UN ANNIVERSAIRE POLITIQUE
points de la ville. Les cases les plus humbles, comme les halles, furent illuminées. Les rues présentèrent une animation inaccoutumée jusqu'à une heure avancée de la nuit. La fête était dans chaque famille.
Cette tournée du Président n'était pas sans opportunité. Elle assura la tranquillité du département du Sud. Les chefs de bandes de Piquets, que la crainte du châtiment retenait depuis la fin de la dernière révolution au fond du bois, où ils vivaient de privations, au milieu d'affreuses perplexités, menaçaient d'une façon permanente la sûreté de l'Etat.
Quelle occasion bonne ou mauvaise de sortir de cette fausse situation n'auraient-ils pas saisie? La venue de Nissage Saget leur donna un espoir qu'ils n'avaient pas senti naître auparavant. Ils vinrent à lui et celui-ci, joignant aux enivrements du triomphe, le plaisir de pardonner, leur accorda amnistie pleine et entière.
Quelques jours après, le 18, on célébra l'anniversaire de l'entrée des Cacos à la capitale.
A cette occasion, une messe solennelle à laquelle assistaient le Président, les secrétaires d'Etat aux divers départements, des sénateurs, des députés, fut chantée à la cathédrale.
Pleine encore du souvenir de ce jour fameux, la population témoigna son allégresse par des danses, des illuminations, des feux de joie. Au sortir de la cathédrale. Son Excellence, s'adressant à la garde nationale qu'il passait en revue, dit :
— Un projet de modification à quelques articles de la Constitution sera proposé aux Chambres.
Cette phrase, qui fit grande impression, portait dans ses syllabes une crise ministérielle.
En même temps, un second orage politique se formait du côté du Cap. Dessalines II 1... Tel est le titre que se don-
nait Cinna Lecomte, ancien député, dans une proclamation adressée aux populations du Nord : « Il ne pouvait ou- Uier plus longtemps, y disait-il, que dans ses veines coulait le sang de Dessalines et qu'un Dessalines hérite par ce droit du sang la mission divine de conduire le peuple d'Haïti dans le chemin de la civilisation. Je trahirai Dieu et mon peuple, — ajoutait le prétendant, — si je ne Jurais de V arracher aux maux dont VaccaUe un pouvoir usurpateur et sacrilège. J'avance^ ô mes amis 1 et partout où je porterai mes pas, suivez V éclair de Vêpée de 1804!... »
Ciel ! quel nombreux essaim d'innocentes beautés !
A ce vers emprunté à Racine, vous comprenez que mon dessein est de vous parler de la distribution des prix faite, le 19 décembre, aux élèves des sœurs de Saint-Joseph de Clunj, dans le parc du couvent que cette congrégation a établi au Port-au-Prince.
Sur des gradins encadrés de feuillage, au pied d'un trône élevé à la Vierge Immaculée, ces jeunes filles, parées de grâce et de pudeur, en robes blanches, dont des écharpes de couleurs variées, flottant à longs plis, font la toilette la plus simple et partant la plus ravissante que bonne faiseuse ait jamais taillée, attendent avec impatience des mains de leurs parents, des couronnes largement méritées par une longue année de travail assidu et d'austères études.
En face, sous les cocotiers et sous les ormes, le Président est assis à la gauche de Ms"" Guilloux, archevêque du Portau-Prince, qui préside, entouré de son clergé. Derrière, et sur les côtés, se pressent en foule nombre de notabilités de tous genres, d'anciens secrétaires d'Etat, des membres du barreau, de hauts négociants, des pères et des mères surtout, venus, le cœur palpitant de joie et d'espérance,