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LES COTES DU NORD

traversées eu vue des terres. Vivent les belles nuits, pour faire un agréable voyage, alors que le ciel est prodigue de clartés, et que la lune, penchée sous son dôme bleu, comme une courtisane de Venise à son balcon, vous cligne de l'œil.

Quels beaux paysages aux changeantes perspectives se déroulaient à nos jeux I

Dans la nuit, nous reconnûmes la pointe Jean-Rabel, avant le bourg du même nom, qui date de 1743, époque de la construction de son église. Il s'élève à une bonne Ueue de son embarcadère situé à l'embouchure de la rivière de Jean-Rabel. C'est dans ce petit port que l'indigène Derenoncourt fit sauter, en 1807, le garde-côtes La Constitution qu'il commandait pour Pétion, afin de ne pas le laisser capturer par un brick de guerre de Christophe qui le poursuivait. La commune de Jean-Rabel donnait autrefois un indigo de qualité supérieure.

Ayant doublé le cap Saint-Nicolas, nous entrâmes le matin, laissant à tribord le fort Saint-Georges en ruines, dans le havre d'Haïti, qui le premier reçut les balanaélès, c'est-à-dire les hommes de mer, comme les Indiens appelaient les Européens. La Santa-JMaria et la Nina y mouillèrent le .6 décembre 1492. Colomb lui donna le nom de San-Nicolas, en l'honneur du saint dont on célébrait la fête ce jour-là. Celui de Môle lui vient de la pointe de rochers qui protège son entrée, comme une jetée naturelle. Le grand explorateur s'y arrêta une seconde fois, deux ans plus tard, le 29 avril 1494, quatre jours avant de découvrir la Jamaïque.

Jusqu'en 1693, le môle Saint-Nicolas, qui fait partie du département de l'Artibonite, servit seulement de refuge aux flibustiers. A cette date, le gouverneur Ducasse commença à en tirer parti. Toutefois ce port que son importance comme station navale a fait surnommer par Raynal

ai LE l'AYS DES ^•EGRES

le Gibraltar du Nouveau-Monde, n'a eu d'habitants qu'en 1764. Ce furent d'abord des Acadiens, qui s'étaient compromis à jeter dans la mer les cargaisons de thé de lord North ; ensuite des émigrants allemands pour lesquels des baraques avaient été préparées.

On y construisit des fortifications considérables dans le but d'en interdire l'entrée aux vaisseaux de la Grande- Bretagne, rivale dangereuse qui a toujours disputé à la France la souveraineté des mers. On comptait de gauche à droite, la batterie Basse, la batterie des Frères, les deux Retranchements, la batterie du Carénage, la batterie d'Orléans, la batterie Valière, la batterie de Grasse, la batterie de Mortiers. Les colons Deneux, 0' Farel, Jaunas et Chaumette, traîtres à la métropole, livrèrent la ville au commedoré Ford, le 21 septembre 1793. Celui-ci éleva de nouvelles défenses du côté de terre. Les Anglais l'occupèrent jusqu'en 1798, époque à laquelle le général Maitland la rendit à Toussaint Louverture, qui jouait Hédouville, l'agent du Directoire. Vers le milieu de l'année 1803, la Poursuivante, frégate française de 40 canons, commandée par \Yillaumez, soutint près de ce port, en revenant de Santiago-de-Cuba un combat très vif contre V Hercule, vaisseau anglais de 74 canons. Le navire de S. M. B. perdit son capitaine et abandonna la frégate française.

Après la proclamation de l'indépendance de la colonie, le Môle, occupé par les troupes que Pétion avait envoyées pour seconder l'insurrection du Port-de-Paix, fut assiégé par Christophe. Lamarre, Eveillard, généraux sudistes, s'illustrèrent en le défendant, et plus heureux que Toussaint, tombé aux griffes du tigre du Nord, ils trouvèrent sur la brèche une mort glorieuse.

Après sa reddition, cette ville, qui avait beaucoup souffert pendant le siège, fut complètement démantelée. Depuis lors elle n'est pas sortie de ses ruines.

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