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LE PORT-AU-PRINCE

troublée par la frayeur, par le tumulte, par les cris, l'avait abandonné dans sa chambre, endormi dans son berceau. La malheureuse prononce le nom de son enfant ; elle implore des secours ; la terreur et le danger glacent tous les courages; personne ne bouge... La nourrice se précipite au risque de sa vie dans la maison chancelante et apporte sain et sanî le petit Sansandre.

La population logea plusieurs mois sous des tentes. Pour prévenir la disette, le comte de Nolivôs, gouverneur-général, et le président de Bongars, intendant, requirent les vaisseaux en rade, de fournir du pain jusqu'à ce qu'on eût reconstruit les fours. Les habitants des quartiers circonvoisins, moins éprouvés, envoyèrent avec la plus grande générosité des vivres de toute espèce.

Dans la suite, une ordonnance de police enjoignit à tous les citadins d'élever leurs demeures en bois. C'était éviter un danger pour s'exposer à un autre, non moins destructeur, tout aussi terrible, et surtout plus fréquent, — le feu. Les incendies de la Saint-Pierre 1784, du 21 novembre 1794, du 25 août 1820, du 16 décembre 1822, etc., ont tour à tour dévoré la viUe en totalité ou en partie.

Peu de temps avant mon arrivé, la rue des Fronts- Forts, la plus commerçante et la plus fréquentée, avait été réduite en cendres en quelques heures.

Menacés à chaque instant par ce second danger, les propriétaires, afin de le conjurer, sont revenus à la brique, ce qui n'empêche pas le Port-au-Prince d'être tout en flammes, deux fois par an au moins, ainsi que je l'ai constaté à mes dépens.

Les détails que l'histoire nous transmet sur la capitale de la République d'Haïti sont nombreux.

Elle nous apprend tout d'abord que ce fut dans cette ville, en janvier 1790, que les planteurs organisèrent l'Assemblée dite de l'Ouest, autant pour fcivoriser la révolution

que pour contrarier le gouverneur de Pénier. Celui-ci, forcé de prêter le serment civique à la nation, à la loi et au roi, forma, pour contenir les anarchistes, une ligue d'hommes également dévoués à l'ancien régime et à la métropole. Chacun d'eux porta à son chapeau un pompon blanc : c'était la couleur de la royauté. Chaque parti voulut alors avoir son pompon : le rouge fut celui des révolutionnaires; le jaune, celui des hommes de couleur.

Quoique soutenus par le régiment de M. de Mauduit, d'une ancienne famille de Bretagne, les Pompons hlancs perdirent bientôt leur prépondérance. Les Pompons rouges étaient plus audacieux. Ils avaient à leur tête un aventurier italien Praloto et une virago, la Martin, qui, la tête chargée de plumes rouges comme un kacik, les épaules simplement couvertes de ses cheveux dénoués, ayant à la ceinture un sabre et des pistolets, fréquentait les clubs, excitant à la révolte la populace qu'elle s'attachait par des distributions de viande et de pain. L'acharnement de sa haine contre le colonel de Mauduit n'étonne plus, quand on sait qu'elle venait d'un amour dédaigné.

L'administration de la colonie était alors aux mains de M. Rouxelle de Blanchelande, gouverneur très faible, qui laissa mettre le comble à la confusion en mars 1791, à l'arrivée des troupes commandées par M. de Villages. Les régiments d'Artois et de Normandie fraternisèrent avec la populace. Cédant à leurs pernicieuses insinuations, les soldats de M. de Mauduit abandonnèrent leur colonel pour faire avec eux cause commune.

C'était l'époque où s'opérait en France la grande transformation sociale.

M. de Mauduit, surpris dans sa demeure, fut traîné au Gouvernement, où l'on devait prendre Blanchelande, afin de les conduire ensemble au Comité de l'Ouest, déjà en permanence. Mais le gouverneur, sorti de son palais par

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