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OUVERTURE DES DEUX CHAMBRES

D'une pierre on fit deux coups. Le grand warf, l'un des s vastes des Antilles, fut consacré par l'archevêque, suite le cortège officiel se rendit à la cathédrale où un Deum fut chanté.

Les actions de grâce rendues à celui qui communique

lumières aux gouvernants, Nissage-Saget passa en ue les troupes rangées sur la place ; puis il fit une rnée dans les principaux quartiers de la capitale, après )i il rentra au palais. En le voyant, M'""* Nissage se i au cou de son vaillant époux et pleura de joie, comme aélope au retour d'Ulysse, lie lendemain parut une proclamation.

l,e 25 a\Til, c'est-à-dire vingt-cinq jours après la date îe par la Constitution, ainsi que je l'ai remarqué plus it, les sénateurs et les représentants du peuple, réunis majorité dans le local aôecté aux séances de l'Asseme nationale, rue des Casernes, sous la présidence du ateur Bourjolly, ayant le député Boyer-Bazelais pour e-président, déclarèrent ouverte la session législative 18T2.

Le long de deux rangées de piliers de bois qui soutienit le plafond de la salle, sont disposés les pupitres en jou des députés. Près de l'entrée, le banc des secrétaires Itat s'allonge en travers de la nef. Vis-à-vis de ce banc Iresse l'estrade où siège le Président de la Chambre.

chaque côté est placé un petit bureau pour les deux rétaires. Derrière, on voit les portraits à l'huile d'A. ion et de Christophe. A droite, celui de John Brown , pendant à celui de "Willam Wilberforce qui tenta, en n, au Parlement anglais, la première motion en faveur l'abolition de la traite.

]!ette ornementation est simple et belle, lux fauteuils réservés aux membres du Corps diplomale et consulaire, on voyait le comte de Lémont avec le

chancelier du consulat-général. Le consul de Portugal, M. Horelle, le consul d'Autriche, M. Simmondis, le consul de Suède, M. Goldenberg, venaient au second rang. Le consul d'Espagne fit apparition, mais trouvant sa place occupée, il se retira.

Le général Brice, depuis plusieurs mois en congé au Port-au-Prince, entra la cravache à la main et des éperons à ses bottines, tout comme Louis XIV dans la grande salle du Parlement, au retour d'une chasse à Vincennes.

A dix heures, le Président parut avec les quatre secrétaires d'Etat. Un état-major en guenilles l'accompagne. Les troupes, placées en zigzags aux abords du Palais législatif, lui rendent les honneurs. La musique détonne.

Une délégation, composée de MM. Boisrond-Canal et Bourjolly, sénateurs, et de MM. Cangé Barthélémy, David fils aine et Decadon Pierre-Charles, reçoit à la porte le chef du Pouvoir exécutif et le conduit au siège d'honneur, qui, en pareille circonstance, lui est réservé à la droite du Président du Sénat, à la gauche duquel s'asseoit le Président du Corps législatif.

Après un moment de silence, le sénateur Dupont, Président de l'Assemblée nationale, se lève et prononce d'une voix accentuée, le discours d" ouverture. Le Président répond. Puis, après la lecture des procès- verbaux des séances des 3 et 8 août 1871, et d'un accusé de réception du Président d'Haïti du message de l'Assemblée nationale, en date du 25 avril, la séance est levée.

Le 22, les représentants du peuple s'étaient enfin trouvés en majorité. Les paroles de remerciement que le député Boyer-Bazelais adressa à ses collègues au sujet de son élection à la présidence, amenèrent un incident assez curieux.

Un familier de la Présidence présenta à Nissage-Saget ces paroles comme subversives et attentatoires à son

FÊTE DE l'agriculture 233

honneur. Son Excellence envoya chercher à Saint-Marc un de ses frères qui, puisque sa dignité ne lui permettait pas de l'exiger en personne, demanderait raison pour Elle au député Bojer-Bazelais de ses perfides insinuations. De plus, pour détruire l'impression produite sur l'esprit public, le Moniteur, dans son numéro du 11 suivant, publia, comme partie officielle, une déclaration de principes, ferme et nette, rédigée par le chef du cabinet de la Présidence, M. Destin.

Les Romains avaient une fête en l'honneur de Paies, la déesse rurale qui protégeait les pâturages et les bergeries. Ces fêtes, célébrées en avril, s'appelaient Palilies et duraient six jours comme les Florales. Les Haïtiens, à l'instar des Romains, ont la leur, mais elle est uniquement en l'honneur des habitants, ne dure qu'un jour et s'appelle simplement, ô prosaïsme des idées modernes 1 la Fête de l'Agriculture.

Le l^r mai, les habitants dont les noms avaient été envoyés à la secrétairerie d'Etat par les chefs des sections rurales, arrivèrent au Port-au-Prince portant, qui un brin d'indigo, qui une tige de coton, qui un pied de café, qui quelques nœuds de canne à sucre.

