‹ Le pays des ZendjsChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Productions du pays des Zen^Js.

Après avoir recueilli dans les pages qui précèdent ce que les Arabes nous ont transmis relativement au pays des Zendjs et aux mœurs des habitants, nous nous proposons de grouper en ce nouveau chapitre les renseignements qui ont trait aux principaux objets de commerce fournis par la côte.

Il fallait l'appât d'un gain bien assuré pour attirer les commerçants asiatiques vers ces régions si incommodes aux navires et aux navigateurs ; mais un proverbe arabe cité plus haut ne fait-il pas d'un voyage au pays des Zendjs le sûr remède de la pauvreté ? Les produits qu'on y recherchait étaient de nature assez diverse ; on en a vu quelques énumérations. C'était d'abord les esclaves, qu'on trouvait partout et qu'on acquérait, soit par des échanges avec des étoffes, des ustensiles de métal, des verroteries, soit par des moyens plus économiques, la ruse, le rapt, la violence ; ensuite les métaux précieux, les aromates, l'ambre gris; enfin les dépouilles d'animaux, les peaux

de fauves, Tivoire, Técaille, et aussi les cauris, « qu'ils tirent des îles de leur voisinage* ».

De toutes ces productions, Tor était naturellement la plus demandée. Peu encombrant, défendu par ses qualités naturelles contre les altérations auxquelles sont exposées, sous le brûlant soleil des tropiques, les matières d'origine végétale ou animale, le précieux métal offrait d'ailleurs l'avantage d'un débit certain, immédiat, dès le retour, avec un bénéfice connu d'avance et presque sans aléa. Aussi la première question du navigateur abordant à la côte est-elle : a Avez-vous de l'or ? » Sous l'impulsion de la demande, il affluait sur tous les marchés du Zendj et du Sofâla. Il y venait parfois de fort loin. Maintes tribus nègres de l'intérieur se livraient avec ardeur au lavage des sables, à l'exploitation des mines.

Dès les temps anciens et durant toute la période du moyen-âge, l'Afrique en a dû fournir des quantités énormes, qui s'éparpillaient ensuite dans toutes les contrées du monde, et surtout dans l'Inde.

L'Inde en a fait en tout temps une effrayante consommation. L'or entrait dans l'Inde et n'en sortait plus, dit un écrivain arabe du xiv® siècle^. Et cet auteur rapporte

i Ibn al-Ouardi (dans les Not. et extr. ,iom. Il, pag. 40). De Guignes, analysant ce passage du géographe arabe et ne connaissant pas lo sens du mot Ouada^ a conservé le terme sous la forme Ouads sans l'expliquer. Hartmann émet l'hypothèse : « Ouada forte aquae suaveolentes » (Edrisii Africdy pag. tOi). On ne peut conserver aucun doute sur la signification du mot arabe : il désigne le petit coquillage employé en Afrique et dans rinde comme menue monnaie et bien connu sous le nom de cauris.

2 Meçalik al-Absâr; dans les Notices et extr.^ tom. XIII^ pag. 218

une série de traits qui montrent à quel point le précieux métal était recherché et retenu par les Hindous. Leur rêve est d'en amasser des quantités énormes sans y toucher jamais ; on Tentasse de père en fils dans des cavernes, dans des puits, murés de façon qu'il reste seulement l'ouverture nécessaire pour introduire de nouveaux lingots ou plutôt de Tor monnayé, qu'ils préfèrent de peur de fraude * .

Un conquérant de l'Inde rapporte de ses expéditions la charge en or de treize mille bœufs, recueillie chez les

vaincus^.

a Sept princes », dit un Radja, ce m'ont précédé sur le trône : chacun d'eux a rempli d'or soixante-dix babin ou citernes très larges, où on descend des quatre côtés avec une échelle^.»

On connaît ces histoires de lacs, au voisinage d'un temple, où chaque pèlerin apporte son offrande. Un de ces lacs , mis à sec, livre assez de richesses pour en charger deux cents éléphants et plusieurs milliers de bœufs*.

Les Maha-Radjas du Zâbedj (ou Zânedj), conte Abou Zéid, avaient coutume de jeter chaque jour dans un réservoir d'eau voisin de leur palais, une brique d'or pesant plusieurs mannas ou kilogrammes. Quelle que fût la durée du règne, cet usage s'observait sans interruption.

(Mém. de Quatremère). « J'ai calculé, dit un défenseur de l'alchimie, que depuis trois mille ans l'Inde n'a point exporté d'or dans les autres contrées, et que celui qui y est entré n'en est point sorti. »

* Ibid,, pag. 219. — » md. — ^ Ihid,, pag. 219, 220. — * îhid., pag. 221.

Si le souverain gardait la couronne seulement un quart de siècle, on peut juger de l'énorme poids d'or qui se trouvait ainsi enlevé à la circulation, pour n'y rentrer qu'à la mort du prince*. Vrais ou faux, ces faits, malgré l'évidente exagération, témoignent de la prodigieuse quantité d'or que l'Inde recevait des mines de tous les pays.

Il en avait fallu aussi de lourdes masses pour la construction de cette ville légendaire d'Irem, que l'impie Gheddad, fils d'Ad, fit bâtir dans les déserts d'Aden pour rivaliser avec les richesses du Paradis. Les palais de cette vaste cité étaient d'or et d'argent avec des colonnes d'émeraudes et de rubis. Le travail dura trois cents ans, et Gheddad n'en profita guère, car au moment où il venait prendre possession de sa splendide capitale, Dieu poussa un cri terrible qui anéantit à l'instant même le monarque sans foi et Tarmée immense qui l'accompagnait^.

Pour expliquer la profusion du métal précieux, l'imagination populaire avait créé des régions dont le sol était d'or pur et d'argent. Telles étaient les fameuses îles de Chryse et Argyre, ce insulae in Indico oceano sitae, adeo fecundae copia metallorum, ut plerique eas auream superficiem et argenteam habere prodiderint '.»

* Les deux Mahométans, pag. 131. Kazouini, qui rapporte le même fait, dit que chaque jour le Mahradje reçoit deux cents mannas d'or. (Adjâïb al'MakhL, pag. 107.)

* On peut voir la réfutation sérieuse de cette légende dans les Proîé" gomènes d'Ibn-KhMoun (Notices et extr., tom, XIX, 1'® part., pag. 23).

