CHAPITRE VI
La contrée en dedans du cercle arctique. — Je quitte Haparanda. — Une station finnoise. — Les moustiques. — Conducteurs féminins. — Bonté du peuple pour les bétes de somme. — Fermes confortables. — Un hameau. — Le soleil de minuit. - Sattajârvi. — Désir d'aller en Amérique.
La contrée qui s'étend du golfe de Bothnie à rextrémité septentrionale de l'Europe est presque entièrement dans le cercle arctique et présente une végétation qu'on ne voit pas ailleurs, à des latitudes aussi élevées. De vastes étendues sont couvertes de forêts de pins et de sapins; ces derniers prédominent, et les hauteurs se cachent sous de blancs bouleaux jusqu'à leurs sommets.
On peut traverser de longues distances par eau, car on trouve des stations de bateaux sur les bords des lacs et des cours d'eau. Un coup d'œil sur la carte prouve combien cette contrée est bien arrosée; le saumon pullule dans les rivières, et les lacs regorgent d'autres poissons.
La Lule, la Kalix et la Tliorne sont les principales rivières de ces régions. La Kemi coule à travers la Finlande.
La Thorne est la rivière la plus longue et la plus septentrionale qui se jette dans le golfe de Bothnie; elle forme aujourd'hui la frontière entre la Suède et la Finlande russe. Sa branche septentrionale, la
60 LE PAYS DU SOLEIL DE MINllT
Muonio, sort du lac Kil|iij;irvi, 69° N., à trois cents milles de la mer, tandis que l'Alteny, la Tana et d'autres rivières moins importantes, coulent vers le Nord, dans l'océan Arctique. Les niontngaes sont en pente douce de ce côté, mais, vers la Norvège, elles sont abruptes el à pic.
Le trajet de Haparanda à la mer Arcti(iue est extrêmement intéressant, en été comme en hiver; la distance à vol d'oiseau dépasse cinq degrés de latitude à l'extrémité la plus méridionale du pays; mais la route qui va du cap Nordkyn au détroit de Stagero est d'environ cinq cents milles. La contrée est habitée i)ar des Finnois qui cultivent le sol.
Les Lapons parcourent le pays avec leuis troupeaux de rennes. L'été, le climat est délicieux, et. pendant la jiéiidde de jour continuel, on peut, si on le veut, voyager toute la nuit. Mais il y a de grands mécomptes : de la fin de juin jus(pie vers la fin d'août, la contrée est infestée de moustiques fort gênants. La nourriture est grossière, et, pour celui qui n'en a pas l'habitude, elle est loin d'être agréable.
De Haparanda, la grande route se dirige vers le nord, aussi loin que Pajala et Kengis, à une distance de plus de dix-sept milles suédois, traversant parfois un beau pays el parfois des forêts, des marécages et des régions désolées. Il y a onze stations postales où l'on change de chevaux et oii l'on peut obtenir la nourriture et le logement. On fera bien de ne se munir que d'un mince bagage pour cette tournée.
Nous allons quitter pour im certain temps les bords du golfe de Bothnie et pousser vers le nord, afin de faire connaissance avec le climat d'été de ces régions.
Le jour de mon départ, la cour de l'hôtel ofl'rait une animation inaccoutumée. Le juge, les em])loyés de la douane, le bauquier et autres amis s'étaient réunis pour boire à ma santé et au succès de mon voyage. Ils tinrent des discours et recommandèrent à mon guide, Josefssohn, d'avoir bien soin de moi. Quand mon cheval se mit en mouvement, tous levèrent leur chapeau en l'air et poussèrent trois hourras. Je les leur rendis, et, après avoir fait claquer mon fouet, nous partîmes; comme je tournais la tête pour leur jeter un dernier regard, ils crièrent encore et agitèrent leurs chapeaux. Le cheval prit le trot