‹ Le pays des nègresChapitre 6 sur 114 · LE DONDON · texte numérisé non relu

LE DONDON

mes en route, il n'y parut pas plus que s'il avait bu de l'eau distillée.

Une seconde étape de six heures nous conduisit au Dondon où nous entrâmes avec la nuit. Courouille me présenta à sa mère déplacée., — quelque chose comme veuve, mais d'une façon particulière, — et flanquée d'une demi-douzaine de négrillons et de négrillonnes de tailles et de nuances différentes. Ils m'offrirent une hospitalité qui, pour n'être pas désintéressée, ne laissa pas que de me charmer par ses prévenances. Je l'acceptai avec reconnaissance. D'ailleurs, il n'y avait pas possibilité de faire autrement.

Le Dondon est un groupe de cases pittoresques accrochées aux flancs d'un morne, à cinq cent mètres au-dessus du niveau de la mer. Des montagnes, entrecoupées de vallées étroites, cou\Tent toute la commune, dont il est le chef-lieu . Elles recèlent, dit toujours Beaubrun Ardouin, de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, de l'antimoine, du marbre, du porphyre, de l'albâtre, du jaspe, de l'agathe, du silex, du grés, du granit, du talc, des spaths, de la terre glaise, des pétrifications, des cristallisations et des fossiles.

Le Dondon a des souvenirs. On commença à y faire en grand la culture des caféiers importés de la Martinique et plantés en premier lieu au Terrier-Rouge. Le révolutionnaire V. Ogé, on se le rappelle, y naquit. Le tombeau du général haïtien Clervaux, mort en 1804, est dans son cimetière, près de celui du jésuite Le Pers, qui fournit à Charlevoix les matériaux de son Histoire de Saini- DOi'iiingue. Après lui, la cure fut occupée, en 1191, par le fameux abbé de la Haye, promoteur de l'insurrection des esclaves dans le nord. Ce prostitueur tonsuré engageait au confessionnal ses pénitentes à se livrer à Jean- François et à Biassou. Arrêté par ordre du capitaine-géné-

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rai Rochambeau, il fut noyé en 1803, dans la rade du Cap, fin digne de sa \ie.

Le souper, préparé par mon hôtesse, me parut excellent. Comme il se faisait tard et que j'étais fatigué, je passai de la table au lit rustique qui garnissait le plus grand compartiment de la case mis à ma disposition.

Imaginez-vous quatre pieux de trois pieds de haut à peu près, portant une claie de bois de chêne, sur laquelle était étendu un matelas. Je n'eus pas lieu de m'en plaindre, car, le lendemain matin, le pipiri avait chanté depuis longtemps, lorsque quelques coups, frappés discrètement à ma porte, me tirèrent d'un doux sommeil. C'était la sœur de Courouille, Sicliclaise, qui m'apportait une tasse de café et de l'eau fraîche pour ma toilette.

Je sortis pour faire mes ablutions devant la porte. La case de mes hôtes, détachée du bourg, étant sur la hauteur culminante, je découvris aux premiers rayons du soleil, une vue magnifique ; au plan avancé, le* pic Karabras isolé, dont la cime paraissait dorée, et toute la chaîne diversement ondulée des Mornes-Noirs, gibbosités énormes de cette terre volcanique ; au second plan, les savanes immenses de Guaba et de San-Raphaël qui s'étendent, couvertes de battes, jusqu'aux pieds du Loma del Peligro et du Morne du Diable, tandis qu'au-dessous de moi, à je ne sais combien de pieds de profondeur, je voyais se tordre et reluire la rivière de Vase. Elle descend des sommets du Bonnet-à-l'Evêque, serpente capricieusement dans toute la longueur de la savane, et finit par se jeter et se perdre dans le Guayamuco, l'un des affluents de l'Artibonite.

Le frère cadet de Courouille, le jeune Septimus, qui, pendant que j'admirais ce payage, avait sellé mon cheval, me le présenta comme je sortais de la case, prêt à partir. Je sautai dessus et je commandai :

— En avant, marche !

La voûte à Minguet. (Page 55.)

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