DES RAYA.UDS TOMBE MALADE
Le commandant Cassius nous offrit à boire. J'aurais voulu refuser que le besoin m'en eût empêché. Il apporta une bouteille de tafia de sa fabrication devant laquelle un buveur de trois-six aurait reculé. Avec l'eau que j'y ajoutai en grande quantité, j'éteignis un peu l'ardeur de ce breuvage de feu que des Rajauds sabla avec volupté jusqu'à la dernière perle. Ceci n'avait rien qui put m'étonner de la part d'un ancien dragon de l'Impératrice.
Je remerciai le commandant Cassius, et nous nous remimes en selle et en route.
Il était presque nuit lorsque nous arrivâmes à Léogane. Nous avions fait huit lieues qui eh valent bien le double sans exagération. C'était une journée bien remplie. Au.5si je ne m'occupai en rentrant chez mon hôte que de deux choses : la première, de souper ; la seconde, de me mettre au lit.
Ayant vu la seule chose qui m'intéressât à Léogane, je songeai à gagner le Grand-Goave.
Une vive contrariété pressait mon départ. Des Rayauds était tombé malade et j'avais dû le faire rentrer au Portau-Prince.
J'allai donc trouver frère Petit-Mot. Le pauvre diable avait été pris en débarquant d'une fièvre qui ne l'avait pas encore quitté. Il ne pouvait me servir de patron, étant au lit. Il m'offrit à sa place son fils que j'acceptai en ne demandant que deux points : le canot est-il en bon état et combien me prendrez vous ?
Nous tombâmes d'accord à dix piastres. Pour ce prix il devait me conduire à Miragoâne en relâchant au Grand- Goave et au Petit-Goave le temps nécessaire pour visiter ces deux ports fermés. On appelle ainsi les ports dans lesquels ne peuvent entrer les navires étrangers par opposition aux ports ouverts où ils ont libre accès.
Les préparatifs d'appareillage occupèrent mon nouveau
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patron toute l'après-midi. Je ne pus donc n'embarquer que le lendemain, 7 février, à six heures. Je fis mes provisions chez M^'® Choune. Du fromage et des biscuits, à défaut de pain : voilà pour les aliments solides. Une bouteille de Martel, une bouteille de vin et trois bouteilles de bière, ces dernières données par M. Mérion : voilà pour les liquides. Tout cela n'était qu'un en-cas. Le général Tibérius Zamor n'avait donné pour le commandant du Petit- Goave une lettre dont voici la teneur :