LA VOUTE-A-MINGUET
Je voulais prouver à mon guide que si, en réalité, je n'étais pas général, je pouvais du moins l'être, comme il semblait porté à le croire.
Le chemin de la grotte, tortueux et inégal, n'est rien moins que facile. Cependant, nous parvînmes, après mille détours, au bord de la rivière de Vase. Courouille retroussa son pantalon jusqu'aux genoux, descendit bravement dans le torrent, et, se retournant vers moi, me dit :
— Vini, général ..
A ce mot il me vient à l'idée que la Voûte-à-Minguet pouvait bien être sous l'eau comme la grotte de la nymphe Cyrène, et je fus sur le point de demander à Courouille s'il fallait descendre de cheval. Avant que j'eusse parlé, celui-ci prit au mors ma monture qui, profitant de mon indécision, s'était tranquillement mise à boire.
Je me laissai conduire.
Nous avançâmes quelques minutes dans le lit de la rivière, contre le courant, puis, arrivés à un endroit peu escarpé, Courouille monta sur la berge et m'invita à mettre pied à terre.
Pendant qu'il déroulait le licou tressé dans la crinière de mon cheval, pour l'attacher à un arbre, je promenais mes regards autour de moi, afin de découvrir la grotte. Je ne vis rien qui seulement y ressemblât.
L'entrée, présentant la figure d'une arche, est fermée par un rideau naturel de lianes verdoyantes qui descendent jusqu'à terre. Courouille les" souleva et nous entrâmes. Quand ce rideau fut retombé derrière moi, nous nous trouvâmes dans une obscurité profonde. Mon guide me demanda alors en son patois, avec lequel je commençais à me familiariser :
— Général, ou pas gagné z'alumettes ?...
Je lui passai un de ces peignes, importation des Etats- Unis, dont les dents de bois sont soufrées et phosphorées.
Avec deux ou trois de ces dents il enflamma un morceau de pin qu'il avait préparé en venant, et, aux clartés de cette torche fumeuse, j'avançais sur un terrain manquant sous les pieds et dans lequel j'enfonçais plus profondément à chaque pas. C'est tout simplement du guano, déposé depuis trois siècles par les oiseaux de toutes espèces qui ont fait leurs latrines, ô sacrilège! de cette grotte, autrefois temple indien.
La Voûte-à-Minguet mérite sa réputation. Elle est divisée en trois parties parfaitement distinctes : une large nef entre deux bas-côtés séparés d'elle par deux -rangs de stalactites irrégulières, mais placées sur une ligne droite. Quelques-uns de ces piliers ont été travaillés, il semble. D'autres ne sont que dégrossis. Plusieurs, auxquels la goutte éternelle ajoute sans cesse son dépôt calcaire, n'ont pas encore rejoint la voûte. On dirait d'autant de bras que des Encelades, engloutis sous la montagne, ont dégagé par un suprême efibrt.
A l'extrémité de la nef, on voit des pierres carrées, sur lesquelles sont posées d'autres pierres plates, qui ressemblent beaucoup aux dolmens bretons. Une semblable disposition décèle la main de l'homme. Ces tables grossières étaient des autels. Chaque année, au rapport de Moreau de Saint-Mérj, le Kacik et les nitaynos du Marien y venaient, à la tête de leurs tribus, sacrifier aux Zémès, dieux tutôlaires, dont les butios, tout ensemble médecins et prêtres, interprétaient les oracles. Ils conjuraient Kouroumon aussi puissant que Michabou, génie des eaux ; aussi terrible qu'Adamastor, génie des tempêtes, et VUrucane qu'il soulève. A l'époque de la nouvelle lune, ils allaient y attendre le lever de la blonde divinité des nuits, et aussitôt qu'elle se montrait dans la blancheur du ciel, ils s'élançaient au dehors, en criant selon les rites : Nonun ! Nonun !
Les parois de la grotte, qui paraissent blanchies à la