^ Isidore de Séville, liv. XIV, ch. vi, De insulis. Ce sont presque les termes de Solin (Polyhist., ch. lv, pag. 353). Brunetto Latini ou ses éditeurs défigurent les noms des îles en Erile et Àrgite : f Hors de Inde

L'Afrique n'a point une richesse pareille , mais ses mines ne laissent pas d'être abondantes. Edrici donne quelques détails sur celles du Ouàdi d'El-Allâki, célèbres sous le nom de ce mines nubiennes », sur les frontières de la Nubie et de TAbyssinie, a dans une plaine de sables mouvants non entourée de montagnes. Durant les premières et les dernières nuits du mois arabe (c'està-dire aux environs de la nouvelle lune), les chercheurs d'or se mettent en campagne dans l'obscurité. Ils regardent la terre, chacun à l'endroit qu'il s'est choisi ; et là où ils aperçoivent des scintillations produites par la poudre d'or, ils marquent l'endroit pour pouvoir le reconnaître le lendemain \ Ils y passent la nuit, et lorsque le jour survient, chacun se met à l'œuvre dans la portion de sable qu'il a marquée, prend ce sable et le transporte sur son chameau jusqu'auprès des puits qui se trouvent là. Ensuite on procède au lavage dans des baquets de bois d'où on retire le métal ; puis on le mêle avec du mercure et on le fait fondre. Après cette opération, ils se vendent et s'achètent les uns aux autres ce qu'ils ont pu recueillir, et les marchands transportent l'or dans les contrées étrangères. C'est l'occupation habituelle de ces

sont ij isles, Erile et Argite, où il a si très grant chose de métal, que H plusor cuident que toute la terre soit or et argent. » ( Trésor, liv. I, part. IV, ch. cxxm, pag. 159, publ. par Ed. Ghabaille.)

t Dans la Description de VÉthiopie, de Francisque Alvarez, publiée par Ramusio, on lit, à propos des gisements d'or de Damuie : c Ils vont le chercher le plus souvent de nuit, à la clarté de la lune, à cause qu'ils le voient reluire». DescripL de VAfr.^ tom. III, pag. 547.

peuples. Us ne cessent de s'y livrer, et ils en retirent leur subsistance et leur bien-être*. »

liAdjâib al'Hind parle de mines d'or extrêmement abondantes, situées dans les hautes régions du pays des Zendjs*. Gosmas vante celles de Sasoucc pays très voisin du pays de l'encens ». Les marchands nubiens y vont en troupes nombreuses, munis, comme objets d'échange, de bœufs, de sel, de fer. Parvenus aux endroits convenables, ils forment une enceinte d'épines amoncelées et s'y établissent. Ils tuent les bœufs et en exposent les morceaux sur les épines, ainsi que le sel et le fer. Les naturels arrivent, portant des lingots d'or qu'ils nomment tanchara ; chacun en met un ou plusieurs sur les objets exposés par les marchands. Ceux-ci trouvent-ils Tofifre satisfaisante, ils prennent l'or, et les naturels emportent la viande, le fer et le sel, sinon ils laissent l'or. Sur quoi les naturels ajoutent de nouveaux lingots ou reprennent ce qu'ils avaient mis. Ils en sont réduits à cette manière de commercer, faute de pouvoir se comprendre par le langage. Les mines de Sasou, ajoute Gosmas, sont dans la contrée où le Nil prend sa source : «Je parle là de ce que j'ai vu ou de ce que j'ai appris de la bouche même de ces commerçants^».

^ Edrici, 1« clim., 5« sect., pag. 41, 42.

2 Merveilles de Vlnde, XXXVI, pag. 56.

3 Édit. Gharton, pag. 14, \b,— Ka.zo\ïm\ (A djâïb aUMahhh pag. 111) rapporte que le commerce du girofle se faisait de la même façon dans rile de Bertabil, et Al-Birouni en dit autant des indigènes de l'îie Lanka (V. Reinaud; Intr. à la Géogr. d'Aboidf.y pag. ccxvii). Hérodote nous apprend que les Carthaginois en usaient de même pour commercer avec

Le commerce de l'or était particulièrement considérable à Sofâla, que beaucoup d'auteurs arabes désignent volontiers sous le nom de Sofâlat edh^dhahab « Sofâla de l'or ».

L'or sofdli est /bien connu des marchands du Zendj, dit KazouiniV Dans tout le pays de Sofâla, écrit Edrici, Tor d'excellente qualité abonde, bien que pour leur parure les habitants préfèrent le cuivre*. Cet or « surpasse en qualité comme en quantité et en grosseur celui des autres pays, puisqu'on en rencontre des morceaux d'un ou de deux mithcals et quelquefois même d'un rott '» . Ibn al- Ouardi dit aussi qu'on recueille à Sofâla une grande quantité du précieux métal, à l'état de pépites très pures; et chaque pépite {tibrà) peut peser deux à trois mithcals*.

un peuple de Lybiens au-delà des colonnes d'Hercule. Ce commerce se faisait honnêtement et sans fraude.

1 Athar al-Bildd, pag. 29.

2 L'auteur de VÀcfjâib al-Hind (pag. 108), parlant des indigènes de l'île Néyàn, dit qu'cils achètent des lingots de cuivre jaune à un prix très élevé, parce que ce métal, dans leur pays, se conserve et dure comme l'or chez nous, tandis que l'or chez eux n'a pas plus de durée que le cuivre dans nos pays». Béni soit Dieu, le meilleur des créateurs I ajoute l'écrivain ; ce qui veut dire : « Je ne suis pas bien sûr de la vérité du fait que je rapporte. — Pomponius Mêla fait grand honneur aux Éthiopiens de leur mépris pour l'or : « Parumque venerati opes, veluti optimarum alumni virtutum . • . Âpud hos plus auri quam aeris est : ideo quod minus est pretiosius consent. Mve exornantur, auro vincula sontium fabricant.» (Liv. III, ch. ix.) C'est l'anlique propos d'Hérodote que € chez les Éthiopiens le cuivre est, de tous les métaux, le plus rare et le plus précieux.» — 3 Edrici, !•' clim., 8* sect., pag. 66.

* Ibn al-Ouardi, pag. 174. Le mithcal représente ^fs',!!.

174 LE PAYS DBS ZBNDJ8.

On transforme cet or en lingots en fondant les morceaux au moyen d'un feu alimenté avec de la fiente de vache, sans recourir au mercure, comme la chose a lieu dans l'Afrique occidentale, ce Car les habitants de ce dernier pays réunissent leurs fragments d'or, les mêlent avec du mercure, mettent le mélange en fusion au moyen du feu de charbon, en sorte que le mercure se volatilise et qu'il ne reste que le corps de Tor fondu et pur. L'or de Sofâla n'exige pas l'emploi de ce procédé , mais on le fond sans aucun artifice qui l'altère * . »

Les Portugais, au commencement du xvi* siècle, vantent encore la richesse des mines du Sofâla. oc Les marchands maures, » dit Thomas Lopez, qui y toucha en l'année 1502, « les marchands maures nous disoient que les années passées, les navires de la Mecque, de Ziden (Djidda) et de plusieurs autres contrées du Levant avoient levé en leur île (Mozambique) plus de deux millions de mitigales d'or, chacune valant un ducat et demi, ayant une mine fort riche, produisant d'inombrables trésors, laquelle, comme ils trouvent par leurs livres, est celle-là où le roi Salomon envoyoit de trois ans en trois ans lever une infinie quantité d*or. Quant à la mine de Céfala, ils disent qu'en temps de paix on en pouvoit tirer environ deux millions de mitigales, valant chacune un ducat et un tiers d'or *. » Dans une lettre adressée en 1 5 1 5 à Julien de Médicis, André Corsai assure qu'on porte à Céfala^ pour la vente, une grande quantité d'or recueillie sur

^ Edrici, Ihid, u. 5., pag. 67.

2 Description de VAfr,, tom. IV, pag. 453, 454.

toute la côte africaine, depuis le Cap Vert jusqu'à la mer Rouge. Sofâla était alors soumise au roi de Portugal *.

L'Atlas de Sébastien Munster note, en la plaçant avec peu d'exactitude, la ville deZafala «che visi lava l'oro^». Lorsque le moine dominicain Juan Dos-Santos aborda à Sofâla, en 1586, il y trouva, dit Bruce % des mines d'or et d'argent plus abondantes qu'aucune autre mine connue. Les mines d'or étaient dans la montagne d'Afav/ra^ à deux cents lieues environ dans les terres. Beaucoup plus loin se trouvaient les mines d'argent de Chicoua.

