I.A CAHTI': A l'AÏKIt
J'étais cmelk'iaeiil eiiibiiiTassé ; car, 110 coniiaiss.iul pas cette règle, je n'avais rien écrit et lie nie ia[i|)i'lais plus ce (|iie j'avais demandé ; je savais seulement i|iie j'avais i^m'ilé à lous les plats et régalé mes amis, comme ils l'avaient- fait avec moi, de café, de cigares, etc., surtout d'ct ae/era. Je priai un de mes compagnons de route de m'aider à sortir de ce dilemme ; nous appelâmes l'intendante, el. après avoir rassemblé nos souvenirs, hiut renlr.i dans l'ordre; lorsipi'il y ciil doiilc.je lis inscrire le maximun. Tout étant terminé au mieux, je recommandai à la servante d'écrire dorénavant mes commandes, et de ne point se fier à moi, allcndii (pie je suis 1res oublieux. Son regard, lors(|u'elle me répondil oui, disait clairemeul (|u'elle s'amusait fort de mon ignorance. Quand le voyageur est sur le point de quiller le steamer, il appelle la lille. cl lui donne son nom ; elle inscrit alors le prix decliaipie ronsoinin.ilioii. fail raddiliim el meten |iOclie l'argent (pi'elle reçoit ; (piand le poids de la monnaie devient trop lourd, elle !a sort sans comi)ler el la donne à la maîtresse. On offre alors une petite gralificalion à la lille. ce dont elle parait très reconnaissante, en disant : Tavknr aidra ud)iijii/iust l — « Je vous remercie infiniment; » et cela si sincèrement, que l'on regrette de ne pas lui avoir donné davantage. Le restaurateur court ([uelque ' risque ; car un voyageur [leut oublier d'inscrire tous les détails de sa consommation; néainuoins, on se fie à riioiinéteté des gens, et cette confiance rend chacun très scrupuleux.
La côte suédoise, depuis le Sund Aland du côlé nord jusipi'à la ville d'Umea, l'orme le fer à cheval, et entre ces deux points on perd de vue la lerre. Nous rencontrâmes de grands amas de glaces dans le détroit de Qvarken; un labyrinthe d'îles qui s'élevaient du cùté fimiois les arrèlail. el le vent d'est en poussait des masses vers le bord. Sur un champ inunense se prélassaient des phoqties en grand noml)re.
Nous dépassâmes le phare de l'ile de Norrskâr el plus loin le phare fiottant , ap[)elé Snipan , (|ui prévieni le marinier du danger. Après une excursion de trente-deux heures depuis Slockholin, nous cinglâmes entre la terre ferme et un groupe d'îles dont la plus importante est Holmon, en face de la jolie petite ville d'Umea, mais à assez bonne dislance de la côte. Là, nous trouvâmes un nombre
48 LE PAYS DU SULKIL DK MIMIT
considérable de grands ke-floes (bancs de glace), poussés de la côte finnoise vers le liord suédois. L'hiver de 1870-71 avait élé excessivement rigoureux, et l'on reiiconira des champs de glace jusqu'aux derniers jours de juin.
La température était très h'aîche, et sur le pont on endossait le |)ardessus avec plaisir ; le petit vent qui nous poussait souillait du nord. De larges glaçons passaient toujours près de nous, el, par moments, le lliemiumélre descendait à 42°; ]uiis, en qmdques minutes, il renniutail h oO' ou .ïl" ; juMiilanl la nuil, il se liiil cnlre 41° et 46°.
De nombreux haleaux, spécialement construits |)our la chasse aux phoques dans la Baltique ou le gtili'e de Bothnie, se voyaient dans toutes les directions. Ils sont d'une forme toute particulière : l'avant monte graduellement du centre vers la poujje ; la pointe est arrondie et s'élève au-dessus de l'eau, de sorte ([ue le bateau peut franchir les masses de glaces, ou dèbar(pier l'éipiipage sur les ice-lloes, pour permettre aux chasseurs d'appiocher des phoques. Avec un bon vent, ces bateaux voguent extrêmement vite.
