PIECES TROUVEES
parmi les citoyens de la localité et il prêtera serment entre les mains du conseil.
Article 4. — Les jugements seront sommaires; cependant les accusés se feront assister d'un défenseur de leur choix ou le conseil leur en donnera un d'office. Nul citoyen choisi pour la défense d'un accusé ne peut refuser son concours sous peine de trahison.
Article 5. — Aucun jugement, portant peine capitale, ne pourra être exécuté qu'en vertu des ordres du comité de direction générale et du général en chef de la Révolution.
Article 6. — Le présent arrêté sera exécuté à la diligence du corps d'armée et des commandants des arrondissements et des places.
Il sera imprimé, publié et affiché.
Donné, etc.
Il est à remarquer que les mots Ordre, Justice, remplacent en tête de ce curieux document les mots Egalité, Fraternité, — qui entrent dans la triple devise que la République Haïtienne a empruntée à la République Française. Le libellé montre, en effet, comment ces justes entendaient peu la fraternité. Le mot Ordre annonçait les considérants. Rien de plus étrange que ces considéi-ants.
Une tranquillité, relative, comme par le passé, continua de régner dans le département. Les citoyens patriotes applaudirent aux mesures énergiques prises par le gouvernement. Ce fut très heureux, en effet, que cette folle échauffourée se terminât ainsi, car, selon les propres paroles de Nissage-Saget « la carcasse du pays n'était pas capable de supporter une nouvelle révolution. »
A peu de jours de là, un matin, j'étais seul, penché sur mon bureau, finissant de compulser les lettres, les documents officiels et les renseignements particuliers qui m'avaient été fournis pour La littérature française d'outre mer et pour les Drames d'Haïti. Plusieurs pièces importantes sans lesquelles je ne pouvais commencer ce dernier ouvrage, me faisaient défaut. Je dépouillais celles
que nous avons toujours sous la main, nos souvenirs. Je terminai la page d'histoire contemporaine qui sert de préface aux Pensées intimes de Zanetto Silva. Soudain la porte de ma chambre s'ouvrit. M. Achille Auroux entra inopinément, impétueux comme un ouragan.
— Vous, à qui sont ouverts tous les journaux de la République ; vous qui signalez les abus et redressez les torts, me dit-il, écoutez ceci et tirez-en telle moralité qu'il convient. . .
— Asseyez-vous d'abord, lui répondis-je; je vous écouterai ensuite.
Il prit un siège et commença.
— Voici le fait : Je fus réveillé, il y a un mois passé, au milieu de la nuit, par le chant de Coq d'or, le sultan de ma basse-cour que vous connaissez. Depuis plusieurs jours je constatais chaque matin la disparition de quelque volaille. Je me lève doucement et 801*5 en tapinois. Il faisait un clair de lune splendide. Un homme que je vis distinctement, leva le pied à mon approche, emportant un dindon sous son bras et sans me crier son adresse. Je réveille tout mon monde que je mets à la poursuite du maraudeur. Je me rends moi-même chez le chef delà section. Il était absent. De là je cours chez le maréchal de gendarmerie qui me fait répondre par sa femme qu'il est en tournée. . .
Quelques semaines auparavant, j'avais congédié un de mes domestiques nommé Saint- Jean, fainéant et voleur comme plusieurs. En revenant, je songeai que mes chiens n'avaient pas aboyé, chose extraordinaire et qui me servit d'indice.
Le lendemain, le chef de section et le maréchal de gendarmerie étant venus, trop tard comme les carabiniers, je leur dénonce l'individu suspect. Ils l'arrêtent et l'amènent sur le lieu du vol où les empreintes d'un pas restaient profondément gravées dans la terre molle. Les pieds de mon