Ge n'est pas dans le Sofâla, ni même dans le Bilâd ez- Zendj tel que nous l'avons grossièrement reconnu, mais dans une région plus septentrionale et plus profondément enfoncée dans les terres, que se trouvent les plus remarquables gisements d'or. C'est au Ottangara qu'il faut les chercher, dans la région baignée par le Nil (Niger), qui, lorsqu'il rentre dans son lit, après les inondations annuelles, abandonne des paillettes d'or sur les rives. Les nègres les recueillent ; «chacun ramasse la quantité grande ou petite que Dieu lui a accordée, sans que personne soit entièrement privé du fruit de ses peines*». L'or ainsi recueilli passe par le commerce entre les mains des habitants du Maghreb. Edrici parle d'un roi nègre qui de son temps possédait une pépite naturelle du poids de trente roHs ou livres (!), ni fondue ni travaillée par la main

^ Descript, de VAfr., IV, pag. 311.

2 Cosmografia universale. Bâle, 1558.

^ Voyage en Nubie, lom. I, pag. 498.

* Edrici, 1" clim., 2* sect , pag. 18.

des hommes, sauf qu'on y avait percé un trou pour encastrer un anneau qui rattachait au trône du roi * .

Le <rpays de Tor» {Bilâd et-tibr) de Kazouini est chez les nègres {Soudan) au sud du Maghreb. Cette région est exposée à une chaleur violente ; durant le jour , les habitants se tiennent dans des abris souterrains. L'or y pousse dans le sable, comme les racines chez nous^. Au déclin du soleil, les indigènes sortent de leurs refuges et recueillent l'or. Ils vivent de doura et de haricots. Leurs vêtements sont des peaux de bêtes et surtout de panthères, animaux qui foisonnent chez eux. Trois mois de marche séparent Sedjelmâça ' de ce pays. Les marchands de Sedjelmâça font le voyage avec une extrême fatigue, emportant, comme objets de commerce, du sel, des bois résineux, des grains de verre, des bracelets et des cachets de même matière, des anneaux de cuivre. Ils ont à traverser des déserts où Ton ne trouve à boire qu'un liquide corrompu dans quelques creux. Le semoum dessèche l'eau dans les outres, de sorte qu'on n'en peut conserver que durant quelques jours. Aussi prennent-ils la précaution d'emmener des chameaux sans charge, qu'ils laissent souffrir de la soif avant d'arriver à ces mares. Là, ils les font boire deux fois (suivant la coutume, une fois en arrivant, une seconde fois après s'être

^ Edrici, tom. I, pag. 16.

2 Voir dans VAdjdïb al-Hind l'histoire du siage qui enseigue à arracher du sol «des racines d'or eatrecroisées comme les mailles d'un filet» y pag. 63.

3 Les marchands d'or partaient aussi de Ghana (Kazouini ; Athâr al- Bilâd j pag. 37).

reposés), de façon qu'ils se remplissent restomac. Puis ils leur lient la bouche pour les empêcher de ruminer, et rhumidité reste dans l'estomac. Lorsque le contenu des outres s'est évaporé et qu'on a besoin d'eau, on égorge ces chameaux, l'un après l'autre, *et on se désaltère avec ce qui reste dans leur estomac, non sans se hâter et faire force de marche pour gagner une nouvelle aiguade où on puisse remplir de nouveau les outres. C'est ainsi qu'ils voyagent avec une peine inouïe jusqu'aux lieux où ils se rencontrent avec les nègres à l'or. Là ils frappent des tambours pour avertir les indigènes de l'arrivée de la caravane.»

Les échanges se font d'une manière analogue à celle que nous avons relatée ci-dessus, et sans que les marchands voient les indigènes * . Les affaires terminées, on bat le tambour, et les marchands s'en retournent ^.

C'est aussi par cette méthode toute primitive que les marchands achètent l'or aux nègres des environs de Sofâla\

Malgré le rapport si peu avantageux de son poids à sa valeur, le fer est aussi un des produits que le commerce de l'Orient allait chercher jusqu'en ces lointaines régions. On a vu plus haut que les habitants de Djentama et de

1 I^bn Batouta conte que l'achat des fourrures, chez les Slaves du Nord, se fait aussi sans que les vendeurs et les acheteurs s'entrevoient. Les commerçants ne savent s'ils ont affaire à des hommes ou à des génies (lom. II, pag. 401).

2 Athâr al'Bilàd, pag. 11, 12.— ^ Ibid.y pag. 29.

Demdéma n'ont pour vivre d'autre ressource que l'exploitation de leurs mines de fer. Les insulaires du Zânedj et des autres îles environïiantes viennent leur en acheter les produits, qu'ils transportent dans l'Inde et dans les îles indiennes. C'est un objet de grand commerce et de grande consommation dans ces pays. Les régions de l'Inde, à vrai dire, ne sont point dépourvues de mines de fer ; mais les gisements de Sofâla fournissent un métal plus malléable, de qualité supérieure *. Les Hindous le transforment en acier excellent; ils en font ces armes célèbres chez les Arabes sous le nom de Mouhenned ce indianisé ^ » ,

Il y avait des mines de fer exploitées sur divers points de la côte des Zendjs, notamment à Monbaça '. Edrici assure même que le fer et les peaux de léopard sont les productions les plus importantes de tout ce pays *.

Pour ce qui est des peaux de léopard, elles jouissaient d'une grande réputation, sous le nom de peaux Zendjiennes ; le poil en était fauve et tacheté de blanc ; elles avaient des dimensions rares en longueur et en largeur ^. Edrici vante aussi leur souplesse ®. La panthère fauve

* Edrici; l«'clim., S" sect., pag. 65. V. aussi Ibnal-Ouardi, pag. 174.

^ On sait que l'acier a porté au moyen-âge le nom môme de l'Inde, al'Hîndf pris par les Espagnols sous la forme alinde, alfinde^ qui s'est apt.liquée aux miroirs métalliques. C'est aussi à cette expression que j'ai cru devoir rattacher le terme olinde, désignant une sorte de sabre. (V. Dozy, Gloss. et mon Dictionn, étymol.)

» Edrici, !•' clim., 7» sect., pag. 57. — * Ihid., pag. 58. — * Abou Zéidj Les deux Mahom., pag. 148.— • Ibid. u. s., pag. 58.

du Zendj, dit Maçoudi*, fournit les peaux les plus grandes et les plus belles pour la sellerie. On a vu que ces animaux dangereux foisonnaient dans les forêts des environs de Mélenda etdeMonbaça, où les indigènes leur donnaient la chasse avec Taide de chiens « rouges » d'une force extraordinaire.

Nous disons indifféremment « léopard » ou a panthère ». Le mot arabe nem7\ qu'emploient les auteurs, Maçoudi, Abou Zéid, Kazouini, Edrici, etc., marque seulement un félin tacheté, de grande taille, et pourrait aussi désigner le tigre, si celui-ci n'était absolument inconnu sur la côte africaine.

Parmi les produits d'origine animale, nous avons cité l'ivoire. Au moyen-âge, Tivoire du Zendj est irès recherché ^ C'est du Zendj que viennent ces dents d'éléphants dont le poids atteint et dépasse cent cinquante menn ' et même quelquefois trois cents *. Des navires arabes les emportent au pays d'Oman, sur la côte orientale de l'Arabie ; de là les commerçants les chargent pour l'Inde et la Chine. <t Telle est la route qu'elles suivent, dit Maçoudi d'un ton de regret, et si on ne leur donnait pas

* Les Prairies (Tor, ch. xxxiir, tom, III, pag. 2.