Plus nous avancions, plus l'eau devenait sombre el fraiclie;car, ■à cette époque de l'année, la mer reçuil des ipiaidités immenses de neiges fondues (|ni descendent des montagnes de l'intéiieur. La côte était basse, monotone, n'olFrant à la vue (pie des pins, des sapins el des bouleaux.
Quand le steamer approcha du débarcadère de la station, nous aperçûmes des fermes, des hameaux et des scieries. Chaque débarcadère a un caractère (jui lui est pioiire ; ipielques-uns ne sont que de simples avant-postes de villes ou de villages et ont l'air abandonné. Pour l'étranger qui erre dans leurs environs, les foiéts paraissent solitaires, et la petite taille des arbres lui donne une pauvre idée de la végétation, car les plus grands ont été abattus. Les rochers sont couverts de lichens, el des blocs erratiques sont visibles dans tontes les directions.
Partout où l'on s'arrête, on hisse un tableau noir sur lequel est inscrite l'heure de départ du bateau ; c'est un avertissement pour les passagers. Trois coups de siftlet stridents, poussés à de courts intervalles, rappellent tous ceux qui soUl allés à terre, et le steamer part
LE (lULFE DE BOTHNIE 49
peu après le dernier signal. Ici, nous déposâmes el nous reprimes des passagers, dont le nombre croissait, ;i mesure que nous marchions vers le nord.
Quoi(pie la saison fût assez peu avancée pour (jue le golfe de Bothnie chariiàt encore des glaçons, un grand nombre de navires à voiles étaient déjà venus pour charger des bois de charpente.
Un air de tristesse est répandu sur toute la contrée ; heureusement, elle est égayée par le bleu profond du ciel (|ui caractérise la claire atmosphère de la Scandinavie. Des forêts d'arbres nains, consistant en pins et en sapins, bordent les roules, tandis ipie,ç;iet là, des prairies, des champs d'orge, d'avoine et de seigle tempèrent la monotonie du paysage. Les fleurs sauvages poussent en abondance ; quelques [tapillons voltigent autour d'elles, et île loin en loin une pie ou un corbeau vient troubler la solitude. Rarement on voit un chariot sur la route. Ce fut un vrai charme |)our moi de cueillir à minuit, au grand jour, de jolies violettes et des boutons d'or (pii poussaient sur les rochers ou sur les côtés des chemins, et d'entendre par moments les in^tes du coucou. L'air était si viviliant, la scène si neuve, que je n'eus pas la moindre envie de dormir.
A terre, il faisait beaucoup plus chaud; les rayons du soleil étaient assez |)nissanls pour qu'à midi la chaleur atteignît (pielquefois 70 °à l'ombre. La végétation faisait des progrés rapides ; les pins et les sapins portaient déjà des rejets longs de quatre pouces. Les petites villes étaient bien tenues, quoique n'ayant point de trottoirs; les maisons de bois reposent sur des fondations eu pierres; on eu voyait de très grandes, à un et deux étages, et presque toutes bien peintes; des roses, des œillets, des géraniums et d'autres Heurs en plein épanouissement égayaient les fenêtres. Personne en haillons; pas un mendiant. Les hommes avaient l'air indépendant; les femmes portaient coquettement des mouchoirs sur la tète, et, jusqu'aux plus pauvres, joutes étaient proprement vêtues. Des petits garçons et des petites filles, tête et pieds nus, heureux comme le sont les enfants, remplissaient les maisons d'école. L'église ihunine les autres bâtiments.
