LA FERME DE HUSL'M
encore célibataire. La manière de conserver les noms de famille est toute particulière chez les bondes de Norvège et de Suède. Ainsi, le chef de la famille de Husum est Roar Halvorsen (Roar, fds de Halvor); le fils aine, comme nous l'avons vu, s'appelle Roar Roarsen, et tous les autres enfants, quels que soient leurs premiers noms, y ajoutent celui de Roarsen, ou Roar'sdalter; puis le nom du grand'père revient à l'aîné des petits-fils, et de cette manière le nom de la famille se conserve pendant des uènèrations. Le vieux Roar était un liion digne
Poilail (le Lysne.
homme et j'ai toujours trouvé cliez lui un accueil chaleureux et un entretien agréable. Ma connaissance avec Husum commença d'une açon curieuse. En ap|irochanl de la ferme, je remarquai de nomlireux véhicules dans la cour; les gens étaient occupés à emballer du coufhaae, delà faïence, et d'autres emportaient des chaises et des bancs. Une /y("yyrt/7'/îï' (sorte de veillée) venait d'avoir lieu, car la femme du propriétaire avait été enterrée trois jours auparavant. Je m'étais mépris en croyant à une fête nuptiale.
Husum est une fei-me confortable et aussi nue station postale, avec une maison blanche pour les convives et deux autres habitations piiur kl famille. C'est un bon endroit, mais le travail y est dispendieux.
.'M LE PAYS Dr SOLEIL DE MINUIT
car la iiiaii'iue |iarlie do l'Iii'ilic doil (Mi't' récoltée sur les |iciil('S aliriiptfs et rugueuses des (•dlliues ([ui dominent la vallée. Pendant la moisson, les gens iKirlenl des souliers légers sans semelles, dans lesquels leurs pieds peuvent niieiix s'adapter aux inégalités du terrain.
La |)opulation ruiale est 1res indépendante. Si les lllles acceptent des places, c'est parce que les fermes de leurs parents sont trop petites pour entretenir une nombreuse raniille et qu'elles désirent amasser un peu d'argent: un les voit communément prendre du service pour une saison, puis retourner chez elles. — Une des raisons pour lesipndles on traite les servantes avec bmité, c'est que, généralement, elles appartieinient au même district ou jtaroisse où chacun se connaît, et où tous les enfants vont à l'école ensemble. Rien n'est mis sons ciel', et toute mai(pi(' de inéliance sur riionnèlcli'' des domesli{pies l'sl vivcinenl ressentie; une disgrâce iiid(''li''liile s'attache à tout acte mal- Inuinèie.
Celte conscience des servantes m'a, l'ail beaucou}» d'imiiression durant mes voyages en cette contrée ; elle est probablement due aux c(m- Innies })atriarcales sous les(pn'lles idles vivent. Souvent elles sont les amies ou les parentes de la famille iprelles servent , et iliaqui' membre du ménage accomplit une partie de l'ouvi'age.
Lélonnement provoipié par le caractère indépendant et viril de la piqiulalion rurale en Scandinavie cesse (piand on considère le grand nombre de propriétaires du sol. l^a loi siu''doise ne connaît pas de limite ;'i la division de la lerrr. si ci' n'es! (pTune l'einic ne peut exister si elle n'enirelieiil an moins Irois personnes.
Le nombre des fermes, en Suéde, monte à 2o8, OoO.
Au-dessous <li' .~t acres ().■), ODIt.
Eutrc o et ÔO acres Km, 01)0,
Eutre 50 el 2.50 acres i6,000.
Au-dessus de 250 acres 2,(J50.
Le nonilire des animaux domesliipies comporte : — eu clievanx, 45.5,900; bétail, 2,181,400; moutons, 1,695,400; chèvres, 121,800; pourceaux, 421 ,800.
SCÈNK DE FAM1IJJ-: 447
On voit, par consétiuoiit, qu'il y a une l'omie pour dix-sepi liahitants; une tèle de liélail pour deux, et un cheval pour dix.
Le nombre des fermes, en Norvè,ue, eu I.SGa, était de 147, (HIO; dont 131,800 t'taient cultivées par leurs pn^priélaires, et le reste mis eu location; c'est donc nue ferme par douze persdiuies. L'année |)i'écédente, les animaux domestiques comportaient : chevaux, 149,107; liélail, 953,036; montons, 1,705,394; chèvres, 290,985; pourceaux, 9G,1GG.
