PROTESTATION
» de payer. Le conseil des "secrétaires d'Etat s'arrête à » cette détermination et un négociant d'origine allemande, » veut bien servir d'intermédiaire en la circonstance.
» A deux heures du matin, il remettait au commandant » prussien la rançon exigée avec une lettre, conçue en ces » termes : « Le gouvernement haïtien cédant à la force, » me charge de vous compter 15,000 piastres. »
» M. Batsch empocha l'argent et donna reçu.. .
» Oui, le gouvernement a cédé à la violence ; il protes- » tera contre M. Batsch même jusqu'à Berlin. La Force » prime le Droit... C'est bien la base du code internatio- » nal de M. de Bismarck. Mais si la Force manque de mon ralité, est-il dans la logique de sa nature d'être dégoû- » tante de cynisme ? Ne peut-elle couvrir sa nudité d'un » voile, si léger qu'il soit ? Il est possible que M. Batsch » n'ait aucun souci de l'opinion des Haïtiens, mais à coup » sûr, un compliment de M. de Bismarck lui serait bien n agTéable. N'est-il pas douteux que M. Batsch l'obtienne !
M. de Bismarck ne lui reprochera-t-il pas de s'être » montré trop nu ? Par une violence inutile ne s'est-il pas » fait ridicule ? C'est un mauvais acteur qui a forcé la » note : il mérite d'être sifflé par les despotes de bon ton . >>
Je n'ajouterai qu'un mot. Les Allemands espéraient amener par cette révoltante brutalité une juste riposte et partant un casiis belli qui leur fournirait l'occasion de mettre le pied sur le Môle-Saint-Nicolas, dont ils voudraient faire une station navale. Ces ruses, peu, voilées et qui ne trompaient personne, furent heureusement déjouées. Payés, ils s'en allèrent, ces vainqueurs superbes, comme l'animal de la fable, serrant la queue et portant bas l'oreille.
Le gouvernement protesta avec énergie par une procla-
mation adressée au peuple et à l'armée, et qui fit le tour d la presse des deux inondes. Dans un beau moment d'inspiration, un Nadaud créole, M. Jean Boisette, fit vibrer la corde d'airain de son banza et composa une satire que toute la ville répéta à l'envi.
Au début, l'auteur faisant allusion à la caisse de réserve instituée par les Chambres, s'écriait :
Depi la chambe banq'nous réséve Prussiens, vie oué combien ça yé; Allemands vlé oué combien yo gé.
Plus loin venait ce dialogue d'un enfant et de sa mère :
Oui, pipe !
Maman, c'est Bismarck 9
C'est Batsch !
Maman, c'est Guillaume !
Tomate !
Maman, c'est Bismarck ?
C'est chien !
Maman, c'est Prussien ?
La strophe suivante qualifiait le grand chancelier et 1© ''; capitaine :
Frégate rêvé, mouillé nen port; ..
Tout députés couri, vini.
Ta di : « Bagay-là trop fort !
Bispiarck et Batsch, c'est malfini,.. » ^„
Oiii, inpe ! '^
Ils protestaient, écrivaient, chansonnaient, mais avaient payé. Eternelle lutte du pot de fer contre le pot de terre, avec son dénouement toujours le même ; jamais inévitable.
Batsch était oublié et le secrétaire d'Etat des finances avait fait son deuil des 15,000 piastres qu'il avait été obligé de compter à ce forban, lorsqu'un vol audacieux et qui