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CHAPITRE IV

Cliiiiles W, nii (Ir Siiùde et de Nuivi'gc. - Sun iii'cut'il amical. -- Convcisaliuii sur dilVcreiils sujets. - Sa syiii|i.Uliie |iour les l"i'an(;ais. — Il est oiiposé à la jieiiie de iiiorl. — Lnc \isili; au [lalais Ulriksdal. - CioiUs de Sa Majesté. — Le parc Haga. — l'n ilinianche eu Suéde. — Palais de lioselidal. --l'n visiteur niatinal. — l'Iiolograpliies. — .Murt du rui Charles. — Regrets sur sa perte.

Ihi s(|ii;ire (liislavL'-Adol[ilio, cli icgaidaiil |)ai-ik'sslis Noirbio, un voit II' massif palais royal; à sa di'oite vient se raltacliei' un petit ('(ii|is (le liàliiiieiit. Les "'oiits simjjles el sans (islentalidii île Charles XV. lui uni rail clioisir poiiili.iiiilaliini celle |)arlie modeste de ce vaste bâtiment; les grandes salles de l'aile principale ne servent qne dans les occasions solennelles et ponr les cérémonies officielles.

Dés mon arrivée, je désirai voir le roi, non |iai' cniinsilé ni vaniié, mais pour otïrir l'hommage de mon respect an souverain dont j'allais parcourir les Etals. .\prés m'étic reiisi'iuné. je m'aperçus ipie la chose n'était pas facile. La cour pnriail le diiiil de la reine décédée ijuekjue temps avant mon arrivée, el le roi, (|ni relevait à peine de maladie, n'haliilait pas Stockholm à celle époque, .le lis néanmoins une demande régulière d'audience, et, à ma grande surprise, le ministre d'Amérique recevait le lendemain la lellre suivante, écrite en français :

EXTHKTIEN AVEC LE HOl DE S CÈDE 31

<( Le iniiiistie des affaires étraiii;ères a le |ilaisir (raiiiioiwei- à .\L Ainlreus. iiiiiiislie résidant îles Elals-l'iiis irAiiiéiiiiue, (|iie sa Majesté le roi recevra M. Du (liiaillu en auilieiice privée, tleiiuiin samedi, à onze heures ilLidii matin, dans les petits appartements de Sa Majesti', au palais de Stockholm.

■1 Le couite de Walchnieiuster prolite de cette occasion pour [iiésenter à .M. Andrews l'assurance de sa considi'ratlou la plus distinguée.

'• StocKliolm, l(i juin IST I. u

Non seiilciiiciil laii ivqiit'le avait été agréée sui-lc-chamii, mais encore Sa Maje.'^lé me l'aisail i'iioiineur de venir à Slocklioim et de m'accorder iiin' audience privéi'. .l'.irrivai ;i la modeste entrée des a|i[)arlcmenls |iailiculiei's trois nu qiialre miiiules avant le moment li\é |i(inr ma réc('|ilion; nu t'aclioimaire gard.iil l;i porte extérieure, mais lie nn' demanda i»as où j'allais. Accomi»agué diui (lomesli(|ue de riiôlel. (|ui était venu pour me montrer le cliemiu, je montai les escaliers et j'arrivai auprès de deux valets eu demi.. le demandai le roi; ils ouvrireid Hue pnrlc c( m'iulroduisirenl dans une liildiolliéipic l'iirl sim|ile au centre de laijuelle se Irouvail uu lu'll.ird; les livres élaieiil reliés sans luxe, évidemment dans rinli'iilioii de s'en servir, el nou pour être seulement regardés. J'étais à peine depuis trois minutes dans cette j)iéce. loi'S(|u'un gentleman, vêtu avec grande simplicité, entra vivemeul, suivi de deux officiers. Il me souhaita le bonjour, el passa dans la chandire vdisine. dont il ferma la porte. Il avait traversé si rapidemenl. (pi'il ne me laissa })as le temps de lui rendre son salul. Les officiers revinrent, et, après s'être inclinés devant moi, me dirent: " Le roi est prêt à recevoir M. Dn Cliaillu; » puis ils m'introduisirent dans la chandire du souverain, avec le(|uid ils me laissèrent seul. Charles XV vint à moi. me (eiidil la lu.iiu el me dit ([u'il était lieuri'ux de nu' voir en Suéde. Son accueil amical, sou regard franc et ouvert el l'alisence totale de cérémonie éveilléreut ma plus vive sympathie, el je me sentis tout à l'ail à l'aise.