En Laerdal et Voss, et dans (|uelques parties de la Norvèfte, les jeunes gens préfèrent souvent d(n'miri'n lii\('r dans la vaclierii'. nu sur une plate-forme élevée de ipn'hpics pieds an-dessus du plancher, et accessible par une échelle, où l'on peut trouver un ou [dusieurs lits. Eu général, la place esl tenue avec une projireté scrupuleuse et ressemble presque à une chambre à coucher. Haliiliiellement, il s'y trouve une fenêtre ou deux pour permettre la circulation de Pair pendant le jour et empêcher l'humidité. Je dois avouer (pie (pielquefois j'aimais à passer une nui! dans une telle chambre, où la lempératnre esl égale et non malsaine.
Lors de ma visite à Husum, lise passa un événement important, (pii, d'après une coutume imménnniale, arrive lorsque la ferme doit être Iransmise au fils aîné. Quand le iliner fui prèl, tuns les unnubres de la famille vinrent s'asseoir autour de In lahle, el, comme d'Iiaiiilnile, le père prit place au haut. Je remarquai un air [len habituel de gravité sur les visages de ceux qui étaient in'ésents, (pn)i(pie l'on soit généralement posé pendant les repas. Tout à coup, Roar, (pii ne s'était pas assis, vint auprès de son père et lui dit : « Père, vous devenez vieux; laissez-moi prendre voire place. — Oh! non, mon lils, répondil le père, je lie suis pas trop vieux poui' li'availler, attends encor(^ lui peu. ■> Pnis, avec un regard sup[tlianl, Roar reprit : » 0 père! tous vos enfants et moi sommes souvent peines de vous voir si fatigué quand le travail de la journée est lini; l'ouvrage de la ferme est trop dur pour vous; il est temps que vous vous reposiez el ne fassiez [dus rien. Ueposezvous dans voire vieillesse. Laissez-moi prendre votre place au haul de la table. »
Tontes les figures étaient devenues extrêmement sérieuses, et l'on voyait des larmes dans tous les yeux, c Pas encore, mon fils. — Oh ! si.
LE PAYS Dr SOLEIL DE MIXLIT
mon père. » Alors toute la famille s'écria : » Le temps est venu de M)us reposer. »
C'était dur pour le vieux liomlc. (pii avait été si longtemps le chef (le la famille; mais il se leva, Roar iiril sa jilace, et fut alors le maître. Son père, dorénavant, ne devait plus rien avoir à l'aire, (pi'à vivre dans ime maison confortable et recevoir annuellement un montant
Église lie Ikirs-'ninl.
sti[iulé de grain un de farine, de pomiues de terre, lait, fromage, beurre, viaiule, etc.
Roar, le lils aillé, est un de mes bons amis; intelligent, alioniié à plusieurs journaux, excellent cn'iir el parfait mari. Sigrid, sa femme, est industrieuse, toujoui's occujjée à remi)lir ses nombreux devoirs de ménagère; en été, quand bcaucou|) de voyageurs s'arrêtent pour la nuit, ou pour manger, ces devoirs ne sont pas peu de chose.
Presque toutes les grandes fermes norvégiennes ou suédoises
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ont un ceil.iin ndmbre di; j/hnis, ou forj), pelils endruits avec maisons et un peu do Ijonne terre qui en dépend, lesquels sont loués à de certaines condiliniis. Les Norvégiens appellent ceux qui les détiennent huf^mucitd, et les Suédois torpare. Ils doivent })ayer par an une somme convenue, ou, plus généralement, travailler un certain nombre de jours par année, comme payement pour le logement et la terre cultivée dont les produits leur appartiennent.
Le mois (l'(jctobre est l'époque de la boucherie. La ménagère alors a beaucoup à faire pour préparer les saucisses et le lard qui doit durer jusqu'à rantomne suivant. La viande est salée, séchée ou fumée'. La môljii, (pie l'on fait avec du sang mêlé à de la farine, se fabrique en grandes tpiantités, et on la conserve dans des vessies ou dans des gâteaux; quand on s'en sert on la fait bouillir ou frire.
Les Norvégiens ont plusieurs sortes de pains. Le f'Iadbrôd se fait d'une pâte non fermentée de Farine d'orge et d'avoine, souvent mêlée de farine de pois. La pâte est roulée en grandes feuilles circulaires, d'un diamètre de deux à trois pieds et de l'épaisseur d'un papiei- fort ou d'un carton mince ; puis on la fait cuire sur un feu doux ou sur un plateau en fer. La pâte est souvent pétrie avec des pommes de terre bouillies. Ce pain peut se garder au moins une année . Il est beaucoup plus mince {[ue le pain suédois et plus cassant. On fait le kfse de la même manière que le fladln'ôd, mais on ne le cuit qu'à moitié et on le replie sur lui-même quatre fois. On conserve le tladbrod dans le garde-manger, en masses cylindriques, souvent |)endant une demiannée; lelefse, dans sa forme convenable, est utilisé pour les voyages.