> c Le plus grand fait de marchandises de caste isle (Zanquibar), dit Marco Polo, si est des dens d'olifans dont ils ont grant planté.» Ëdit. Pauthier. ch. 186. pag. 685.

* Maçoudi, tom. IH, pag. 7.— < Kazouini, Athar al-Bilâd, pag. 15.

cette destination, l'ivoire serait très abondant en pays musulman *. jd

La Chine tient en grande estime les défenses droites, peu courbées. Elles servent à la fabrication des palanquins pour les personnages de haut rang ; aucun fonctionnaire important n'oserait se présenter au palais du roi porté sur une chaise d'autre matière que l'ivoire ^.

Dans l'Inde, on en fait des manches de -poignards nommés harâri et des manches de sabres à lame courbe nommés qarâtil. L'usage le plus ordinaire est dans la confection des jeux d'échecs {chatrendj) et de nerd (sorte de tric-trac). Plusieurs pièces du jeu d'échecs représentent des figures d'hommes ou d'animaux, dont les dimensions dépassent quelquefois un empan (22 à 25 centimètres), si bien que les joueurs ont, pendant leur partie, un serviteur chargé de porter les pièces d'une case à l'autre *.

Les Zendjs ne font aucun usage de l'ivoire pour euxmêmes *. Mais avec la peau de l'éléphant ils se fabriquent des boucliers, qui du reste n'ont point la solidité de ceux qu'on fait en Chine, au Tibet ou chez les Bedja (de la Nubie) . Le cuir en est inférieur à celui qui a été macéré dans le lait *.

Les Zendjs assurent qu'en leur pays l'éléphant peut vivre quatre cents ans : les défenses de ces vénérables patriarches des forêts dépassent en longueur tout ce que

* Les Prairies d'or y tom. III, pag. 8.-2 Ibid,-^ ^ Ibid,^ pag. 9, — ♦ Ibid., pag. 26.-5 Ibid., pag. 18.

rinde peut fournir V Les dimensions des os du squelette permettent d'employer ces os à une foule d'usages ; il s'en fait une certaine exportation^.

Les Zendjs n'ont jamais su, comme les Hindous, réduire l'éléphant à la vie domestique. On ne le voit chez eux qu'à l'état sauvage. Ils lui donnent la chasse pour sa chair et ses dépouilles, mais ne savent point le garder vivant. Pour venir à bout de le tuer, ils ont besoin de ruse , car les armes qu'ils possèdent ne leur permettraient pas de triompher directement du puissant animal. Ils observent les mares où les éléphants vont s'abreuver, jettent dans cette eau l'écorce et les branches d'un arbre de leur pays qui possède des propriétés enivrantes, et se mettent en embuscade à quelque distance. Les éléphants venant boire à cette eau empoisonnée en subissent bientôt les effets , elle les brûle et les stupéfie ; ils tombent et ne peuvent plus se relever. Les chasseurs s'élancent de leur embuscade et les percent de leurs lances, qui sont extrêmement longues ^

Il n'y a pas lieu de rapporter ici tout ce que les Orientaux racontent de l'éléphant, de son intelligence, de sa mémoire, de ses affections, de ses colères, de ses vengeances préméditées. La plupart de ces traits appartiennent à l'éléphant domestique, que les Africains ne connaissaient pas \ On lui attribue une pénétration et des

1 Prairies d'or, pag. 18.— 2 Kazouini; Athâr al-Bilâd, pag. 15.-— 'Maçoudi, ch. xxxiii, tom. III, pag. 7 et 8.

♦ Eq 1879, les Anglais ont débarqué sur la côte africaine, non loin de Zanzibar, les premiers éléphants domestiques qu'ait vus ce pays j ces

sentiments qui le rapprochent de l'espèce humaine. Il a même des idées d'une moralité étonnante et des sentiments de pudeur très marqués. « L'éléphant, dit Edrici, ne porte jamais ses regards sur les parties naturelles de l'homme *. » Si sa langue n'était conformée tout autrement que celle de Thomme, disent les Indiens, il parlerait ^

L'ivoire spécial tiré de la corne du Kerkédan ou rhinocéros n'est pas moins recherché que celui de l'éléphant. Entre autres objets précieux, on en fait pour les rois de l'Inde « des manches de couteaux de table, qui se couvrent d'humidité lorsqu'on apporte devant ces rois quelque mets dans lequel il entre du poison, en sorte qu'on reconnaît aussitôt si l'aliment est empoisonné ^ » .

Fendue dans le sens de sa longueur, dit encore le géographe sicilien, la corne du rhinocéros offre à l'œil des dessins remarquables ; on y voit des figures d'hommes, d'oiseaux et autres parfaitement tracées, qui s'étendent d'un bout à l'autre. On en fait alors des ceinturons d'un prix très élevé'.

Maçoudi entre dans des détails plus précis : la corne , dit-il, est blanche, avec une figure noire au milieu, qui représente l'image d'un homme, ou d'un paon avec sa

animaux venaient de l'Inde. (Voir, dans le Bullet. de la Soc, de Géogr. de Marseille, un article de M. Rabaud ^\xy l'Utilisation des éléphants en Afrique, n» de mai-juin 1879, pag. 139 et suiv.

i 2» clim., 9® sect., pag. 187.— ^ Edrici, l" clim., 8® sect., pag. 75. — 3 ii)id,^ pag. 74.

queue, ou d*un poisson, ou du rhinocéros lui-môme, ou d'un autre animal de ces régions. A l'aide de courroies, on en fait des ceintures où la corne tient lieu des ornements d'or et d'argent, ou s'allie avec ces métaux. Les rois et les grands de la Chine estiment cette parure par dessus tout, au point qu'ils la paient jusqu'à deux et môme quatre mille dinars. Les agrafes sont d'or, et le tout est d'une beauté et d'une solidité extraordinaires ; parfois on y joint différentes pierres précieuses, fixées avec de loags clous d'or. Les images dont nous avons parlé sont ordinairement tracées en noir sur le blanc de la corne ; quelquefois au contraire elles se détachent en blanc sur un fond noir. Du reste, la corne de rhinocéros n'offre pas toujours ces dessins dans tous les pays * .

El-Djâhiz, auteur d'un livre sur les animaux qui ne nous est point parvenu, mais dont les écrivains arabes nous ont conservé des fragments, conte que la femelle du rhinocéros porte pendant sept ans ; le petit, durant ce temps, sort la tête du ventre de sa mère pour paître, et l'y rentre aussitôt après ^. Lorsque sa corne a poussé elle gône pour sortir la tête, il perce le ventre, s'échappe, et la mère meurt \ Ni Maçoudi ni Edrici ne croient à cette histoire. Celui-ci objecte que si la mère périssait à la naissance de son fils, l'espèce aurait bien vite disparu. Celui-là s'est informé auprès des marchands de Sirâf et d'Oman, qui « tous se sont montrés fort surpris de la

i Prair. d'or, ch. xvi, tom. I, pag. 387.— 2 Jbid. —3 Edrici, l" clim., 8esect., pag. 75.

question et lui ont affirmé que le rhinocéros porte et met bas exactement comme la vache et le buffle».

