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L'ILE-A-VACHES

La pointe des Gravois et celle de rAbacou, altération de l'indien Bocao, doublées, nous aperçûmes le Diamant, et derrière cet îlot, rile-à-Vaches qui doit son nom prosaïque à la grande quantité de bœufs que les boucaniers y trouvèrent. Elle a quatre lieues de long sur une largeur moyenne d'un kilomètre. Autrefois, c'était un lieu de relâche pour les pirates ; à présent, une compagnie agricole, à la tête de laquelle se trouve M. Girard Labastille, des Cayes, s'y li\Te à la culture en grand des bananes, devenues si chères par suite de leur rareté.

Au nord-est de l'Ile-à- Vaches, on trouve plusieurs îlots entourés de récifs, la Caye-à-l'Eau, l'Ile-au-Grand-Gosier, rile-à-la-Bourre, la Folle, sur laquelle le Bouvet, navire de guerre français, s'est perdu en 1868.

A une heure nous passâmes devant Torbeck, bourg beaucoup plus considérable, il y a un siècle. La plupart des maisons sont en maçonnerie. Dans l'église, relativement assez belle, est enterré l'intendant Maillart qui, conjointement avec le gouvernement Larnage, fit prospérer la colonie pendant plusieurs années. Derrière Torbeck se dresse la montagne des Platons dont les gorges servaient de refuges aux nègres marrons.

En 1804, on y construisit un fort du haut duquel la vue s'étend à une distance prodigieuse. Entre autres points culminants on distingue les sommets de la SeUe.

Dans la commune de Torbeck sont nés le fameux Boisrond-Tonnerre en 1176 etlepoèteHérard-Dumesleenl784.

C'était un beau coup d'œil, à cette heure du jour, que cette baie qui s'ouvre à la mer dans une largeur de trois lieues et où les flots gênés par les récifs, sont rarement tranquilles. La baie des Cayes, par un beau temps, c'est le golfe de Naples; c'est le même ciel bleu, les mêmes eaux bleues, et, pour plus de ressemblance, un fond vaporeux de l'horizon, c'est, comme un autre Ischia, l'Ile- à- Vaches,

dont les côtes paraissent revêtues d'une végétation crépue comme la chevelure des négresses.

En présence de cette belle marine, ces vers de Lamartine sur le golfe de Baïa s'éveillèrent dans ma mémoire :

Vois-tu comme le flot paisible Sur le rivage vient mourir?

Vois-tu le volage zépbir Rider d'une haleine insensible L'onde qu'il aime à parcourir?

Montons sur la barque légère Que ma main guide sans efforts, Et de ce golfe solitaire Rasons timidement les bords.

A trois heures après midi, le 14 mars, nous entrions dans la rade en compagnie d'une flottille de barques sorties de Port-Salut, de Torbeck, de Saint-Louis, lesquelles, penchées sous leurs voiles, glissaient, légères et rapides comme des mouettes, et de l'Ester, qui nous eut bientôt dépassé, fumant et couvert d'écume comme Léviathan.

En débarquant nous faillîmes couler. Notre coralin faisait eau comme un crible. Dix coups de rames de plus à donner et nous sombrions en plein port. C'aurait été ne pas avoir de chance, en vérité. Enfin, nous touchons l'escalier du warf. D'un bond précipité je saute dessus, heureux de n'avoir pris qu'un bain de siège.

A peine avais-je mis le pied sur le warf, que j'aperçus un jeune chef d'institution plein de mérite, M. Lassègue, dont j'avais fait la connaissance au Port-au-Prince, et qui m'avait toujours manifesté de vives sympathies. Il vint à moi aussitôt qu'il me reconnut.

— Est-ce bien vous, M. La Selve?...

— En chair et en os.

— Et chez qui descendez-vous ?

— A terre, comme vous voyez....

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