LE PLACEMENT
eurs, et le chœur de tentures de velours écarlate bordé 6 jaune, selon le rite grégorien.
Une grille de fer à petits croisillons, avec une porte semlable, sépare le sanctuaire de la nef.
On a placé l'orgue dans une tribune découverte, à l'enrée de l'église, au-dessus de la porte principale.
Le Président, qui était de la noce, vint, accompagné d'un leul aide-de-camp et de deux officiers de police. Nissage 3aget en habit de ville, correctement ganté, tenait à la nain un léger stick à poignée d'ivoire. Une chaîne d'or, jrosse à tenter le pick-pocket le plus grand seigneur, brillait à son gilet, ouvert en cœur. Il avait les allures sémillantes d'un commis endimanché. Un Haïtien, à qui je fis part de ma remarque, m'avoua que le Président avait été non pas tailleur, mais ravaudeur.
On se souvient encore de la façon dont Son Excellence réussissait les reprises.
Outre le mariage, il y a le placement.
Ce mot demande d'être expliqué.
En dépit des prêtres cathoUques, qui s'évertuent à développer leur sens moral, les gens de la basse classe ne se marient pas, ils se placent. Un homme demande une fille à ses parents ou à eUe-même. Moyennant certaines conditions variant à l'infini, l'accord est fait.
L'amoureux l'emmène à sa case où elle s'occupe du ménage et partage sa natte.
L'Audience du 1" janvier au Palais-National. — Incidents divers. — Le Ministère se relire. — Fête annuelle de l'Indépendance. — Nissage Saget prononce un discours. — Le général P. Lorquet et Iq nouveau cabinet. — Un communiqué. — Un programme politique. — - La presse de l'opposition, — Une revue. — Le feu au palais!... — Le Clergé. — Un Synode au Port-au-Prince. — Monseigneur Guilloux. — Un enterrement. — Le parasite des morts. — Le cimetière intérieur. — Tombes de célébrités, — Le papier-monnaie.^ Les finances et le Djob. — Un banquet officiel. — Le Carnaval,
Décembre allait finir.
D'après ua usage consacré, la veille du premier jour de l'an, le Président donne audience aux représentants des puissances étrangères, aux fonctionnaires civils et aux officiers, qui viennent lui présenter leurs souhaits.
Cette audience, bien que le programme de la fête annuelle de l'Indépendance n'en fît pas mention, eut lieu, le 31, qui était un dimanche, entre trois et cinq heures.
Les corps constitués, les fonctionnaires, de simples citoyens, se réunirent dans la grande salle, située au premier de l'ancien local de la Chambre des représentants, que l'on transformait en Palais-National. Là, se tenait le Président. Les députés David fils aîné, Audain, Boyer-Bazelais, Camille Nau, A. Thobj, présents à la capitale, vinrent aussi s'associer à ces publiques congratulations.
l'audience du 'pr JANVIER 199
es réceptions, d'ordinaire sans aucune particularité im- ,ante, ne présentent qu'un échange de compliments cérélieux, destinés à remplir les colonnes du Journal Qf(i~ . Deux incidents à noter, parce qu'ils devaient amener conséquences inattendues, marquèrent ceUes-ci. rcs députés ayant été introduits auprès du Président, avait à ses côtés le général T, Carrier et MM. Darius lis et Désilus Lamour, secrétaires d'Etat, M. David, lom de ses collègues, parla en ces termes :
Président,
es députés, ici présents, vous expriment, par mon organe, It le bonlieur qu'ils éprouvent de vous renouveler aujourlui leurs souhaits à l'occasion du nouvel an. L.es vœux que nous formons tous sont que vous vous eutouz constamment de tous les éléments nécessaires qui vous leront à maintenir rigoureusement le respect des lois, à enirager l'agriculture et l'industrie, à restaurer nos finances, un mot, qui vous aideront à rendre notre république grande prospère.
n'est, profondément animé de ces sentiments patriotiques, 3 nous crions sincèrement : Vive le Président d'Haïti !
Nissage Saget répondit avec animation, comme il est ns ses habitudes de langage :
Dans tous les pays, les députés de la nation représentent la sse des citoyens, et, pour cette raison, doivent faire attention 3ur conduite, parce que cette conduite trace l'exemple. Le js, a besoin de tranquillité. Pour ma part, je ne voudrais s entendre du tout tirer le fusil ni voir éclater des troubles, puis disparaître, mais vous pourriez disparaître avant moi. i été quatre fois révolutionnaire et je n'ai jamais rien gagné t révolutions. Pourtant si cette assistance entrait tout-à- 3urc en révolution, je me mettrais encore à sa tête pour sau- ■ le pays . . .
Le député David reprit :
Nous avons écouté, Président, vos paroles exprimées, sî nul doute, dans un sens général. Quoi qu'on dise, Votre ExcJ lence doit rester convaincue qu'en toutes circonstances verra toujours, rangés autour d'elle, les députés de la natid qui répètent encore : Vive le Président d'Haïti ! fljl]^
mi
— Vivent alors les représentants du peuple ! repîHji Nissage Saget.
— Vive aussi la Constitution ! , . . s'écrie un citoyen connu, d'une voix fortement accentuée.
A cette exclamation, l'aide-de-camp J.-B, Souffro: prés duquel se tenait celui qui venait de la lancer, répète plusieurs fois avec véhémence : « Il ne s'agit p de Constitution ! » ,
Le Président fait quelques pas vers l'interrupteur, disa4 avec vivacité :
— Vive la Constitution avec des modifications I Vous n'avez pas la parole ici... et revenant à sa place, il ajoute : Avec les modifications votées, bien entendu, par les représentants du peuple.
Ces derniers mots lui paraissant indiquer une méprise du Président, le député Thoby fit observer que le Corps législatif actuel n'était appelé qu'à déclarer « s'il était ^ opportun de modifier la Constitution , en posant les a bases de ces modifications, votées par la nation, librement L consultée. »
— C'est un détail, Thoby ! die le Président.
— Détail très important, Président..., répondit 1( député.
— Ce n'est pas vous, Thoby, qui m'apprendrez cela...,' répliqua le Président.
On comprend l'impression de malaise produite par cette scène sur ceux qui, venus au Palais, uniquement pour saluer le chef de l'État, avaient fait en sorte de conserver! à leur démarche son caractère de pure convenance. Leur'