Ces produits du sol furent présentés au Jury, installé au milieu de la place Pétion, sur l'autel de la Patrie. Selon la coutume, il y eut beaucoup de discours. On distribua aux exposants primés, des faucilles, des houx et d'autres instruments aratoires.

Le cortège se rendit ensuite à la cathédrale, où une messe d'actions de grâce fut célébrée, et de la cathédrale àl'Hôtel communal. Une collation, offerte par la République, fut servie aux lauréats de la journée.

Depuis la reconnaissance de la nationaUté haïtienne, l'agriculture dont la colonisation avait fait le principe de la prospérité de l'ile, n'a subi aucune modification avan-

tageuse au progrès. Haïti est très fertile ; mais ses habitants n'en sont que moins industrieux. L'agriculture, presque entièrement délaissée, meurt chaque jour sous les yeux de ceux qu'elle nourrit.

Pourtant le sol a été divisé de manière que chacun en possède sa part. Le 30 décembre 1809, Pétion, bien inspiré, avait ordonné le morcellement des grandes habitations domaniales. Il accordait comme don national cinq carreaux de terre aux sous-lieutenants et aux capitaines ; seize carreaux aux commandants et vingt-cinq aux colonels.

De tout le tafia fait dans l'île pas un gallon n'est exporté. Les indigènes l'absorbent. Quelle consommation ! Aussi, M. Octavius Rameau, alors secrétaire d'Etat de l'agriculture, disait-il avec vérité, devant moi: « La fabrication du tafia, c'est l'homme des campagnes buvant sa sueur. » Parole terrible ! Aveu désespérant !

Quelques grands propriétaires fonciers, entre autres MM. Alexandre Delva, Fénelon Faubert, Eugène Nau, Boisrond-Canal, ont cherché à ramener les travailleurs de leurs guildives à la fabrication du sucre, mais vainement. La routine arrête le progrès par sa force d'inertie. Les champs de Saint-Domingue, si productifs autrefois, restent maintenant en jachère morte, malgré les articles les plus sévères d'un code rural jamais appliqué. L'habitant, content de se sentir vivre dans un air qui rend les corps mous et efféminés, se nourrit de fruits que les arbres portent d'eux-mêmes et refuse de travailler. Il passe la moitié de sa vie dans sa case, étendu sur une natte, sans souci du lendemain, et l'autre, à danser à l'ombre des manguiers. 0 l'heureux homme !

Une ressource suprême reste : Appeler les bras et les capitaux étrangers à l'exploitation des richesses naturelles de l'île. Mais si la démocratie athénienne excluait des charges de l'Etat les métèques ou étrangers domiciliés, la démocra-

' l'article VII 235

i ie haïtienne exclut l'étranger de la possession du sol. La

jZonstitution de 1804 et toutes les subséquentes ont répété

h qui mieux mieux : « Aucun blanc, quelle que soit sa na-

,: ion, ne mettra le pied sur le territoire à titre de maître ou

: le propriétaire et ne pourra à l'avenir y acquérir aucune

/l'opriété. » La Constitution de 1867 use d'euphémisme.

:^lle dit : titre n, art. 5 : «Nul, s'il n'est Haïtien, ne peut

hre propriétaire de biens fonciers en Haïti, à quelque titre

^ue ce soit, ni y acquérir aucun immeuble. »

Toutes ces mesures n'ont pas paru assez radicales au 'eprésentant Grant. Le 28 juillet 1872, il proposa à la Chambre des députés une loi de précaution contre les étrangers, loi qui fut appuyée par un grand nombre de ses îollègues. ft La violence et l'injustice, Messieurs, leuravait- 1 dit, sont de ces éléments qui commandent de grandes nesures et exigent de nouvelles dispositions dans notre égislation. »

Pourtant, tous les peuples se répètent les uns aux autres ■es paroles fraternelles de la Genèse : « Habitez avec nous : a terre est en votre puissance, cultivez-la, trafiquez-y et la jOïSédez. »

Querelle d'Allemand. — Une violence inqualifiable, — Protestation. — La chanson de M. J. Boisette. — Us chantent, donc ils paieront. — Le Trésor du Port-au-Prince visité par un zombi. — 21 ,000 piastres i enlevées en une nuit. — Mystère impénétrable. — La baie de Samanra vendue à une cornpaj^nie de négociants américains. — Je suis embarqué pour le Sud à mon corps défendant.

