A BORD DK LA CONCEPTION
ébahie, que je ne pus, malgré le peu d'envie que j'en avais, ne pas rire de cette friponnerie qui me coûta deux ou trois piastres.
A bord, je trouvais une famille capoise^, composée de la mère, de deux fils et de trois filles ; une femme voyageant seule et un Cubain d'oiigine française. Tous ces passagers se rendaient, comme moi, au Port-au-Prince,
Deux ou trois heures après, — je ne sais plus au juste, — la Conception, fuyant le Cap-Haïtien, qui décroissait derrière nous, tour à tour gravissait et descendait les vagues. Le jour baissait. Une pluie subite nous assaillit. Dans la nécessité de chercher un abri dans la cale, puisque l'unique chambre de la goélette était réservée aux femmes, je passai la nuit fort mal à l'aise, sans lit, pêle-mêle avec les matelots, sur les barriques pleines d'eau qui formaient le lest. Pour surcroit d'infortune, la pluie, filtrant à travers les joints mal calfatés du tiilac, me tombait sur le corps goutte à goutte. En vain, je changeais de place, au risque de marcher dans l'obscurité sur le ventre de mes voisins, ce qui aurait été peu agréable pour eux, cette inondation agaçante me poursuivait dans tous les coins. Le tiilac de la goélette était un crible à vanner les vagues. Pendant mes évolutions à fond de cale, la pluie continuait de tomber avec la nuit, et je n'ai pas pu jeter un coup d'œil, même à la dérobée, sur la profonde baie où se trouve Vile à rais, et que Colomb, qui y entra le 21 décembre 1492, appela Puerto de San-Tomas, dénomination que le temps n'a pas conservée, car elle se nomme aujourd'hui Vaie de VAcid, et le village qui s'élève au fond, à quatre lieues du Cap-Haïtien, VAcul-du-Nord.ie ne vis pas non plus le Port-Margot, situé à une lieue et demie de l'embarcadère du même nom, dans lequel est VUe-à-Càbris où se réfugièrent les fiibustiers français , chassés de la Tortue par les flibustiers anglais, que commandait le
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fameux Willis, fait prisonnier en 1660 par du Haussât.
Après le Port-Margot, on trouve le Borgne, ainsi appelé parce que, yu sa position, derrière une haute croupe de rochers, on n'en aperçoit qu'un coté à la fois. Ce village est bâti sur un terrain d'alluvions, près de l'Ester, rivière dangereuse dans la saison des pluies. Je dois le dire vite, le Borgne dont je parle, c'est le nouveau. Au temps des colons, ce n'était que l'embarcadère de l'ancien, qui existe encore à trois lieues dans l'intérieur sous le nom de Petit- Bourg. A présent, c'est le chef-lieu d'un arrondissement montagneux qui donne le meilleur café du Nord.
A cinq kilomètres de la mer, sur le chemin du Petit- Bourg, se présente une caverne divisée en sept salles, dans lesquelles on a retrouvé, comme à la Voûte-à-Minguet, des ossements humains, des fétiches et des fragments de poterie indienne. 11 y a de plus, aux environs du Borgne, un étang salé.
Qui se doute que le joyeux chansonnier Desaugiers, venu à Saint-Domingue, au moment où éclata « une guerre dont l'histoire n'offrira jamais d'exemple» fut sur le point d'être fusillé « par les cannibales ? »
Au petit jour, la goélette, qui avait doublé le cap Rouge pendant la nuit, aborda à Saint-Louis-du-Nord, ou plus brièvement Saint-Louis. Ce bourg, commodément assis dans une petite plaine, au bord de la mer, doit son établissement à l'abandon de la Tortue par les flibustiers, en 1675. On trouve dans le voisinage d'excellents bois, de la craie, des spaths calcaires et de l'albâtre. Sou port, petit, entouré de récifs, exposé à tous les vents, n'est pas accessible aux navires de fort tonnage.
Nous ne fîmes à Saint-Louis qu'un arrêt de deux heures, et, continuant notre navigation, nous nous engageâmes dans le canal, large d'environ huit kilomètres, qui sépare de la grande terre la Tortue.