Quand notre bateau abordait à l'une des stations principales, toute la population accourait pour nous saluer. Notre arrivée était
30 LK l'AYS DU SOLEIL DE MINIIT
pour eux un tiiaiid événement . el à [)eine étions-nous amarrés au (juai que tout le monde grimpait à bord. Quel admirable accueil font aux premiers steamers de la saison les habitants du Nord lointain! Qu'ils sont lieureux lorsque le blocus glacé est rompu! car avec cette rupture la clarté du soleil est veiuie ; alors la grande loule des mers du globe leur est ouverte ; leurs rivières transportent les arlii'es (|ui ont été cou|)és pendant les mois d'hiver; leurs scieries fonctionnent; des centaines de vaisseaux viennent charger leurs immenses quantités de bois de construction qui attendent l'embaniuement; leurs amis arrivent les visiter; des familles, qui redoutaient le voyage par terre durant le long hiver, se rejoignent, pendant que d'autres vont à Stockholm, on dans le sud ensoleillé di^ la Suéde, ou sur le continent; les commerçants reçoivent les marchandises nouvelles ; les objets de luxe d'une latitude plus chaude se font voir; la saison de la pêche s'ouvre ; le saumon afflue dans les cours d'eau et le cultivateur affairé nourrit l'espérance d'une bonne récolte.
Ici, les steamers sont des sortes de restaurants flottants. Pendant (pie l'on charge et que l'on déchaige les cargaisons, les hommes viennent à bord pour boire et manger, pour goiiteraux radis, asperges, salades, aussi longtemps (pie le navire demeure dans le port. Les uns s'en vont, les autres restent jusqu'au dépari ; il n'y a point de luiit et tous les visiteurs sont bien décidés à s'amuser après leurs repas; mais, au milieu de toute cette gaieté, on n'enlcnd ni grossièreté, ni vulgarité. Le pont était encomliré; la salle à manger regorgeait de monde; ce fut un grand jour [tour notre excellent restaurateur; son heureuse face rayonnait. Point de repos pour les servantes; elles volaieid d'une place à une autre, riaient aux compliments (|ue leurs adressaient leurs nouveaux admirateurs, et s'occupaient strictement de leur atlairc; point de sommeil poiir elles; elles avaient ;i travailler. ([n'importe depuis conibi(Mi de temps elles n'avaieid pas dormi I bien (pie fatiguées, elles étaient lestes, toujours de bonne humeur, el se souvenaient de cha(|iie commande. Personne ne pouvait résister à la vue de tout ce festin ; le seiUimeni que chacun devait manger ou boire de\eiiail irrésislible ; el, entre l'Iiilarilé générale et le bruit causé par le débanjuemeut de la cargaison, je vis bien ipi'il ne m'aurait servi à rien d'essayer di^ dormir.
FETES A BUHD 51
Tout en regardant autour de moi, j'observai un groupe de (|ualre ou cinq gentlemen devant une bouteille do vin. Tous se linrenl debout après que les verres eurent été remplis; un des leurs les avait invités à boire à la santé d'un ami préseni qu'il n'avait pas vu définis longtemps. Il fit une pelile allocution, [tarla des années écoulées et de la vieille amitié; cela dura liien de dix à quinze minutes. Tous s'inclinèrent et vidèrent leurs verres. Celui qui avait été l'objet du toast remercia, puis les verres se remplirent et se vidèrent de nouveau.
Ailleurs, des amis sur le poini de se séparer buvaient à leur prochaine rencontre, et, cette l'ois encore, un discours s'ensuivit; là, d'autres riaient et s'amusaient, le vin et le punch suédois ayant évidemment surexcité leurs esprits. Us semblaient prêts à s'embrasser les uns les autres. Une société prenait du café et tous parlaieni d'affaires. C'étaient bien certainement des marchands (pii Irnilaienl des questions d'argent avec l'espoir d'en lirer des bénéfices.
Cette allégresse dura toute la luiil, jusqu'au départ du bateau, (|iii s'etTeclua à cinq heures trente minutes du matin. Après le dernier coup de sifflet, un mouvement général se produisit; les consommateurs payèrent en hâte et remirent quelque meiuie monnaie aux servantes aimables, qu'ils avaient lennes éveillées (ouïe la nuit.
Ceux qui préconisent l'abstinence seront jieut-ètre scandalisés de cette description ; mais qu'ils essayent de faire des remontrances, el on leur répondra simplement (jue de tous les peuples, les Suéilois el les Norvégiens sont ceux qui vivent le plus longtemps.
