LE COMMANDANT ROSIER-BY
La case d'un habitant est d'une construction fort simple. Figurez-vous un rectangle formé de montants de bois reliés entre eux par des branches entrelacées dont les intervalles sont remplis de terre. Par dessus un toit de roseaux ou de feuilles. Dans la façade on pratique deux ouvertures : l'une sert de porte ; l'autre, plus petite, est une fenêtre. L'ameublement à l'avenant. Un canari contenant la pro-vision d'eau ; des na'tes pour lits; quelques ustensiles de cuisine ; une manchette rouillée et une carabine la plupart du temps sans chien ; des macoutes ; un sac en paille et une selle.
Ayant mis d'accord ses administrés, le commandant Rosier By, averti par son fils de la venue de deux étrangers, remonta chez lui, suivi du juge de paix et des notables de la section.
C'était un bon gros nègre à mine futée. On n'aurait pas dit qu'il venait de remplir un devoir de sa charge. Coiffé d'un mouchoir d'indienne, il n'avait pour tout vêtement qu'un pantalon et qu'une chemise, encore était-elle déchirée dans le dos. Qu'importe ? Cincinnatus ne fût-il pas trouvé par les envoyés du peuple qui le nommait dictateur, dans une tenue semblable ?
Je lui remis la lettre du général Tibérius Zamor, son supérieur. Il en prit connaissance en l'épelant, ce qui demanda dix bonnes minutes pour dix lignes, une minute par ligne.
Finalement, lorsqu'il eut achevé la missive officielle, il me dit tout bonnmeent en créole :
— Ce n'est pas ici....
— Comment ! ce n'est pas ici ?. . . .
— Non.
— Où est-ce donc alors?....
— Sur la section du Grand-Boucan. C'est là que se trouve la grotte de ynadame de Lèogane. Vous êtes sur
la section des Orangers. On aurait dû adresser cette lettre au commandant Cassius, mon collègue et mon voisin. Le général Tibérius Zamor a été appe"'.é au commandement de Léogane tout récemment. L'erreur s'explique parle peu de connaissance qu'il a de l'arrondissement.
Cette erreur nous avait fait faire inutilement bien du chemin. Le commandant nous dit avec obligeance que son fils allait nous accompagner auprès de son collègue. Pendant qu'on sellait un cheval, sa femme nous offrit du café que nous acceptâmes. La manière dont elle s'y prit pour le sucrer est assez ori"ginale pour que j'en parle.
Son fils cadet, négrillon de dix ans, prit une canne à sucre, la plaça sous le tranchant d'une espèce de machine assez semblable à celles avec lesquelles en France on teille le chanvre ; puis, la faisant glisser comme dans un laminoir, il en exprima tout le jus qui tombait dans un coui placé dessous. De cette façon il obtint un sirop parfaitement naturel et doué de grandes propriétés sucrantes.
Nous repartîmes, conduits cette fois par le fils du commandant Rosier By. Nous mîmes nos chevaux au galop et, moins de deux heures après, nous descendions à la porte de la case du commandant Cassius où notre guide nous dit adieu.
Tout d'abord le commandant n'eut pas l'air de comprendre qu'une lettre à lui destinée eût pu être envoyée par erreur à son collègue de la section des Orangers. Il paraissait fort étonné aussi du désir que nous avions de visiter une grotte dans laquelle personne n'entrait. Je suis certain qu'au fond il nous prenait pour deux de ces chercheurs de trésors que, dans leur précipitation, les colons abandonnèrent en les enfouissant, dont quelques-uns ont été retrouvés par d'heureux fouilleurs, mais dont le plus grand nombre est perdu à tout jamais.
Le commandant céda néanmoins à nos pressantes ins-
Le fils du commandant Rosier-By, ^Page 264.)