‹ Le pays des nègresChapitre 19 sur 114 · LA TORTUE · texte numérisé non relu

LA TORTUE

no, tributaire du Kacik du Marien, y avait sa résidence.

Plusieurs autres choses m'ont intéressé. Les flibustiers français, chassés de la Tortue par les flibustiers anglais et espagnols, s'y Axèrent eu 1665. Ce fut leur second étabhssement sur la grande terre. Ils y trouvèrent un repos sans inquiétude et l'appelèrent Port-de-Paix. En 1666, d'Orgeron y planta le cacaoyer trouvé par Colomb dans une île de la baie de Honduras. Là toujours éclata, en 1618, la première révolte des esclaves, fomentée par Padre Juan. L( s insurgés s'étaient retranchés dans les mornes. Pouancey les réduisit avec le secours de viagt flibustiers qui, cherchant aventure, étaient venus au Port-de-Paix. En 1685, le gouverneur de Cussy en fit la capitale de la colonie.

Les indigènes dont les noms ont laissé trace dans la mémoire des habitants, sontMaurepas, Capoix et Rébecca.

Le premier qui y commandait pour la France, accusé de trahison en 1802, fut tué après avoir subi, au rapport de T. Madiou, un traitement sauvage.

Afin de le détacher de Toussaint Louverture, dont il était partisan zélé, Leclerc lui fit bon accueil au Gros- Morne, lui conserva son grade, lui confia le commandement du Port-de-Paix. Lorsque le général Brunet, d'après les instructions du capitalue-général, évacua la viUe, Maurepas, sa famille, le chef de bataillon René Vincent et plusieurs compagnies de la 9° coloniale, restées fidèles à la métropole, s'embarquèrent sur les bâtiments de guerre en rade, qui gagnèrent le canal de la Tortue, sitôt que le vent enfla leurs voiles.

A bord du vaisseau-amiral il y eut une scène atroce. Déjà René Vincent était tombé sous le poignard. Maurepas, craignant le même sort, implore la protection de Brunet, qui ne répond point. Les matelots le saisissent à son tour, le dépouillent de ses vêtements, l'attachent au

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grand màt. Sa femme, autre Arrie, l'exhorte à braver la mort. Elle-même est pendue à une grande vergue au milieu de ses enfants. Maurepas voit leur supplice sans pousser un cri. «Tu ne parles pas, hurlaient ses bourreaux, nous te ferons pleurer » et ils le passent aux verges, châtiment réservé aux esclaves. Puis ils fixent sur ses épaules, avec de longs clous, deux épaulettes de général de division. Les yeux du patient s'injectent de sang. Aucune plaiLte ne sort de sa bouche. « Le soleil est bien chaud, observe le commandant, donnez au général iV'aurepas la coifi'ure de son grade. » Un matelot cloue par dérision un vieux chapeau galonné sur la tête de la victime dont les yeux s'éteignent. Alors une voix s'élève sur le tillac : — Le général Maurepas, convaincu d'avoir conspiré contre la République française, sa bienfaitrice, sera noyé.

Son cadavre, jeté par dessus le bord, fut entraîné sous les fiots par un boulet.

Pamphile de Lacroix dit que Maurepas fut simplement noyé. Il était sans doute coupable. N'avait-il pas, en février 1802, fait assassiner les deux parlementaires, Breton et Bistaret, que lui avait envoyés le général Humbert ?

Capoix, le général aux cent guides, qui enleva le Portde-Paix aux Français, y commanda en 1804 sous Dessalines. C'est lai qui fit élever dans les mornes, à quelques lieues de la ville, le fort des Trois-Pavillons, pour servir d'asile aux indigènes, dans le cas où les Français tenteraient une nouvelle invasion.

Sa fin fut aussi tragique que celle de Maurepas.

Christophe, informé, dès les premiers jours d'octobre 1806, qu'une prise d'armes devait avoir lieu dans l'arrondissement des Cayes, résolut de se débarrasser de l'ancien compagnon d'armes, dont l'influence pouvait balancer la sienne, après la chute de Dessalines, qui paraissait certaine. Capoix fut mandé an Cap pour affaire de service.

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