Le (jrôd (espèce de potage) est le plat journalier du paysan norvégien. On le fait (|uel(piefois avec de la farine d'orge et même avec de la farine d'avoine ou de seigle. Quand le grôd a été retiré du feu et qu'il a cessé de bouillir, on y ajoute de la farine pour le rendre consistant; on l'appelle alors naevergraut^ et on s'en sert en voyage, ou quand les paysans sonl à Toiivrageà quelque distance de la ferme. Onmange généralement le grôd avec du lait écrémé, mais on préfère (ju'il soit caillé. La pomme de terre est la nourriture principale; elle pousse jtarfailement et
I. On faille qie leliind m f-A\A\\i et séchant i'iiihlemi'iil hi viaiidi', généralement des gigots et (les éjanl's de uKiiiton.
est lie bonne qualité ; le peu|iio s.iil bien coninicnt l.i cuire. On fait graml
usage de poisson ; le liareng salé se mange avec les pommes tic terre,
ainsi que la morue sèclie, c|u'on laisse tremi)er tout une nuit dans l'eau
avant de la cuire. Sur la c(jte, on consomme beaucoup de ])oisson l'riiis.
On .le sert consiiléi.ihlenienl de beurre et de l'mmage comme ali-
menls. H y a Mois sortes pailiculiéres de fromage : 1° le iiii/sost, qui est
f;iil ;ivec le |ie(il lail restant du fromage commun, bouilli jusqu'à ce que
l'eau soit évaporée; on le façonne alors en pains carrés pesant de
deux à cinq livres; sa couleur est d'un brun foncé. Il faut (pi'il ail au
moins un jour avant d'être bon à manger. On ne le fait que dans les
saeters où le liois est aliondanl, car il exige une grande ipianlilé de
combustible. On le mange en lr;iiH-hes minces avec du pain el du
beurre; les femmes el les enfants en sont surtout friands. Le meilleur
es! celui qui est l'ail avec du lait de chèvre. On ])eut à peine le quali-
lier de fromage; car il consiste principalement en sucre et en lait. 2° Le
(/ammelost, que l'on confectioime avec du l.iil c;iillé, est un fromage
l'oiid feruienli', ipic l'on conserve |H'iid;inl des mois diins la cive. 3° Le
/lultost est aussi un fromage fermeulé, auipiel on mêle de la graine de
cumin; on ne le fornu' jias eu pains, mais (in le consei've dans des
lubes en bois.
A une courle dislaiice au-dessus de Husum. un iciicuniir un .luIre beau délilé. Viudlielleii. Ici, la nouvelle miih^ siiil aussi la rivière, cl, eu liicn des l'iidi'nils, elle rsl lailli'i' d;iiis le nie. Au delà di' Mmllii'llen. la vallée s'élargit de nouveau el l'iiu ;iirive eu vue de plusieurs fermes el de la vieille église de lîorgnnd. rinii' îles plus inléressaiites de la .\orvège. Celle curieuse église el celle de llilleidal apparlienueiil ;iu plus ancien style de l'archileclure ecclésiasUipic du pays; celle de Borgund dale pnibalilenieiil du li'Uips de saint Olaf, nu de son fils M;igiius. Sa ciiiili'ur siunbre el sa fin-nie iiarliculiére .illirnil (nui de suite l'allenlinn de l'étranger. Son clocher est surmonté d'une lléclie, et les toits en bardeaux sont ornés de tèles de dragons el de croix. Une galerie basse et ouverte sur le terrain protège une parlie de l'édilice, dont les entrées sont couvertes par des pon lies. L'inlèrieur, avec ses curieuses découpures et ses ai'rangemenis, esl inesipie aussi liizaiir qur l'exlèrieur. Un espace d'environ vingl-ipiaire pieds carrés forme l'enceinle principale et esl enlouré île dix piliers, derrière lesipiels sont des bancs pour
L'ÉGLISE DE B(3RGUND /io3
la congrégation. Les anciens fonis baplismnux sont le seul objet en pierre. La nouvelle église, construite pour la commodité des fidèles, — car la congrégation est devenue trop grande pour pouvoir célébrer le service divin dans Tancieiuie, — est si prés de l'autre, qu'elle en gâte l'effet.
Les jours passèrent agréablement à Laerdal avec ses bons babitants, parmi lesquels je compte beaucoup d'amis, beuroux de me voir et avec lesquels je corresponds quelquefois. Avant de quitter Husum, la femme de Roar m'offrit des gilets de dessous tissés à la maison, en me disant: » Paul, le temps est froid en Norvège pendant l'biver, et je les ai faits pour que vous les portiez. » En même temps, elle me remit une pliotogra[)hie la représentant avec son mari et ses enfants. Après un adieu cordial, et la promesse mutuelle de nous écrire, je quittai Husum pour continuer mon voyage.