Il est à présumer qu'El-Djâhiz mêlait à l'histoire du rhinocéros quelques circonstances relatives à la gestation des grands marsupiaux, tels que le kangourou ; et le fait mériterait d'être retenu comme tendant à prouver qu'à son époque on avait eu quelque connaissance du grand continent australien, puisque c'est à peu près la seule région, en dehors de l'Amérique, où Ton ait rencontré cet ordre singulier de mammifères.

Les prétendues cornes de licornes, qui jusqu'au xvii* siècle jouissaient en Occident d'une réputation extraordinaire, étaient sans doute des cornes de rhinocéros, bien que les écrivains du temps prétendent en faire la distinction : (( Desquelles Licornes on récite qu'elles seveautrent ordinairement de mesme que les pourceaux dans la fange et vilenie... esguisant leur corne de mesme que le Rhynocérot contre les pierres*». Du temps de Louis XIII, on conservait à Saint-Denis une corne de Lycorne « belle et longue, de couleur d'ivoire ^».

On sait que les ce Onagres d'Ethiopie », suivant les traditions antiques, ont aussi au front une corne unique, longue d'une coudée et demie, « dont les Indiens font des tasses réservées aux rois ' » . ce L'Inde, dit Élien, nourrit

i Histoire de la nature^ chasse, vertus, propriétés et usage de la Lycorne, par Laurens Galelan, maistre apoticquaire de Montpellier. Montpellier, 1624, pag. 11.

2 Ibid., pag. 54.

^ Ibid., pag. 7. « Les dites bestes ayant cela de propre, se voyant

des chevaux et des ânes monocéros^ dont la corne sert à faire des coupes telles que le poison mortel qu'on y verse ne peut nuire à qui en boit* . »

L'imagination des pseudo-zoologistes, des auteurs de Bestiaires, s'est donné libre carrière au sujet des Licornes, ou « Lyoncornes », comme veut les nommer André Bacci, le savant médecin de Sixte-Quint*. Leur corne est un antidote des plus puissants durant la vie même de ranimai, a Les dites Lycornes pressées de soif, notamment ez plus grandes chaleurs de Tannée, accourent vers les fontaines, qui en ces régions (Ethiopie) y sont rares : là où elles trouvent multitude d'animaux de toute sorte, qui souffrants une soif fort fascheuse s'arrestent jusques à ce que la Lycorne vienne pour en boire la première, recognoissants par P instinct de leur nature que telles eaux ont été infectées par les dragons et coleuvres qui là se trouvent on grandissime nombre, espérans lesdites bestes qui attendent avant de boire que la seule Lycorne d'en-

poursuivies, que de lascher leurs excréments contre le museau des chiens qui les poursuivent, qui est d'une odeur si suafVe que de plaisir les chiens s'y amusent, et ainsi ceste beste a cesie astuce de prendre son temps et passer carrière d'une coiurse merveilleusement viste. »

^ Élieu; Des Animaux, liv. III, ch. 41. — Tavernier, qui était à la cour du roi de Perse Ghah-Abbas [I vers 1645, assure qu'on amena à ce prince t un asne sauvage d'un poil rouge comme écarlate, et qui avoit au milieu du front une corne d'environ un pied de long » , présent du gouverneur de Ghiraz. (Voy, de Perse, liv. IV, ch. i«'.) Le célèbre voyageur ne prétend pas avoir vu l'animal, ni môme la corne.

^ Étymologiquement, licorne est une altération du latin unicornis. (Voir Littré; Lict. de la langue franc,)

tre tous les animaux du monde, pourra désinfecter l'eau et leur en laisser par après le salutaire usage, ce qui advient sans faute : car la Lycorne descendant à certains jours et certaines heures du plus haut des roches, fendant courageusement la presse de ceste trouppedebestes, elle se fait faire place pour s'approcher hardiment de la fontaine infecte, dans laquelle trempant sa corne, la teste baissée, et brouillant l'eau avecicelle, soudain après elle boit son saoul, de même que les asnes et asnesses, du fin bout des lèvres, comme si elle ne désiroit que la superficie. Puis, tout à rinstant, tournant le dos à cette multitude de bestes qui avoient patiemment attendu sa venue, d'une vistesse incroyable se sauve et se retire dans son accoutumée retraicte, où personne n'aborde, d'où elle ne ressort que très rarement, hormis pour revenir boire * . »

^ Laurens Gatelan, pag. 14, 15. — La chasse aux licornes se fait d'une façon assez singulière pour que j'en donne ici le récit d'après le même écrivain, dont l'ouvrage est assez rare : « Isidore et Tzetzès disent qu'on prend et attrape les lycornes par l'aide et industrie d'une jeune fille pucelle qu'on appose séante au pied des montagnes où on pense que telles bestes se retirent. Là où il advient, ce dit l'histoire, que la lycorne flairant de loin ceste fille et prenant sa course d'une furie apparente vers ceste vierge, soudain qu'elle l'aborde, au lieu que ceste beste doive mal faire, attaquer et déchirer cruellement ceste fille suivant sa rage naturelle, au contraire, la dite pucelle avec les bras estendus la recevant amoureusement pour lui faire caresses, ceste povre beste incline tout doucement la teste et se couchant en terre pose son chef sur le giron de ceste fille et prend un singulier plaisir qu'elle lui frotte tout doucement le crin et la teste avec des huiles, ungens et eaux bonnes et soufflairantes, comme si elle le faisoit par amourettes. Sur quoy ceste misérable

Ces bizarres légendes, dont les mythbgraphes savent retrouver les origines lointaines, ont traversé toutes les vieilles littératures. Les Grecs, les Latins, les Arabes, les Européens du moyen-âge, ont tous pris plaisir à les entendre. Les commerçants de la côte orientale d'Afrique ne manquaient point d'encourager des croyances si favorables au débit de leur marchandise.

Un autre produit du pays des Zendjs qui n'est pas sans analogie avec l'ivoire d'éléphant et de rhinocéros, mais qui ne semble pas avoir donné naissance à des histoires merveilleuses du même genre, c'est Vécdàlle (dhabl), qu'on tire de la carapace de certaines tortues. L'écaillé, dit Maçoudi, sert à faire des peignes, comme la corne, ainsi que des bracelets et divers objets d'ornements *. Le port de Zéilâ, au fond du golfe d'Aden, était un des entrepôts de cette matière que fournissait la mer ou le territoire avoisinant^. L'écaillé, au rapport d'Edrici, était la principale production de certaines îles peu éloignées de l'île El-Qomr ^ Elle peut se diviser en sept morceaux, dont les plus lourds pèsent la moitié d'un rriann. Elle est épaisse, transparente et bien variée dans ses couleurs *.

beste s'endort, et se trouve saisie d'uo si profond somme que les chasseurs là-prez au guet, espiant le signal que leur donnera la fille, ont force loisir de s'approcher avec liens et cordages pour la saisir et prendre. » {Ihid.y pag. 16. 17.) ï^a môme histoire se lit dans Y Imago Mundi. (Voy. Le Roux de Lincy ; Le Livre des Légendes, Tntrod., pag. 212.)

^ Maçoudi, ch. xxxm, tom. III, pag. 2. — 2 voy. la Relation d'Abou Zéid, pag. 150.— 3 !« clim., 8« sect., pag. 68.-- -• Ibid,

Kazouini conte que le ce poisson » qui fournit la précieuse matière a vingt aunes de longueur et porte mille œufs dans le ventre * .

