‹ Le pays des nègresChapitre 33 sur 114 · ANNIVERSAIRE DE L INDEPENDANCE · texte numérisé non relu

ANNIVERSAIRE DE L INDEPENDANCE

aimait avec passion ce genre de divertissement. Commencées à neuf heures du matin, elles furent suspendues à deux heures après-midi, à cause du désordre. Ceci est tellement vrai que chaque propriétaire soutint que son coureur était arrivé le premier.

Dessalines, pour ne pas faire de jaloux, réserva les prix.

A quatre heures, 400 tambours et autant de fifres jouèrent l'assemblée générale. Au palais impérial, la musique de la 4« demi-brigade — il n'y en avait pas d'autre — exécutait les plus beaux morceaux de son répertoire.

A cinq heures et demie, deux cents pièces de gros calibre, dressées dans les forts et sur les remparts de la ville, commencèrent à tirer. Cette canonnade, capable de faire courir les morts dans la vallée de Josaphat, dura jusqu'à six heures.

Le lendemain, qui était donc le l^"" janvier 1805, dès sept heures, 5000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, occupèrent une enceinte immense, au milieu de laquelle s'élevait l'autel de la Patrie, portant le trône de S. M. On pouvait étudier chez eux les innombrables gradations qui séparent l'homme nu de l'homme vêtu ; mais les moins bien partagés, compensaient largement par la dignité de l'attitude, la primitive simplicité de leur uniforme.

Vers huit heures. Dessalines quitta le palais, ayant le général Christophe à sa droite et le général Bazelais à sa gauche. Il portait un habit rouge brodé d'or, des épaulettes constellées de sept étoiles de diamant, un chapeau galonné d'or, avec plumes aux couleurs nationales. Un ataghan pendait à son côté ; sa main droite tenait une canne à pomme d'or. A quelques pas derrière lui, marchaient de front les généraux de l'empire : F. Capoix, T. Brave, Vernet, Clervaux, L. Gabart, Pétion, GeflFrard, Férou, J.-L. François. Puis venait à une petite distance l'impératrice.

qui avait de la beauté, en robe de satin bleu de ciel, brodée d'or et d'argent et semée d'abeilles. Douze dames d'honneur et quatre aides de camp l'accompagnaient.

A peine Dessalines fut-il monté sur l'autel de la Patrie que Christophe commanda : « Présentez armes ! genou terre! » Les soldats s'agenouillèrent sur le champ. Quoique surprise de ce mouvement, la foule, ce troupeau de Panurge, se prosterna aussi. Alors les canons, les tambours, les fifres, les clairons, la musique delà 4® demi-brigade et les deux cents canons détonnèrent. Cette apothéose rendait sourds et aveugles ceux qui en étaient témoins.

Le vacarme cessa. Le peuple, toujours agenouillé, entendit un discours que Boisrond-Tonnerre, seul avec Dessalines sur l'autel de la Patrie, débita d'un ton véhément. Pendant qu'il retraçait les cruautés des Français et les exploits des indigènes, S. M. paraissait animée d'une fureur terrible : Elle grinçait des dents. Boisrond-Tonnerre se tut. Elle prononça d'une voix rugissante le serment de vivre libre ou de mourir; l'impératrice et les dames d'honneur s'agenouillèrent.

Ensuite Christophe fit avancer les troupes, qui défilèrent devant l'empereur. Il était midi lorsque S. M. rentra au Palais. On y avait préparé un repas somptueux, auquel prirent part les officiers de la garnison et les employés civils et militaires.

Enfin, au coucher du soleil, à six heures, un bal fut ouvert par l'empereur, Christophe, Vernet , Bazelais, d'une part ; l'impératrice, la princesse Célimène, mesdames Daut et Vernet, d'autre part ; sous les tonnelles, la Chica, \e d07i Pèdre, la Madiica, le Vaudou, disloquaient les épines dorsales et les hanches de la populace.

Dessalines, empereur, songea à réformer les lois. Il y travaillait avec son conseil privé, composé de gens animés du même esprit, tels que J. Chanlatte, secrétaire-général,

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