Maintenant voici la violence et l'injustice qui, selon le langage peu correct du député Grant, commandaient et exigeaient de nouvelles dispositions dans la législation du pays. L'axiome impie, insolemment proclamé en Europe l'année précédente, le fut, le 11 juin 1872, plus insolemment encore dans le second hémisphère. j

J'extrais du CivUisaieur une partie de l'article racontant cette « violence inqualifiable, » cédant la plume au signataire, M. Thoby, un homme de cœur, d'autant plus volontiers qu'entendre un Haïtien faire une leçon de droit des gens à un Allemand, ne sera indifférent pour personne.

« Mardi, à huit heures du matin, deux frégates alle- » mandes, prenaient mouillage dans la rade du Port-au- » Prince.

» Elles avaient refusé pilote et médecin.

» A dix heures, le commandant Batsch, chef de Vex- » pédition^ c'est ainsi qu'il s'intitule, lançait au secrétaire

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d'Etat des Relations extérieures une dépêche, dont voici le sens et presque les termes : « Je suis chargé par mon gouvernement d'exiger de celui d'Haïti 15,000 piastres pour M. Dickman, sujet allemand, piUé à Miragôane, et pour M. Stapenhorst, autre sujet allemand, qui a éprouvé des dommages au Cap-Haïtien, lors du bombardement du Bull-Dogg, en 1865. Si, à cinq heures, ce soir, ladite somme n'est pas déposée à mon bord, je prendrai contre vous telles mesures répressives qu'il me plaira. » » Le commandant Batsch — c'est sans doute sa première mission diplomatique — ne s'est pas imaginé qu'il devait tout d'abord présenter ses pleins pouvoirs au gouvernement d'Haïti. L'Allemagne est représentée chez » nous par un consul général, M. Schultz. Si le commandant Batsch avait daigné l'écouter et l'entendre, lors de sa démarche auprès de lui, à bord de la Vineta, il eût » appris, quant au fond, que la réclamation Dickman, » acceptée et évaluée à 5,000 piastres par une commis- I» sion, devait recevoir sous peu la dernière sanction du j» Corps législatif ; que la réclamation Stapenhorst avait » été reconnue si peu fondée qu'elle n'avait donné lieu » d'une part à aucun examen et de l'autre à aucune in- » sistance depuis 1870, époque à laquelle eUe fut présentée » pour la première fois au gouvernement actuel. Quant à » la forme, il eût appris qu'Haïti n'est pas précisément » 0-Tahiti, une ile de sauvages ; qu'on y trouve pas mal » de gens sachant parler et comprendre le langage de la » raison, de la justice et du droit, et pratiquant assez les » belles manières pour distinguer, même chez les Alle- » mands, un officier de distinction d'un soldat bourru.

» Le gouvernement en recevant l'ultimatum de \> M. Batsch, ne le repoussa point, comme c'était son droit. » Sans montrer son irritation de cette brutalité tudesque, » sans presque s'en plaindre, d'un ton plus que conciliant.

» à quatre heures Aa soir, il répondait au commandan » prussien et lui offrait d'entrer en pourparlers avec lui, » En même temps il donnait communication à l'Assemblée » nationale de cette étrange affaire. Tant de modération » opposée à tant d'arrogance n'a pu inspirer à M. Batsch » la dignité de son rôle. C'est une rançon de guerre qu'il » exigeait : les vaincus paient et ne discutent pas... \

» Et, en effet, tandis que les mandataires du peuplé » recevaient de l'Exécutif, dans une séance extraordinaire, » communication de cette malheureuse affaire ; tandis qu'ils » disaient aux secrétaires d'Etat : « Soyez sages, mais » sauvez la dignité de la nation, » ô lâcheté de la Force )3 Violation du Droit ! Mépris de la Justice ! Viol de la » pudeur humaine ! à sept heures du soir, le commandant » Batsch, avec deux cents soldats, allait s'installer furtî| » vement à bord de deux vapeurs de guerre haïtiens, à » peine gardés, l'un depuis longtemps étant ponton, l'autre » en réparation. Le petit équipage de surveillance est pré- » cipité dans les chaloupes de M. Batsch et escorté à terre. » Et M. Batsch, fier sans doute de sa prouesse navale, » comme un Ruyter ou un Nelson, écrit dans la nuit au » consul allemand, dans le sens suivant : « Le gouverne- » ment haïtien n'a pas payé à cinq heures les 15,000 | » piastres, je mets saisie-arrêt sur ces deux navires » jusqu'à ce qu'il me donne la satisfaction demandée. »

» Le chef de l'Etat, apprenant ce coup de main, convie » au Conseil des secrétaires d'Etat, vers neuf heures du » soir, les trois agents diplomatiques représentant les » Etats-Unis, l'Angleterre et la France, ainsi que les pré- )> sidents des deux Chambres.

» M. de Bismarck, pense-t-on, sait aligner les chiffres ; » il ne débourserait pas 25 à 30,000 piastres pour en faire » recouvrer 15,000. Cette violence sans précédent, cache » d'autres violences, d'autres desseins. La raison conseille

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