Les relations modernes nous font connaître que la tortue à écaille abonde toujours dans les eaux qui baignent la côte et les îlots aux environs de Tembouchure de rOufldji ^

Parmi les substances de prix spécialement fournies par le Bilâd ez-Zendj, nous ne devons pas oublier l'ambre, anbar. Il s'agit ici de l'ambre gris et non de l'ambre jaune ou succin, qui n'a jamais reçu le nom d'ambre chez les Arabes.

Les anciens ne paraissent pas avoir connu l'ambre gris. Ce sont les Arabes qui l'ont porté en Asie et en Europe. Son parfum pénétrant, qui rappelle celui du musc, et qui, comme on l'a dit, avive en quelque sorte les autres arômes, ses qualités toniques et excitantes, le mirent promptement en haute estime chez les Orientaux, fort passionnés, comme on sait, pour toute sorte d'aromates.

L'ambre se rencontre dans presque tous les parages de l'océan Indien; mais le meilleur, dit l'auteur des Prairies d'or *, provient des îles et du pays des Zendjs.

i Adjâïb al-Makhl.fiiSLg, 120.— 2 Guillainî Afriq. OrienLj tom. I, pag. 116. — ^ Maçoudi, ch. xvi, tom. I, pag. 334.

Il se présente là sous la forme de masses arrondies, d'un bleu pâle, parfois de la grosseur d'un œuf d'autruche. L'ambre de première qualité, dit aussi Abou Zéid, est celui que les flots rejettent sur les côtes de Berbéra et du pays des Zendjs, sous la forme d'un œuf rond et bleuâtre. Les indigènes vont la nuit, sur les rivages de la mer, à la clarté de la lune, montés sur des chameaux qui connaissent l'ambre et qui sont dressés à le chercher . Quand le chameau aperçoit un morceau d'ambre, il s'accroupit ; le cavalier met pied à terre et le ramasse * . Ces chameaux sont de la fameuse race des coureurs mahari\ on les emploie au même travail sur le littoral du Hadramaout ^. Il est remarquable que cet usage persiste encore chez les Soumalis'.

L'ambre, dit Moqaddaci, est poussé sur la côte arabique, entre Aden etMokha, et aussi vers la région opposée de Zéilâ. Il n'arrive au rivage qu'aux heures où souffle la brise de mer {rîh al-âyib). Ceux qui en trouvent sont tenus de le porter au Sâhib ou gouverneur, qui leur donne une récompense *. Avec une bonne foi louable, Moqaddaci ajoute qu'il ignore l'origine de l'ambre.

Sur cette origine, en tout temps fort controversée, Kazouini nous rapporte les opinions de ses contemporains. (( On n'est pas d'accord, dit-il. Les uns prétendent que l'ambre sort d'une source sous-marine, comme le bitume ; d'autres, que c'est une rosée qui tombe sur les

^ Les Deux Mahom., pag. 150. — ^ Prairies d'or, ibid, u, s, — ^ Guillain, tom. II, pag. 411.— -• Édit. Wiistenfeld, pag. 101. 102.

rochers dans la mer, suinte à travers les fentes, et là se coagule ; et ce fait se produit en certains lieux à des époques déterminées, de même que la manne trengibin {terendjoubîn) est une rosée qui tombe sur une espèce de végétal épineux dans le Khoraçan à certaines époques. Il y en a encore qui disent que Tambre est Texcrément d'un animal. Ce qui est certain, c'est qu'il naît dans la mer, qui le rejette sur ses rivages * .»

Au temps de Maçoudi, les navigateurs et commerçants de Sirâf et d*Omân adoptaient la première opinion, à savoir : que l'ambre provient du fond de la mer, où il se forme comme le bitume blanc ou noir '. Edrici ne pensait pas autrement, ce L'ambre, dit-il, est une substance qui jaillit de sources dans la profondeur des mers, comme le naphte qui sort des sources de Hît (dans Tlraq-Arabi), et la violence des vents le pousse vers le rivage^».

L'opinion qui attribue à Tambre une origine animale est postérieure à celle qui en fait un produit minéral ; mais elle avait fini par prévaloir. Le poëte persan Sadi y fait allusion dans ce vers du Gulistan :

« Si l'homme sans mérite veut écraser le savant avec sa richesse, prends-le pour une croupe d'âne {koun^i khar) , fût-il la vache à V ambre {gaw-i anbar *) .

Marco Polo regarde si bien l'ambre comme le produit d'un cétacé, que, parlant des productions du Zanguebar,

* Adjâïh al'Màkhl., pag. 245. — 2 Prairies d'or, ch. xvi, tom. I, pag. 335, 336.— ^ !«' clim , 7« sect., pag. 64.

* Gulistan, édit. Eastwick, liv. vu, pag. 172. Trad, Defrémery, pag. 301.

il écrit : « Et si ont ambre assez, pource qu'il ont moult balaines * » .

Du reste, Maçoudi et ses contemporains n'ignoraient pas que certains poissons ont souvent de l'ambre dans leurs intestins, et parfois en quantité énorme. Le fait s'expliquait aisément: ces poissons, comme aussi les oiseaux marins, étaient, disait-on, fort avides d'ambre et avalaient cette substance partout où ils la rencontraient.

« Dans le pays des Zendjs, dit Abou Zéid, on trouve à la surface de la mer des morceaux d'ambre d'un poids considérable. Quand le poisson appelé Tdl aperçoit cet ambre, il l'avale ; mais cet ambre, une fois arrivé dans son estomac, le tue, et l'animal flotte au-dessus de Teau^. Il y a des gens qui savent à quelle époque viennent les poissons qui avalent l'ambre ; ils se tiennent aux aguets dans leur barque, et quand ils aperçoivent un poisson qui surnage, ils le tirent à terre avec des crochets de fer qu'on a enfoncés dans le dos de l'animal et auxquels tiennent de fortes cordes ; ils ouvrent le ventre de l'animal et en retirent l'ambre ^ y>

Kazouini rapporte le même fait avec les mêmes détails. « L'ambre, dit-il, qui est dans le ventre de l'animal sent mauvais ; et cela est bien connu des marchands et dro-

* Édit. Pauthier, pag. 685.— 2 Les deux Mahom., pag. 151.

^ L'auteur du Mostatre faXiribue la, mort de l'animal à une autre cause: attaqué par un petit poisson qui s'attache à ses flancs, sans qu'il puisse s'en débarrasser, le monstre marin descend au fond de la mer et s'y cogne la tète jusqu'à ce qu'il meure. {Mostatref, édit. de Boulaq, 1292, tom. II, pag. 123.)

guistes de l'Iraq, du Fars et de Tlnde ; mais celui qui est dans le dos est de qualité excellente * . »

Ce poisson, que nous venons de voir appeler Tâl^ est aussi nommé, suivant les auteurs ou plutôt suivant les divers manuscrits arabes, tantôt Fâl^ tantôt Bâl^ tantôt Oudl o\iAov4l', Sérapion, suivant Bochart^, le nomme Azel^ forme qui s'explique en supposant qu'on a pris la lettre ou pour un z^ erreur facile dans l'écriture arabe peu soignée. Nous reviendrons sur ces noms en parlant de la baleine.