Après une belle scène de gaieté, le prochain lieu d'arrêt pouvail être un bord solitaire, ou quehpie fiord avec un débarcadère en bois et un hangar, sans une seule maison en vue. Mais il ne faut pas se laisser abuser par cette apparente solitude ; souvent, à peu de distance, entre les collines rocheuses ou derrière les forèls, on trouve des fermes, des hameaux, des scieries, à une faible distance de la grande roule.
Lorsque notre voyage toucha à sa (in el (lue nons approchcâmes de l'extrémité supérieure du golfe de Bothnie, le crépuscule avait disparu et une heure à peine s'écoulait entre le coucher et le lever du soleil. Nous arrivâmes à Strômsund. noire dernier point de Uesiuintion
avant <le touclier à Haparandn ; le steamer y demeura plusieurs heures.
Le lieu paraissait assez solitaire. Près du point de débarquement, il y avait un petit lac, sur le déversoir diujuel fonctionnait un moulin à blé; une ferme ou deux se faisaient voir, ainsi que des rocliers couverts de lichens, entremêlés de blocs de granit, de petits sapins sur un sol stérile. Tout paraissait tellement désert, qu'involontairement on se demandait oii serait distribuée la forte cargaison que l'on déiiarquail. Quelques hirondelles, qui voltigeaient dans les airs, nous donnèrent Tassurance de la continuation du beau temps.
Stromsund est à l'extrémité du fiord Ranea, non loin de la rivière de ce nom, sur les bords de laquelle sont des fermes et des scieries. Ranea est éloignée d'environ quatre milles, sur la grande route qui borde la Balti(pie; pendant la saison de la navigation, le télégraphe la relie à Sln'lmsund. La route, comme la contrée, était silencieuse: en m'y rendant, je ne rencontrai que deux chariots dont les conducteurs étaient des femmes, lesciuelles en descendaient pour monter les côtes à pied, afin de ne point fatiguer leurs chevaux.
Le village contient l'église paroissiale, grand édifice oii peuvent se tenir environ cinq cents persoiuies et qui est souvent plein. Cette église a les murs peints en blanc et des sièges en planches nues. Sur l'autel on voit un Christ en argent; on a cherché à imiter le sang qui coule des mains, des pieds et du flanc. Au-dessus de la chaire est écrit : « Louange à Dieu dans les cieux ! »
Nulle peinture religieuse n'orne les murs ; au scjmmet du clocher s'élance une croix avec une girouette. Le cimetière adjacent parait négligé.
A une courte distance se trouve un [)uits banal, profond d'environ trente pieds. A l'intérieur, (>t quelque peu au-dessus de l'eau, on aperçoit une croûte de glace de plusieurs pieds d'épaisseur, qui persiste quelquefois pendant toute l'année. L'eau de ce puits est délicieuse.
Une foire se lient à Ranea au commencenu^nt de juillet,, et beaucoup de maisons vides, en bois, non peintes, (jui sont utilisées en ce seul moment, donnent à l'endroit un aspect d'abandon. De temps en temps, on voit se mouvoir un lioninic on une femme.
LE FIORD RANEA 33
comme pour attester que le hameau n'est pas entièrement livré à lui-même.
Le médecin du village était chez lui et me reçut avec beaucoup de bienveillance; il me dit que l'hiver avait été très rude, que le thermomètre était parfois descendu à 40° et 45° au-dessous de zéro, et qu'il y avait encore de la neige sur le sol le 2 juin. Mais maintenant, dans les jardins, les pois avaient déjà deux pouces de hauteur et seraient bons à manger à la fin d'août ou an commencement de septembre. Le parquet, en sapin poli, était si jiropre et si blanc que j'avais peur de marcher dessus. La modeste bil)liothéqne contenait des ouvrages scientifiques et médicaux, ainsi ipie des volumes en anglais, français et allemand; chaque objet était simple et confortable, les chambres grandes et les fenêtres garnies de pots de fleurs.
