‹ Le pays des nègresChapitre 42 sur 114 · SOUVENIRS HISTORIQUES U · texte numérisé non relu

SOUVENIRS HISTORIQUES U

effrayantes. Sontlionax va au devant de son allié, l'embrasse, lui parle à l'oreille et l'invite à faire entrer sou armée dans la ville. Les nouveaux libres inondent le Port- Républicain ; et, sans l'énergie de Pinchinat et de Montbrun, appuyés par la légion de l'Ouest sous les armes, ils auraient égorgés les anciens libres.

Sonthonax conduisit Halaou au Palais-National où un repas d'apparat fut servi. La joie, l'orgueil, l'enthousiasme de ces bandes de congés, de caplaous, d'aradas^ d'ibos, n'eurent plus de bornes, quand ils virent leur chef suprême, presque nu, couvert de wangas, conservant son coq près de lui, assis vis à- vis du représentant de la France, ceint de l'écharpe tricolore.

Après ce repas, Sonthonax porta, dit-on, Halaou à assassiner le général Beau vais, qu'il lui représenta comme opposé à l'émancipation des esclaves.

Halaou retourna donc à la Croix-des-Bouquets où Beauvais était cantonné avec un détachement de la légion de l'Ouest. Prévenu du danger, celui-ci conserva sa présence d'esprit et invita Halaou à se rafraîchir. Le chef de bande s'assit à la même table, sans façon. Aussitôt des hommes du détachement cernèrent la maison. Sans s'en douter, il était leur otage.

On ne s'entretenait au Port-Républicain que du conseil donné à Halaou par Sonthonax, conseil qui avait transpiré dans le public. Pinchinat et Montbrun expédièrent à la Croix-des-Bouquets deux officiers avec mission de tuer le premier ; Marc Borno, capitaine des dragons, envoya pour sa part un détachement. De nombreux fantassins partirent de leur gré. Quand les deux officiers pénétrèrent dans la maison de Beauvais, un sergent les suivit. Irrité de cette infraction à la discipline, le général se leva pour lui brûler la cervelle. Mais, auparavant, le sergent eut le temps de décharger son fusil sur Halaou.

Aloriî tout fut compris. Les soldats de la légion do l'Ouest tirèrent sur les insurgés qui, formant des masses compactes, étaient mitraillés presque à bout portant. Les queues de vaches que brandissaient les popas-lois en chantant :

Ealaou ! tym, pan, dam 1

Canon ce bambou : tym, pan, dam !

la pond' ce de l'an : tym, pan, dam !

disparaissaient, emportées au loin.

Le carnage fut affreux aux Trois-Rigoles, près de la Croix-des-Bouquets. Beau vais resta maître du bourg et Sonthonax vit son autorité contestée par les anciens libres.

Cela se passait en février 1794.

Pourtant le commissaire civil ne se rebuta point. Il continua à enrôler les nouveaux libres. Il compléta également le 48^ régiment, commandé par le colonel Desfournaux, entièrement à sa dévotion.

De son côté Montbrun se préparait à la lutte. Le 17 mars, à onze heures du soir, il marcha avec la Légion de l'Ouest et de l'artillerie, sur la caserne du 48° qu'il mitrailla. Les soldats tinrent ferme jusqu'à l'arrivée de Desfournaux. Celui-ci tourna le Palais-National, pénétra dans l'appartement de Sonthonax déjà menacé et l'entraîna au milieu des rangs du 48° vers le fort Saint-Clair.

En passant devant la geôle, le commissaire civil ordonna de mettre en liberté les prisonniers, de peur que les blancs qui se trouvaient parmi eux, ne fussent massacrés.

A cinq heures du matin , les affranchis et les colons étaient toujours aux prises. On vit alors rentrer en ville 6000 nouveaux libres ayant à leur tète Yacinthe, successeur de Halaou, qui demanda à Sonthonax l'ordre de marcher contre Montbrun. Se rappelant la catastrophe survenue au Cap,

Page 1