On a vu que les masses d'ambre peuvent atteindre la grosseur d'un œuf d'autruche. Mais cette matière se présente parfois en blocs plus volumineux. Kazouini leur attribue comme dimensions ordinaires celles d'un crâne humain ^, le poids peut s'en élever à mille mithcals * ; Edrici parle de morceaux pesant un quintal et plus *, et Maçoudi assure que dans la mer de Herkend (sur les côtes de l'Inde) les flots en rejettent du volume des plus gros quartiers de roche *.

Ces affirmations n'ont rien de surprenant , car les documents modernes mentionnent des blocs d'ambre non moins considérables. Au xviii® siècle, la Compagnie Hollandaise des Indes orientales acheta, au prix de 1 1000 écus, un morceau d'ambre pesant 182 livres. En 1755, la Compagnie Française paya 52000 francs un autre morceau pesant 225 livres. Le capitaine William Keching

^ Adijâïbal-Mahhl., pag. 123. — 2 Hierozoïcon, lom. II, col. 866.— ^ lUd. u. s., pag. 245. — * Ibid. — * 1«' clim., 7«sect., pag. 64. — • Prairies d'or, ch. xvi, tom. I, pag. 335.

parle même de masses pesant jusqu'à vingt quintaux, où l'on eût pu loger plusieurs personnes ; ces masses avaient été recueillies dans les parages de Monbaça, Braouaet Magadoxo, c'est-à-dire sur le littoral du pays Zendj*. Cela permet d'accepter le propos de Kazouini que, sur le rivage de la mer des Zendjs, l'ambre échoué a parfois l'aspect d'un monticule ^ {tell).

Nous n'avons pas à vider ici la question scientifique de l'origine de Tambre. Scaliger y voyait une sorte de plante marine, de la nature des Champignons, qui, parvenue à maturité ou arrachée par l'agitation des flots, se détache du fond de la mer et vient flotter à la superficie, comme les algues et les fucus '; un botaniste du dernier siècle en fait le suc épaissi d'un arbre de la Guyane ; im autre, les déjections d'oiseaux marins, comme le guano des îles Ghinchas. BuJBfon et Sonnini suivent les opinions des écrivains arabes et regardent Tambre comme une sorte de bitume provenant des couches sous-marines. Enfin, dans notre siècle, un annotateur du Voyage de Soléiman et de la Relation d'^Abou Zéidy le D*" Roulin, résume la théorie actuelle en ces termes : « Il est vrai qu'on trouve dans les mers tropicales des masses d'ambre flottant à la surface de l'eau, et que ces masses sont

^ Dictionn. d'Hist. natur. de Déterville, tom. I, pag. 412, 413.

2 Adjâïb al'Makhl.f pag. 120, et aussi pag. 245.

3 Ce qui pouvait donner une sorte d'appui à cette croyance, c'est qu'on rencontre souvent, sur la côte même des Somalis, de très gros morceaux d'ambre affectant la forme de rameaux ou de branches comme les coraux. Voy. Guillain, tom. II, pag. 410.

quelquefois poussées par les flots sur le rivage. Il est encore vrai que Ton en trouve quelquefois dans les entrailles des Cachalots, et que dans ce cas les individus sont malades ou morts. Mais ce qui n'est pas exact, c'est de dire qu'ils aient avalé cette substance ou qu'elle soit la cause de leur maladie. Il est certain que l'ambre se forme dans leurs intestins, et il est probable qu'il s'y forme de la substance des Calmars, dont les Cachalots se nourrissent, par suite de réactions analogues à celles qui transforment la chair des cadavres en terre, et, sous l'influence de conditions encore mal déterminées, en adipocire. Il paraît que quelque affection du tube digestif empêche d'une part la digestion des aliments ingérés, et de l'autre s'oppose à leur sortie, de sorte que l'accumulation devient quelquefois énorme *. »

Nous avons fait allusion à la passion des peuples orientaux pour les parfums. Outre la satisfaction de l'odorat, ils demandaient à ces matières des excitations physiques et intellectuelles, plus nécessaires sous leurs climats brûlants que dans nos régions tempérées. Les races civilisées de l'Asie attiraient chez elles les aromates de toutes les parties du monde. Elles en faisaient dès les temps anciens une consommation extraordinaire. C'est ainsi qu'Antiochus Épiphane, célébrant des Jeux de trente

* Les deux Makométans, pag, 99.

jours, voulut, au rapport d'Athénée \ que tous ceux qui se présentaient pour les luttes du gymnase fussent oints de parfums qu'on variait tous les cinq jours : ce fut d'abord de l'essence de Safran^ puis du Cinnamome, puis successivement du Nard^ du Téline, de VAmaracine, de l'huile d'Iris.

Parmi les denrées exotiques qui figuraient au cortège splendide de la fête donnée à l'avènement de Ptolémée Philadelphe, on trouve trois cents livres d'encens, trois cents livres de myrrhe, deux cents de safran, de cassie, de cinnamome, d'iris et d'autres parfums^.

La plupart de ces aromates étaient des produits naturels de la côte orientale d'Afrique. On en recueillait jusqu'au point le plus reculé du rivage des Zendjs. Au commencement des temps modernes, la relation portugaise de Thomas Lopez (1502) nous apprend que la myrrhe abondait alors à Mozambique. Les Maures a osaient bien assurer l'amiral d'y en lever tous les ans plus de deux cents quintaux ^jo. Mais la vraie patrie des gommes, des résines, des diverses variétés d'encens, était et est encore cette partie de la côte voisine de la pointe extrême, si justement nommée parles anciens « Gap des Aromates ». Les arbres à encens y croissent spontanément sur les flancs des montagnes, dit Guillain, et jusque dans leurs parties les plus rocailleuses et les plus dénuées de terre

^ Deipnosoph.f liv. V, xxiv, tom. II, pag. 253, 254 de l'édit. Schweighoeuser, 1802,

2 Athénée, Ibid,, liv. V, xxv, pag. 274.

3 Descript. de VAfriquey tom. IV, pag. 453.

i96 LE PAYS DES ZENDJS.

végétale*. » Il n'y pousse pas un brin d'herbe, ajoute M. Révoil, qui ne possède un parfum quelconque *».

. . . Tellus hic semper fragrat odore Cespite : prorumpit lacrymoso stipite myrrha, Myrrha furor quondam Cinyreius ; hic ladani vini Vellera desudant, calami coma pullulât almi, Gignit humus casiam, concrescunt tura peragros, Longaque fecundis pinguescit odoribus ora«.

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans dire un mot des pierres précieuses. Pour nos ancêtres, Timmense région inconnue vaguement dénommée Ethiopie était une mine abondante de pierreries de toute sorte :

/Ethiopes nobis transmitlunt hanc quoquegemmam,

dit Marbode en parlant de FHyacynthe,

Gum multis aliis vitse communis in usum^

Mais ce n'est point en général du Bilâd ez-Zendj qu'on tirait ces perles, ces diamants, ces rubis, ces topazes, ces gergons, etc., en tous temps si recherchés des Orientaux et des Occidentaux^ Beaucoup venaient de Sérendîb

^ Afrique Orient., tom. II, pag. 445.

