‹ Le pays des nègresChapitre 68 sur 114 · UN DINER OFFICIEL · texte numérisé non relu

UN DINER OFFICIEL

pendant à un effectif militaire proportionnellement sextuple du nôtre et sur lesquels nous a édifiés le D'' Louis Audain.

Le 30 janvier, à l'occasion du carnaval, qui approchait, le haut commerce offrit un banquet au Président. Les membres du comité organisateur m'envoyèrent une invitation lithographiée sur vélin jaune, enjolivé de festons bleus. J'y courus à l'heure fixée. Déjà affinaient les nombreux invités. Parmi eux on remarquait les représentants de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne. Le ministre-résidant des Etats-Unis, indisposé, s'était excusé. Le commandant de Vaviso français le Talisman^ en ce moment en rade, accompagnait le comte de Lémont.

Bientôt une salve d'artillerie annonça le Président, qui s'avançait au milieu des quatre secrétaires d'Etat.

Le couvert était mis dans la cour de l'Hôtel communal, sous une tente dont le soleil faisait une étuve, malgré le rideau de feuillages de palmiers, de cocotiers, et les légères tentures aux couleurs nationales qui la décoraient. On s'assied. Nissage-Saget occupe le haut bout de la table, ayant près de lui le consul général de France, le secrétaire d'Etat des Relations extérieures, le commandant du Talisman, le secrétaire d'Etat de la Justice et le consul d'Allemagne.

En face de lui, M. J.-J. Rivière, délégué spécial du commerce, a le secrétaire d'Etat de l'Intérieur à sa droite et celui de la GueiTe à sa gauche.

Au milieu du repas, un des convives réclama le sUence ; les toasts commencèrent.

M. J.-J. Rivière se lève le premier, remercie ceux qui ont bien voulu lui décerner l'honneur d'être leur organe en cette circonstance et adresse un speach au Président. Après lui, M. Daguessau-Lespinasse porte un toast aux Représentants des Puissances étrangères. En l'absence du ministre des Etats-Unis, M. Spencer Saint-John répond au

nom du corps diplomatique. Le comte de Lémont continue. Les cris prolongés de : Vive la France ! Vive la République française ! répondirent à ses paroles. A la faveur de cette manifestation, le secrétaire d'Etat des Relations extérieures glissa sa réplique. J'étais ahuri ; les cheveux me dressaient à la tête. J'approuvais pourtant de la mine et je soulevais mon verre comme les autres, pensant que ces flots de faconde allaient s'arrêter là. Pour comble d'infortune la contagion gagnait de proche en proche avec une rapidité alarmante. Le moins disert puisant l'inspiration dans son verre, chacun débita son petit compliment. Le général Lamothe ouvrit la seconde série et but à l'agriculture, à la stabilité. A cette double exclamation, le secrétaire d'Etat de l'Intérieur vint à la rescousse. Le secrétaire d'Etat de l'Instruction publique, piqué d'amour-propre, ne voulut pas laisser le dernier mot à son collègue. Ici il y eut un fugitif intermède. Je crus pouvoir respirer. Fallacieuse espérance. J'avais compté sans le chef du cabinet du Président qui, portant la santé du Chef de l'Etat aux invités, qui tous acceptèrent sa proposition en vidant leurs verres, dit des choses patriotiques. Le secrétaire d'Etat de la Guerre, qui jusqu'alors avait gardé le silence, brûle d'envie d'imiter ses collègues et s'écrie : A la Marine française I Le commandant du Talisman, jaloux de soutenir l'honneur de son pavillon, lance une simple bordée oratoire. Pour la seconde fois les cris de : Vive la France ! Vive la République française ! frappent l'air. M. Guillaume Manigat, récemment revenu de France, où le Gouvernement l'avait envoyé étudier les rouages de notre administration financière, et qui regrettait le pays qu'il venait de quitter, hasarda quelques mots inspirés d'une belle reconnaissance.

Enfin, on se leva de table pour monter au salon de l'Hôtel, où nous attendait le café.

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