Il m'invila gracieusement à dîner; mais, dans ma crainte de manquer le bateau, je refusai. Cependant, l'hospitalité du bon docteur ne me permit pas de quitter sa maison sans prendre quelque rafraîchissement, et, si j'avais été fumeur, sans allumer une pipe ou un cigare.
Revenu à Sfrômsund, j'y trouvai une animation générale. J'étais stupéfait. D'oii pouvait venir tout ce monde? De nombreux chariots étaient arrivés de différentes parties du pays pour prendre la cargaison débarquée par le steamer, savoir : de la farine de seigle et d'orge, un appareil à va[)eur complet pour une scierie, des barils de tabac à priser, des caisses et des pièces de vin de Bordeaux et autres, des pots en fer, des boîtes de clous, des articles séchés de toute sorte, des sacs de café, de sucre, en un mot tout ce qui convient à un magasin de la campagne.
Un autre vapeur, chargé d'hommes des districts de l'intérieur, venait d'aborder, et il fallait ajouter ces deux cents individus à ceux déjà venus. Tous étaient des fermiers ajjpartenant à la bewàring, l'une des organisations militaires, qui allaient faire l'exercice et manœuvrer pendant plusieurs semaines, sous les ordres d'officiers compétents, sur un point de la côte plus au sud.
De la rivière Rane , la cote , qui forme la i)ointe du golfe de Bothnie, court à l'est et à l'ouest. Un trajet de peu d'heures conduit à l'embouchure de la rivière Thorne; mais, à cause de la barre et du
peu de profondeur de l'eau, les navires sont forcés de s'arrêter à quelques milles au-dessous. Un petit vapeur vient alors prendre les passagers pour Haparanda, queUjues milles plus haut.
La ville est au 60° 31' N. en latitude, et à 41 milles au sud du cercle arctique et renferme une population d'environ mille âmes; les haliilants, pour la jdus grande partie, sont Finlandais. Haparanda est à 1° 18' plus au nord ipTAn'liangel et à la même latitude (pie la partie la [ilus septentrionale de l'Islande. Le soleil se lève le 21 juin à 12 11. 01 du matin et se couche à 1 i h. 37 du soir.
Du 22 au 25 juin, le voyageur peut jouir de la vue du soleil de minuit depuis Avasaxa, montagne de 680 jiieds de hauteur, éloignée d'environ 43 milles, de l'autre côté de la rivière; et, quelques jours plus l;ird, en s'avaiiçaiil au nord sur la grande route, il peut encore trouver l'occasion de le voir.
Haparanda est une ville en pleine prospérité, avec de grandes mnisons bien peintes; elle a des magasins et 'une sorte de dépôt commercial pour la population du nord plus lointain; elle exporte principalement des bois de charpente et du goudron. Elle s'est élevée à ses dimensions actuelles depuis que la Suède a cédé la Finlande à la Russie. Autrefois, le siège du commerce était dans l'ile de Tornéa , presque en face. Elle a deux églises , une école supérieure où les étudiants peuvent se préparer aux universités, et où l'on enseigne le français, l'anglais , l'allemand et les langues mortes; des écoles publiques pour l'instruction primaire, et même un jom'iial.
C'est la dernière station télégraphique au nord de la Suède d'où l'on peut envoyer des messages dans toutes les parties du monde. Les télégraphistes sont des hommes instruits qui ont passé un examen sévère et qui sont obligés de comprendre l'anglais, l'allemand et le français. Les mêmes règlements sont imposés aussi en Norvège. Le système de télégraphie postale a toujours existé dans les deux pays et le tarif des taxes es! uniforme, que la distance soit courte ou longue.
11 y a un bon hôtel où les chambres sont confortables et la nourriture excellent I' ; on ne trouve que très peu de villes, entre Stockholm et ce iKiiiil, (iji l'un soit aussi bien traité. L,i forte taille du maître
DEBARQUEMENT A HAPARANDA S5
(le riiôlel el celle de sa honne et nimable femme pailoiit hautement en faveur de la nourriture el du climat du pays.
