‹ Le pays des nègresChapitre 62 sur 114 · UN PROGRAMME POLITIQUE · texte numérisé non relu

UN PROGRAMME POLITIQUE

Sou choix était heureux, à en juger par le programme du nouveau ministère que le Moniteur du 20 publia, condensé dans les ligues suivantes :

Dévouement au pays et au Chef de l'Etat. Courage et loyauté pour lui tenir, en toute occasion, le langage de la vérité. Obéissance aux lois, énergie pour les appliquer. Encouragement au travail. Protection à l'agriculture. Répression sévère de tous les abus. Sécurité aux personnes et aux propriétés. Economie partout. Ordre et régularité dans toutes les branches de l'administration. Propagation des lumières dans toutes les classes de la société, notamment dans les classes pauvres et laborieuses. Moralisation des masses. Maintien de l'ordre public sans lequel il n'y a ni progrès, ni civilisation.

Ce programme était bien vraiment un programme politique.

A ce moment-là, le Port-au-Prince offrait l'exemple unique d'un journal de l'opposition, d'un journal, seul contrôleur des actes du gouvernement, qui lui donnait plus de fil à retordre que tous les conspirateurs ensemble, et qui, cependant, vivait en si bonne intelligence avec le Moniteiœ, que tous les deux sortaient des mêmes presses. Figurez-vous la Répi(l)liqiie Française ou YJntratisigeant imprimés par l'Etat.

J'explique le cas.

L'imprimerie nationale était alors la seule qui possédât une presse mécanique, pouvant tirer un journal du format Jésus.

Avec l'autorisation du secrétaire d'Etat de l'Intérieur, M. Boyer-Bazelais, administrateur du Civilisateur, s'étant entendu avec M. Prosper, directeur de l'imprimerie, avait pu agrandir le format de son journal, à compter du treizième numéro de la première année.

Cette harmonie préétablie de deux organes de la presse en perpétuelle contradiction, durerait encore sans les

événements plus haut relatés, événements qui causèrent la rupture du contrat.

Le samedi, 6 janvier, la première forme, expédiée à l'imprimerie, était déjà sous presse. Vers onze heures, l'administrateur fut avisé confidentiellement que M. Prosper avait reçu l'ordre « de ne pas laisser sortir les exemplaires avant que le numéro eût été lu par l'autorité. » S'étant assuré que ce n'était pas un faux bruit, M. Bojer- Bazelais prit la résolution de ne pas se soumettre à cette censure indiscrète. Il reprit ses formes. Le journal fut tiré au moyen d'une petite presse à bras. Cinquante exemplaires sous enveloppe, mis à la poste par différentes personnes, partaient le soir même pour les départements.

Il est facile de concevoir que ces précautions, prises contre le Civilisateur, à la suite de la journée du 31, éveillèrent de nouvelles inquiétudes.

Etait-ce le signe précurseur d'une politique nouvelle ? Etait-ce une de ces maladresses que les gouvernants commettent sans en calculer la portée ? Les développements, les commentaires, allaient leur train, de telle sorte que, le soir, nombre de gens affirmaient que « l'appétit venant en mangeant, les soi-disant organes de l'armée et du peuple se feraient entendre, à la parade, le lendemain, pour demander l'abolition de la Constitution actuelle et la proclamation de celle de 1848. » Ces bruits prirent tant de consistance que, dans la soirée, M^. Liautaud-Ethéart et 0. Eameau se rendirent au palais pour conférer avec le Président. Son Excellence leur dit qu'Elle n'avait aucune connaissance de ces bruits ; qu'Elle en parlerait néanmoins au commandant de l'arrondissement et lui donnerait pour instruction formelle de s'opposer à de tels projets, s'ils essayaient de se manifester.

La parade du dimanche ne fut pas attendue sans anxiété .

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