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LE PORT-AU-PRINCE 14B

le 21 juin de l'année précédente, le commissaire civil refusa. A huit heures, il reçut une lettre de Montbrun. Celuici exigeait l'embarquement du 48^, sinon il ne répondait de la vie d'aucun blanc. Sonthonax se trouva obligé de consentir. Montbrun vint le chercher au fort Saint-Clair et le ramena au Palais-National. Le commissaire civil, comprenant que son autorité était perdue, délivra des passe-ports à tous les blancs désireux de quitter la colonie.

Quelques jours plus tard, plusieurs milliers de nouveaux libres sous la conduite d'un certain Bébé Coutard, envahirent la Croix-des-Bouquets, pour venger l'affront de Sonthonax. Les affranchis se retranchèrent dans l'église. L'un d'eux, Daguin, sortit armé d'un fusil, sous prétexte déparier à Bébé Coutard. On ne le lui eût pas plus tôt montré qu'il l'ajusta et l'abattit. Ce trait d'audace répandit la terreur parmi les bandes, qui se dispersèrent.

Le Port-Républicain était dans la plus profonde détresse. Depuis le départ du 48°, la garnison, réduite à la légion de l'Ouest et à un bataillon de régéyiérés, manquait d'armes, de vêtements, de munitions.

Précisément vers le même temps, le 19 mai, sir Charles Grey, général anglais, qui avait conquis la Guadeloupe et les autres Iles françaises sous le veut, envoya au môle Saint-Nicolas, le Belliqueux, V Irrésistible et le Fli/sl00]j, portant 1600 hommes, sous le commandement du brigadiergénéral Whyte. Le 23 du même mois, "Whyte mouillait dans la rade de l'Arcahaie et ordonnait aux colons Hanus de Jumécourt et Lapointe, qui avaient embrassé le parti des Anglais, de marcher sur le Port-Républicain. Lui-même jeta l'ancre dans la rade de cette ville, le 30. L'escadre, dont le Commodore Ford conserva le commandement, compta dès lors douze vaisseaux, portant 1465 hommes et 316 canons.

Le Port-Républicain n'avait que 800 défenseurs. Cette

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garnison, trop faible contre les ennemis, se disposa cependant à se défendre. Montbrun promit de s'ensevelir sous les ruines de la place. Sonthonax, qui avait, des raisons de douter de son patriotisme^ fit venir de Jacmel un autre homme de couleur, Martial Besse, auquel il confia le commandement. Les Anglais ouvrirent le bombardement, le 31 mai. En même temps ils dirigèrent contre la ville, trois colonnes : la première de 1000 hommes, sortant de Léogane, était commandée par le baron de Montalambert : la deuxième de 1200, venait de l'Arcahaie, sous les ordres de Lapointe et de Hanus de Jumécourt ; la troisième de 1463 était composée de débris des régiments de Hompech, de Rohan-Hussards et des uhlans de Bouille, qui n'étaient point entrés dans l'armée du prince de Condé.

Le 1*"^ juin, à onze heures du matin, la frégate la Pétiélope s'embossa devant le fort Touron, et le Belliqueux et le Sceptre devant le fort Bizoton, armé de cinq canons, de douze mortiers, et occupé par Montbrun, ayant avec lui 450 hommes de la légion de l'Ouest et quelques artilleurs. Il répondit faiblement aux bordées de l'escadre anglaise qui favorisèrent la descente au Lamentin de 800 hommes, commandés par le colonel Spencer. A six heures du soir, la pluie tomba avec tant d'abondance que les feux cessèrent entre les deux armées. Le capitaine Daniel, à la tête de 60 hommes, s'élança vers Bizoton. Montbrun, croyant que les Républicains cherchaient un abri contre l'averse, ouvre la porte. Le capitaine l'aborde et lui dit : « Vous trahissez, je vous fais prisonnier. — « Pas encore, répond Montbrun, et il lui casse la tête d'un coup de pistolet. Le moment d'après, le colonel Spencer pénétrait à son tour dans le fort que lui livra celui-ci.

Le lendemain, le drapeau anglais flottait sur Bizoton. Dans l'après-midi, Hampfield débarqua avec 200 hommes à la pointe de la Saline et s'empara du fort Touron.

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