‹ Le pays des nègresChapitre 60 sur 114 · INCIDENTS DIVERS · texte numérisé non relu

INCIDENTS DIVERS

iide embarrassée, le silence profond qu'ils gardaient,

ortaient témoignage.

ce premier incident succéda le suivant.

38 représentants s'étaient retirés, lorsque le général

Lorquet se présenta, accompagné, selon la coutume,

officiers de la garnison et de la garde nationale. Il

t, en outre, dans son cortège, les membres du Conseil

munal, Pétion Rivière, Georges Heantjens et Bocage.

es avoir exprimé ses vœux pour le chef de l'Etat, il

landa, au nom de l'armée, du Conseil communal et de

opulation, la mise en liberté de tous les condamnés

tiques, actuellement détenus dans les prisons de la

ptale, ce que Nissage Saget accorda sur l'heure et sans

ûe. M. Désilus Lamour, secrétaire d'Etat de la Justice,

pencha alors à l'oreille du Président. L'aide-de-camp,

litoute Fontaine, entendant sans doute ce qu'il disait

t bas, s'écria :

- Que ceux qui ne sont pas contents donnent leur aission !

)n sut plus tard que M. Désilus Lamour faisait remarir au Président que cette décision de sa clémence, traire à la Constitution, n'avait pas été délibérée au alable en Conseil des Secrétaires d'Etat.

— La pierre est jetée I... répondit Nissage Saget, à remontrances.

Peu d'instants après, les amnistiés, introduits dans la e, rendaient grâce au chef de l'État.

Un présence d'un pareil acte, le Conseil, à en croire Civilisateur du 4 janvier, ne pouvait rester en Tge, sans manquer à ses devoirs publics et à sa dignité. Désilus Lamour donna sa démission à l'issue de l'au- Qce. Les Secrétaires d'État des Finances et de l'Intéir l'imitèrent. Le général Saul Liautaud, Secrétaire itat au département de la Guerre et de la Marine,

appelé dans la soirée par le Président, déclara qu'il né regardait pas cet acte de grâce du même œil que ses collègues. Ceux-ci, convoqués au Palais-National, restèreia en conférence avec le général Lorquet jusqu'à dix heuref du soir. Les efforts tentés dans le but de les faire revenir sur leur résolution furent vains.

Au coucher du soleil, le fort Alexandre avait annonce la fête de l'Indépendance et de ses héros, qu'on célèbre le l®»" janvier.

Le lendemain, dès quatre heures, on battit l'Assemblée. A six heures, le commandant de l'arrondissement fit prendre à la garde nationale et aux troupes de la garnison, leur ligne de bataille sur la place Pétion, dont l'artillerie occupait le côté ouest. A sept heures, les sénateurs, leà représentants, les membres du corps judiciaire, les fonctionnaires de toutes les administrations , les commerçants étrangers et indigènes, s'assemblèrent au Palais-National.

A huit heures, le cortège se rendit sur la place Pétion.

Le Président gravit les degrés de l'autel de la patrie, sui lequel prirent place, à ses côtés, le Comité permanent du Sénat, les Représentants du peuple et le Conseil communal, puis, s'adressant aux citoyens :

Haïtiens,

C'est à pareil jour, en Tan 1804, que nos devanciers se groupèrent autour de ce palmier, symbole de la liberté, qu'ils venaient de nous procurer au prix de leur sang, pour protester devant l'univers, de leur résolution de s'ensevelir sous les ruines de leur patrie, s'ils ne devaient y vivre libres et indépendants.

Depuis, tous les peuples de la terre, éblouis des efforla héroïques d'hommes, jusque-là considérés comme dénués dé tout sentiment de dignité sociale et politique, sont venus généreusement saluer notre bienvenue dans la famille des na-; lions. Ainsi une patrie fut fondée pour notre race jusqu'alors

ècl

FÊTE DE l'indépendance 203

déshéritée. Ils nous léguèrent le fruit de leurs pénibles et éclatants exploits.

En possession du patrimoine, loin de nous maintenir dans [e même faisceau patriotique et de concourir, chacun selon ses facultés, au développement de nos ressources naturelles, nous nous sommes laissés suborner par nos ennemis ; nous nous sommes laissés entraîner dans des discussions intestines, jusqu'au point d'exposer notre nationalité aux chances de la convoitise !

Concitoyens, il en est temps encore ; sauvons pour nos en- ;fants le legs précieux de nos pères ; rompons avec la discorde.

J'avais réservé cette date mémorable pour vous conjurer, au nom de Dieu, à l'harmonie, h l'union, à l'ordre et à la paix ; aidez-moi à maintenir ces éléments indispensables à notre prospérité. Et, puisque nous devons, en ce jour solennel, nous transporter au temple du Seigneur, pour implorer la grâce de sa Providence en faveur de la patrie, ne nous séparons pas, sans renouveler le serment de nos pères, de ne jamais, jamais nous soumettre à aucune domination étrangère.

Vive la liberté !

Vive la République .

Vive l'Indépendance !

Vive la Constitution !

Une salve de dix-sept coups ponctua ces quatre vivats comme d'autant de points d'exclamation. Le Président descendit du béjna, pendant que les troupes allaient former leurs rangs devant la cathédrale, au son de la plus terrible cacophonie, laquelle se perdait heureusement dans le bruit assourdissant des salves d'artillerie.

Un piquet de la garde à cheval, suivi de la musique à pied, ouvrait la marche. Puis, dans l'ordre déterminé par le programme, venaient les commissaires de police, les huissiers, l'École de médecine, les officiers de l'état-major général, les aides-de-camp, les généraux et les officiers hors cadre, le génie, la marine, le commerce, la Commission

centrale de l'instruction publique, les directeurs de la fonde rie et de la marine centrale, le directeur de l'arsenal et ses adjoints, le directeur de l'hôpital militaire, les officiers de santé, le jury médical, les avocats, les notaires, les juges de paix et leurs suppléants, le directeur de l'imprimerie nationale et ses employés, le secrétaire du Conseil des secrétaires d'Etat, les chefs de division des secrétaireriea d'Etat et les employés de leurs bureaux, le directeur, les contrôleurs et les employés de la douane, le trésorier particulier et ses employés, l'administrateur principal des finances et ses employés, le trésorier-général et la Chambre des comptes, le Conseil communal, le Conseil d'ar rondissement, le tribunal du commerce, le tribunal civil, le tribunal de cassation, les sénateurs et les représentants.

A la suite des représentants marchait le Président, ayant à sa gauche le général Saul Liautaud, le seul secrétaire d'État qui n'eût pas rendu son portefeuille. Suivaient le chef de l'état-major, les aides-de-camp, les officiers généraux.

Un piquet de la garde à cheval fermait le cortège.

L'archevêque reçut à la porte de la cathédrale le Président, dont l'entrée fut saluée par une salve de dix-sept coups. Chaque corps fut conduit, par un maître des cérémonies, à la place qu'il devait occuper. A la consécration et au Te Deum, on tira une troisième salve, toujours de dix-sept coups. Après la cérémonie, une quatrième salve encore de dix-sept coups, salua la sortie du Président, et le cortège retourna au Palais dans le même ordre. Le soir, il y eut illumination. Je ne dis pas générale, comme le programme officiel."

La crise ministérielle, suite des incidents de la réception de la veille, tenait les esprits dans l'inquiétude. La conduite du Président fut généralement blâmée. On lui repro-

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