rangea au pied de Vertières. Dans le même temps, » Christophe, descendant de la Vigie, s'emparait de » Destaing au pas de charge. Comme les divisions Gabart, )j Yernet et Cangé, se trouvaient exposées, dans la » grande route, au feu du fort Pierre-Michel, Dessalines » se détermina à tourner Bréda pour assaillir les blancs à » la fois dans toutes leurs positions. Il envoya l'ordre à » Capoix, qui approchait du Cap, d'enlever l'habitation » Charrier, bâtie sur un plateau, au-dessus de Vertières. » En face même de ce fort, un ponceau, à moitié rompu, » traversait le ravin qui coupe le plateau. Sur son tablier, » étaient braqués quatre canons dont Capoix devait » essuyer le feu en montant. Parvenus à la tête du pont, » ses grenadiers reçoivent une décharge si effroyable » qu'ils reculent. Lui qui n'avait jamais battu en retraite, » releva leur courage en leur faisant entendre sa voix » terrible :

» — Il faut, mes braves, emporter cette butte. La » victoire est à cette condition. En avant ! . , .

» Les indigènes recommencent l'attaque. Une décharge » les disperse. Capoix les rallie encore et arrête les » blancs qui, franchissant^le ravin, les poursuivaient, la » bayonnette dans les reins. Il s'avance le premier, » bravant la mort. Les soldats le suivent, mais ils sont » repoussés une troisième fois. Alors Capoix s'indigne. Il » jure d'enlever la batterie. LTn boulet renverse son che- » val. L'intrépide général tombe : on le croit mort. Bien V vite il se relève, marche à pied et commande : « En M avant ! En avant ! » Un autre coup de canon éclate. » Son chapeau, garni de plumes, est emporté au loin.

» D'enthousiastes acclamations retentissent dans Ver- » tièpes. Les tambours battent. Un hussard, sorti du fort, •)■> s'arrête à la tête du pont et crie aux indigènes :

» — Le capitaine-général Rochambeau envoie son » tribut d'admiration à l'homme de couleur qui se bat si )i vaillamment.

» Ces paroles jetées, le cavalier se retire et le combat » recommence.

» Dessalines comprit que le succès de la bataille dépen- » dait de l'enlèvement de la butte Charrier.

» — Je veux, s'écrie-t-il, dût toute l'armée tomber » brigade par brigade, que le drapeau haïtien flotte sur le » sommet de Charrier avant une demi-heure ! . . .

» Gabart et Jean-Philippe Daut s'engagent avec deux » bataillons dans l'allée qui s'étendait le long du ravin . » Les blancs dirigent tous leurs coups sur la petite co- » lonne, qui avance toujours, à travers les projectiles, au » pas de charge, sans être ébranlée. Enfin elle s'établit » sur le plateau, et de là répond au feu de Vertières, au » pied duquel Capoix faisait des prodiges de valeur. En » même temps Christophe canonnait le Cap des hauteurs » de la Vigie. Une épaisse fumée, traversée sans cesse » par les obus et par les bombes, obscurcissait le jour. » Assis sur un quartier de rocher, Dessalines se repaissait » de ce spectacle épique.

» Sur l'étroit plateau de Charrier, les trois demi-bri- » gades qui s'en étaient rendues maîtresses, ne trouvèrent » aucun abri, car les projectiles, lancés de Vertières, » avaient démoli l'habitation. Jean-Philippe Daut traça, » sous la pluie des balles, la ligne des retranchements que » les soldats élevèrent en moins d'une heure. Un caisson » fit explosion dans Vertières. Les blancs en sortirent avec )j deux canons. Daut descend dans la savane Champin » pour les combattre. Il est repoussé. Profitant du désor-

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