Le riii était grand el élancé, de teint brun. Quiii(|u"il piul'il sur la ligure des Iraces de sa récente maladie, je ne m'éloimai pas (pie. (|liel(iues années plus tôt, il eût passé pour le jikis beau des souverains existants.

Je remerciai Sa Majesté, au nom des liltéi'ateitrs et îles voyageurs américains, d'aVoir bien voulu m'accorder une loidi e. el j'ajoutai

■^■2 lA'] PAYS DU SULE1I> D K MIMIT

(|uo, clioz iiniis. ;m\ Etals-Unis, on le cuiHKiissait cominc iioèlc cl arlisle, ti (juc Imis. nous l'admirions surloul cuniuie monai'(|uu d'un pays librt'. " Oui, répondit-il, nous sommes libres, car nous avons un tiduvcnicnii'iil constitulimiiici. Je suis lieiiirux ii'a|i|)i'endre i|ne vous allez viivauer en Suède et en Norvèi;e, et nous voir tels nue nous sommes. » .le répartis cpie j'avais riutenlion d'explorer eutiéremenl la péninsule Scandinave d'une extrémité à l'anire, [lendaid plnsiciu's aimées, piiin- bien connaître le penjile. .le ne savais ipie 1res |ien de chose aliirs des jiolitesses et courtoisies de tout i^enre qui m'allendaienl parlonl.

— Asseyons-lions, dit le roi eu m'iiidi(|uanl une (diaise auprès d'une petite taille devant la IVnèlic ; et. liranlunètui de sa |(oclie, il m'ollrit iiii cigare. En ap|nenaid (pie je n'avais jamais l'unie ni prisé de ma vie, il me dit. avant d'allumer sou cigare :

— La l'iimée vous gèue-l-elle?

— En aucune façon, répondis-je.

— .le suis étonné qu'un voyageur comme vous ne fume pas, reprit le roi en lâchant une forte boiilTèe de fumée ; vous ne savez pas ce que vous perdez.

— L'ignorance, en ce cas, est un bonlieur. ré|iliipiai-je.

— Nous vous connaissons en Scandinavie, ajoula-l-il. IMusieurs de vos ouvrages ont été traduits en iiorvèi^ieu l'I eu suédois; vous verrez que vous n'êtes pas un élraiiger pour nous!

— Votre Majesté veut-elle me faire l'Iionnenr d'accepter mes œuvres en anglais?

— Avec plaisir. Voyagez bien ; visitez nos écoles en Norvège et en Suéde, nos universités, nos institutions scienliftipies; tous nous croyons en l'éducation. Voyez nos raihvays, nos canaux ; oltservez chaque cliose. Vous ferez probablement connaissance avec beaucoup de nos savants (pii, je n'eu doute pas, seront enchantés de vous moiilrer nos collections.

Nous parlâmes agriculture.

— Avant d'élre l'oi, dil-il. j'étais feiinier. .l'aimais beaucoup celte vie, mais je dus la (piiller; inaiiileiiaiil, il ne me reste point assez de temps; car j'ai beaucoup d'occupations. Puis il jiarla des progrès (pi'avaient lait la Suède et la Norvège en éducation. — Il faut

r-pipinii-s; sçj-^'- ^i "^ fVSSflSWÏ'*"

ENTUETIE.N AVEC LE UUl DE S LE DE 35

qiu' ri,uiioi"iiil suil parlielleinciil iiisiruil. N'uus avons uiil' lui l'xci'llenle; chaque entant est tenu (l'aller à réeole. Et ses traits s'animaient à mesure qu'il (larlait.

— Je suis très heureux, répondis-je, de voir i|ue Votre Majesté n'est pas un de ces hommes ipii. étant insiruils. croient (|ue les autres doivent demeurer ignorants; un de ces hommes (pii s'opposent à l'éducation générale, mais (|ui ne voudraient pas (pie hnns enfants fussent mal élevés.

Ensuite la conversation roula sur les lélégiaphes. les chenuns de fer, les manufactures.