L'annonce de mon arrivée se répandit bientôt dans la i)etile ville. Le juge, le pasteur, les employés de la douane, le maître d'école, le maître de poste, le banquier et d'autres personnes, vinrent à l'hôtel pour me voir et me souhaiter la bienvenue. Quoique vivant au nord lointain, ils avaient la politesse de leurs concitoyens des districts plus populeux du sud.
Quand je leur eus appris que j'avais l'intention d'aller au nord aussi loin que je le pourrais par terre, ils semblèrent <iuelque peu étonnés. En m'entendant dire que je voulais traverser la mer polaire : « Il y a là des difficultés, objectèrent-ils ; les naturels ne parlent pas le suédois; en outre, le pays n'a point de routes, il est sauvage, pauvrement peuplé, et les habitants ne sont pas capables de comprendre où vous désirez aller. Pourrez-vous seulement manger leurs aliments? Si vous ne le pouvez, il faudra que vous achetiez ici tout ce dont vous aurez besoin. — La nourriture, répondis-je, ne m'inquiète nullement; je mange de tout. ><
Ils ne voyaient pas comment je pourrais aller si loin. « N'allez pas au delà de la grande route, et revenez; » tel fut leur conseil. « Non, repris-je ; je veux pousser jusqu'au cap Nord. »
Me voyant résolu à partir, ils prirent autant d'intérêt à mon projet que si j'avais été un de leurs parents les plus chers; ils me procurèrent un excellent guide et semblèrent enchantés d'avoir pu m'en trouver un qu'ils savaient être un honnête homme. Ils ne se trompaient pas. Ce guide s'appelait Andrews Jacob Josefssohn. C'était un grand Finlandais d'une bonne figure, qui avait habité la Californie un certain temps et qui parlait un peu l'anglais. Revenu en Suéde pour revoir sa fiancée et l'épouser, il aurait désiré retourner en Amérique, mais elle ne le voulut |ias, et il s'était établi ici, au foyer de sa femme.
Le grand charme d'un voyage en Scandinavie, c'est de le faire par les stations de relai appelées en Suéde ffâstffifva?'effa?-d. Le véhicule dont on se sert est un char ap|ielé lârru, tiré [)ar un seul cheval, voiture légère à deux roues, dont la caisse et les brancards ne font qu'un, généralement sans ressorts, avec un siège assez large pour deux personnes et un bagage modéré.
II y a plus de seize mille milles de routes en Suède, toutes avec des stations de poste, au nombre de 1 ,500. Ces routes sont de quatre sortes : les lamgsvâfj (routes royales), les plus belles ; les hâmdsvâg (routes de pays), presque toutes bonnes; les sockenvâg (routes de paroisses), pas aussi bonnes et souvent mauvaises , et \es bf/vâ(/ (routes de villages), étroites et très cahoteuses. On peul jiar çonsèiiui'iil juger s'il y a beaucoup à faire pour celui qui veut voir le pays et le connaître à fond. Dans les districts peu habités, quelques-unes des stations sont très modestes; mais le voyageur est heureux d'y arriver après une journée de fatigues.
Karra avec ressorts altadiés au sièare.
La dislaiice entre cliaque slalido csl en t,'éiiéral d'im mille et demi suédois, rairmciit moins d'un milh^ on jiliis de deux milles, bien que, dans l'crlaiiis districls, les inlei'valles soient plus grands à cause de la population clairsemée. La phqiart de ces stations sont des fermes, où l'on lient a von' logement et nourriture ; beancoup sont très confortables, si)éciaiement sur les grandes routes qui relient les villes ; mais, dans les districts éloignés ou peu fréqueidés, la nourriture est e.xtrèmemenl pauvre, et un étranger ne s'habitue pas facilement à ce régime. Les gens (pii les tiennent reçoivi'ut généralement une subvention du gouvernement ; mais le montant qu'on leur paye est proportionné à