‹ Le pays des nègresChapitre 41 sur 114 · SOUVENIRS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

SOUVENIRS HISTORIQUES

En 1793, les Anglais en guerre avec la France, occupaient déjà le Mùle-Saint-Nicolas, Saint-Marc et l'Arcahaie. Pour être maîtres absolus de la baie de la Gonave, il ne leur restait plus qu'à s'emparer du Port-au-Prince, devenu depuis peu le Port-Républicain. Dans la nuit du 1 au 2 janvier 1794, le commodore Ford parut devant la ville, dont la garnison était faible, avec ÏEutrope, le Sceptre et la Pénélope, et prit mouillage en face du fort Bizoton. Au courant de la mésintelligence qui existait entre les commissaires civils et les autorités, il comptait de plus sur les sympathies des hommes de couleur. Il envoya à Sonthonax, Rowley, commandant de la Pénélope que la foule escorta jusqu'au palais en vociférant : Vive la République! Mort aux traîtres! A bas les Anglais !

Introduit auprès du commissaire civil, le parlementaire demanda à lui exposer en particulier l'objet de sa mission.

— ' Un républicain n'a rien à entendre en secret répondit froidement Sonthonax; parlez publiquement ou retirez-vous.

Rovi^ley reprit alors^ s'adressant à la foule :

— Je suis venu sommer le délégué de la République française de me remettre cette place que le roi Georges III, mon auguste souverain, prendra sous sa protection aux mêmes conditions que Saint-Marc. Au surplus, à la fin de la guerre, S. M. accordera de grands privilèges aux hommes de couleur.

Et se tournant vers Sonthonax, il ajouta :

— Le commodore Ford attend de la Barbade un renfort imposant : votre résistance sera inutile.

— Sa Majesté Britannique ne désire-telle pas aussi les navires marchands qui sont dans le port? demanda Sonthonax avec ironie.

— Ces navires sont de bonne prise, répliqua Rowley, puisque S. M. fait la guerre à la France.

— Eh bien, reprit Sonthonax, si nous sommes contraints d'abandonner le Port-Républicain, Sa Majesté Britannique n'en aura que la fumée, car les cendres seront à la mer...

Le parlementaire se retira, toujours poursuivi des cris de : Vive la République! Vive le commissaire civil !

Aussitôt Sonthonax mit la ville en état de résister. Le lendemain, Ford menaça de bombarder, s'il ne la rendait pas.

— Commencez.... monsieur le commodore, répondit le commissaire civil ; nos boulets sont rouges et nos canonniers à leurs pièces.

L'escadre anglaise vira de bord.

Cependant Sonthonax, craignant encore que les anciens libres ne livrassent la ville, se rapprocha des nouveaux libres. Plusieurs émissaires, entre autres Guiambois, envoyés dans la plaine du Cul de-Sac, soulevèrent les ateliers. Une formidable insurrection éclata. Le meneur était un Africain d'une stature gigantesque, d'une force herculéenne, et qui est devenu légendaire : Halaou.

Il marchait, précédé d'un orchestre de bamboulas et de lambis, et entouré de papas-lois, agitant des queues de vaches qui, disait-il, détournaient les balles. Sous son bras, il portait un grand coq blanc, qui lui transmettait les volontés de la Couleuvre. Désireux de voir Sonthonax, qu'il appelait le don Gin, Halaou partit, par une nuit obscure, de l'habitation Meilleur, et arriva devant le Port-Républicain, au point du jour, avec 12,000 nègres, vraie armée d'Hanouman.

Tout à coup sa musique infernale joue. Les habitants accourent sur les remparts pour voir ces bandes

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