‹ Le pays des nègresChapitre 53 sur 114 · RETOUR DU PRESIDENT · texte numérisé non relu

RETOUR DU PRESIDENT

soldats, armés de verges, le condamné, jusqu'à ce qu'il tombât sous les coups.

Il est une foule de détails sur les croyances et les usages des adeptes de ce culte africain qui, quelque invraisemblables qu'ils puissent paraître, sont fort intéressants. Moimême tout le premier, je n'y croirais pas, si je n'avais vu les choses de mes propres yeux. Ces détails se trouvent réunis dans plusieurs chapitres des Drames d'Haïti.

Mais entendez-vous cette forte détonation ? C'est la salve, tirée au fort Bizoton, pour annoncer le Président.

Son Excellence passe sous les arceaux des feuillages ; et, fendant la foule, arrive devant l'arc de triomphe principal que domine, — j'ai oublié de le mentionner plus haut, — son image découpée en bois, tenant d'une main l'étendard national, de l'autre la Constitution. Au-dessous, on lit :

A NISSAGE SAGET

Témoignage d'affection, la ville du Port-au-Prince reconnaissante.

Des aides-de-camp, équipés et costumés à la française, le suivent sur des chevaux du pays. Dans leur galop rapide, le vent agite l'aigrette de plumes blanches dont les chapeaux sont inondés, les sabres retentissent sur les flancs des montures. Le peuple, charmé de l'allure martiale du cortège présidentiel, s'exclame : Voici le chef !

L'orchestre, juché sur l'arc de triomphe, lâche ses symphonies ; les vivats éclatent. Le magistrat communal, M. MarceUus Adam, entouré des membres du Conseil, attendait à cheval, sous la grande arche. Le silence une fois rétabli, il prononça une longue harangue que le Président écouta jusqu'au bout, la tête découverte, malgré des ardeurs de midi ; puis il répondit :

« Je suis la sentinelle avancée de la Constitution ; c'est » pour moi une joie bien sincère de rentrer au milieu de » la capitale, mais cette satisfaction est d'autant plus » grande qu'en arrivant de visiter les populations héroïques » du Sud, au milieu desquelles j'ai pu m'entretenir, ainsi » qu'en me rencontrant avec ses chefs principaux, — » dignes soutiens de la paix, — j'ai pu juger par moi- » même de l'état réel de cette partie notoire du pays, et » me faire une juste idée des besoins politiques du pré- » sent et de l'avenir de la patrie. »

A cette période le peuple applaudit. C'est un bruit à fendre les têtes, un orage de voix. Le Président descend alors de cheval, presse contre sa poitrine le magistrat communal, le remercie avec eflfusion, donne l'accolade à tous les personnages officiels qui se trouvent là, ainsi qu'à ses amis, qu'il distingue dans la foule, et auxquels il adresse le premier salut. Ensuite, il s'avance à pied, au mUieu d'eux, sur la route poudreuse, ses bras passés sous leurs bras.

Son Excellence s'arrêta dans une maison où une collation était servie à son intention. Entraîné par M. Délices Lorbourg, qui me servait de cicérone, je marchais presque sur ses éperons et je pénétrai à sa suite dans l'enclos. Après s'être restauré, Nissage Saget quitta cette maison hospitalière et traversa de nouveau la foule arrêtée devant la porte. De bruyantes acclamations se firent entendre, et le cortège, reprenant sa marche interrompue pendant une heure environ, se dirigea, à travers les rues de la ville, vers la cathédrale, où un Te Dewn fut chanté.

En sortant de l'église, Son Excellence se rendit au

Palais-National, au bruit des détonations de l'artillerie de

tous les forts. Dans 1 après-midi, les autorités et les

notables allèrent lui présenter leurs respects.

Le soir, des feux d'artifice rayonnèrent sur plusieurs

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