2 Bulletin de la Société Languedocienne de Géogr., tom. III (1880), pag. 8.

3 Avienus, Descriptio orbis terrée, vers 1112-1117.

* De ^emmw. Dans la collect. Migne, tom. GLXXI, col. 1749. fi Maçoudi {Prairies d'or, ch. xxxiii, tom. III, pag. 44) rapporte que les rois des Zendjs, comme ceux de l'Inde et de la Chine, recherchent

OU Geylan, la patrie légendaire des pierres précieuses, qui lui avaient même valu le surnom d' celle des rubis »; <r Tota margaritis repleta et gemmis », dit Isidore de Séville* . La cornaline (aqîq) se trouve à Sanâa ^ et dans les îles de la mer de Fars' ; l'émeraude à Qibt, dans le Saïd supérieur*; Tescarboucle dans l'Inde et TÉthiopie; le corindon (ydqoât) provient de la mine de Sahîrân, dans une île au-delà de Sérendîb*, ou de Sérendîb • même ; le béryl (zeberdjed) , du mont Zabara, sur la côte arabique de

beaucoup ces gemmes pour en orner leurs diadèmes, leurs couronnes, leurs bagues et bpacelets. Mais assurément il faut ici lire Zânedj ou Zabedj, au lieu de Zendj. La maharadja du Zânedj pouvait se permettre un tel luxe ; mais à Tépoque de Maçoudi, les rois des Zendjs n'avaient certainement ni diadèmes ni couronnes ornées de pierreries.

* Isid. deSéville, liv. XIV, ch. vi: De Insulis.

^ € Celui qui désire des cornalines achète ua bout de terre ea un lieu près de Sanàa; il creuse, et trouve tantôt un beau bloc, tantôt moins, et quelquefois rien.» (Moqaddaci^ texte ar., pag. 101.)

' Kazouini, Adjâïb al^MakhL» pag. 115.

* Maçoudi, ch. xxxiii, tom. III, pag. 44. L'émeraude, disent les écrivains orientaux, jouit de propriétés extraordinaires. Aussi les rois se disputent-ils ces gemmes, tant ceux de Roum et de l'Occident, rois francs, lombards, espagnols, galliciens, gascons, slaves et russes, que que ceux de l'Orient, de Tlnde et de la Chine. Qui ignore que si une vipère, un dragon, un serpent quelconque regarde une émeraude piire, ses yeux se crèvent à l'instant ? L'homme piqué par un de ces reptiles venimeux est sûr d'échapper à l'effet du poison, s'il avale quelques parcelles de la précieuse pierre (Ibid., pag. 45, 46). La seule difficulté est do trouver une émeraude pure.

* Teifachi (Dans l'essai sur la Minéralogie arabe, de Glément-Mullet, pag. 40).

«Edrici, l«'clim., %• sect., pag. 102.

la mer Rouge* ; le rubis balais(&atoA;AcA), de Badakhchan^; la turquoise {firouzèh), de Nichâpour^ ; l'onyx, de TAbyssinie*; le cristal de roche {billoûr), du Maghreb et de rArménie ; le jaspe {yasb), des vallées de Khatan dans la Transoxiane^ ; la malachite, de FAbyssinieet de la Perse; Témeri {sounbâdedj), de la Nubie, du Soudan, des environs de Dongola*; Taméthyste, du Hedjaz ' ; le lapislazuli, de la Tartarie; le grenat, duKhoraçan; enfin le diamant (aZmas), de certaines vallées mystérieuses de rInde^

Mais nous ne saurions dire quelle région fournissait cet étrange aimant, inconnu aux minéralogistes modernes, qui, loin d'attirer le fer, le repoussait vivement ; comme tant d'autres merveilles, Isidore de Séville l'attribue naturellement à TÉthiopie : « Est quippe et alius

< aément-MuUet, /Wd., pag. 74.— 2Edrici, 3« clim., 8^ sect.,tom. I^ pag. 478. — 3 Glém.-Mull., pag. 126. — -• Ibid., pag. 135. — » Ibid.[ pag. 198.

* € Pour trouver l'émeri, dit Maqrizi, on plonge sous les eaux du Nil, et on le distingue des autres pierres en ce qu'il est plus froid au toucher. Si toutefois l'on n'est pas sûr que ce soit ce minéral, il n'y a qu'à souffler dessus, car en ce cas on voit l'émeri se couvrir de gouttelettes d'eau.» (Voy. Quatremère; Mém. sur l'Egypte, tom. II, pag. 11.)

' Glém.-MulL, pag. 185.

8 On sait la méthode extraordinaire qu'employaient les marchands de diamants pour tirer ces pierres précieuses des vallées inabordables où la nature les avait placées. Ce conte, rapporté par les Mille et une Nuiti (Voyag. de Sindbad), par l'auteur de VAdjâïb al-Hind (pag. 109, 110), par Marco Polo (Édit. Char Ion, pag. 398), se trouve également dans le Traité minéralogique de Teifachi (V. Reinaud; Cabinet du duc de Blacas, tom. T, pag. 18).

in iEthiopia magnes, qui ferrum non ambit sed res? puit * ».

Quant à Taimant commun, on sait l'histoire de cette montagne qui attire à elle les ferrures des vaisseaux et cause ainsi tant de naufrages. Edrici attribue cette fâcheuse propriété à la montagne de Mourouqaïn, à l'entrée du golfe Arabique : ce Aucun navire ne passe proche de ce mont, s'il est muni de clous de fer, sans qu'il soit attiré, retenu et dans l'impossibilité de se sauver^». Aussi les navires qui circulent dans ces parages sont-ils cousus et non cloués. C'est dans des navires de ce genre qu'arrivait le poivre des îles de l'Inde ^, le gingembre du pays des Zendjs, « qui a plus de force et de piquant que celui du Yémen ^ », et la plupart des objets de commerce recueillis sur les côtes de l'océan Indien. Les étymologistes, comme on sait, prétendent que la ville de Rhapta et le fleuve Rhaptos, limite des courses maritimes des anciens sur le rivage oriental d'Afrique, tirent leur nom de ces navires cousus {pamoi) qui y naviguaient de temps immémorial.

i Isid. de Séville, liv. XVI, ch. iv ; De lapidibus insignioribus, pag. 1211.

2 1»'' clim., 6« sect. Voir aus sKaizouini; Âdjâïb al-MakhL, pag, 120. Les Merveilles de VInde parlent aussi de plusieurs collines d'aimant qui existent le long des rives d'un grand fleuve chinois. On n'y peut naviguer avec des navires contenant du fer ; les cavaliers qui parcourent ces montagnes ne ferrent pas leurs montures ; leurs étriers, leurs mors, sont en bois (pag. 79).

3 « Monoxylisliatribus piper convehunt.» (Solin; Polyhist.. ch. lvii). * S. de Sacy ; Abdallaiif^ pag. 25.

Quelques écrivains orientaux, parmi les substances odorantes du pays des Zendjs, nomment le camphre, qu'on exportait, disent- ils, du port de Sofâla *. C'est une erreur évidente. Le camphre n'a jamais été un produit africain. Alors comme aujourd'hui, il ne pouvait venir que du Japon et des îles de l'archipel Indien. La confusion provient de ce qu'on a pris Sofâla de l'Inde (voir ci-dessus, pag. 87) pour Sofâla des Zendjs. La première de ces villes recevait tous les produits de l'extrême Orient par des navires indiens ou chinois ; mais la seconde n'a jamais servi d'entrepôt ni de port de transit, parce qu'elle était loin de toutes les routes, aux extrémités du monde fréquenté par les navigateurs.

* Sérapion, Ibn Beithar. Voy. un article de M. Dulaurier, Journ, Asiat., 3« série, tom. VIII, pag. 218.

Page 1