— Il faut, reprit le roi, (jue nous ayons i)lus de chemins de fer, plus de capitaux et plus de peu[)le; car notre pays est vaste, et, s'il était complètement perfectionné, nous pourrions entretenir nue plus nombreuse population.

Nous conversâmes sur la Laponie et le nord de la Suéde.

— J'ai beaucoup voyagé en Laponie, me dit le roi, j'aime \eé voyages.

Jetant les yeux sur la collection ('X(piis(> d'autiipiités, d'armures, et de curiosités anciennes qui garnissait la chambre, je demandai la permission de l'examiner. — (cCertainemeid, » ré|)li(pia le roi ; et il prit grand intérêt à me montrer et à m"explii|uer l'histoire des spécimens précieux amassés par lui. Revenus anjirès de la table, nous causâmes politique, de l'état de la France, de la guerre désastreuse dans la(|uelle elle s'était plongée elle-même et ipii venait de finir.

— J'ai appris, lui dis-je, (pie Votre Majesté est opposée à la peine de mort.

— Un homme n'a pas le droil de prendre la vie de son semlilalilc. lit-il tristement et d'un Ion rêveur. J'ai été obligé de signer un ou deux arrêts de mort, c'est parce (pie je ne pouvais réagir contre l'opinion publi(pie du pays, i'uis, consultant sa montre, il dit: " Vous savez ((lie je suis en deuil; ma santé n'est pas bonne et je ne demeure pas à Slockholm. Venez demain (dimanche) à Ulriksdal où je réside maiiilenani, ce n'est qu'à une courte dislance de Slockholm. » Il eiil la iMnilé de m'indi(juer la roule poui- m'y rendre en bateau el il ajdiila; » Je vais vous écrire sur une carie cominenl vnus devez vous y [irendre, dans lii crainle

que vous puissiez l'oublier. » N'ayant point de papier, je le priai d'écrire sur une de mes cartes de visite; son crayonne marquait pas, je lui prèl;ii le mien: juiis il se leva, ce qui signifiait qu'il étail temps de partir.

Sa Majesté me donna une cordiale poignée de main, me dit: » A demain! » el je me relirai après une audience d'une heure.

Une charmante navigrdion de deux heures me conduisit au point de débanjuement de ri'lriksdal. Le p;d;iis est délicieusement situé sur les rives de l'Edsviken [rihvn. haiei. il 0(cu|)e trois côtés d'un quadrilatère et a été construit par le grand capitaine Jacques de la Gardie. Le roi Bernadotte, grand-père du roi actuel, s'en servait comme de caserne ; Charles XV l'a Inuisl'ormè en belle résidence d'été et il y demeure pendant la saison chaude. Du délKirc;idère au palais, je n'aperçus pas un soldai, pas un policcrnan. |ias même un domestique en livrée; les promeneurs allaient et venaient. Les portes conduisant aux différents escaliers étaient ouvertes, ainsi que les fenêtres du rez-de-chaussée, par lesquelles chacun aurait pu facilement entrer, et des pécheurs jetaient leurs iilets en l'ace de la résidence royale.

Je m'arrêtai au pied du i^rand escalier, mais je ne vis personne; je me dirigeai vers un autre sans plus de succès. « N'y a-t-ii persoime ici? » m'écriai-je alors. Un homme, se penchant sur la balustrade de l'étage supérieur, me regarda d'un air qui voulait dire : « Que désirez-vous? — Le roi est-il chez lui? demandai -je. Non, fut la réponse. — Il y est, repris-je; il m'a invité à venii! » A ces mots, l'individu disparut ]iour reparaître au liout d'un instant au bas de l'escalier: il me fit une profonde révérence et me montra le chemin. En atteignant le |»remier étage, il m'expliqua (jue Sa Majesté se tenait au bout d'une suite d'appaitements oij j'entrai. Dans la quatrième chambre, je vis le roi en train de jieindre. Dés qu'il eidendit mes ])as, il mit son habit en s'écriani : «Soyez le bienvenu à Uli'iksdal, Monsieur Du Chaillu, » el me donna une poignée de main. « Comme vous voyez, continua le roi, je peins, je finis un jiaysage; » en même temps, il me présenta à son professeur.

— Pourquoi Votre Majesté prend-Elle la peine de reineltre son

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