UNE STATION FINNOISE
sans que j'eusse besoin de le toucher du fouet. Nous passâmes devant deux ou trois maisons de fermes, bien peintes, avec de bonnes clôtures autour des jardins. La Tliorno et ses nombreuses îles apparaissaient de temps en temps; au loin, s'élevait TAvasaxa; des bois, des prairies, des champs cultivés, des maisons peintes et des collines éloignées complétaient un charmant paysage. Le temps était délicieux, l'atmosphère sèche et fortifiante; peiidaiil le jour, le thermomètre mar- (piait de 68° à 70°. La soirée était avancée (piand je fis halte à une station de poste où la famille parlait suédois; le hameau consistait en quelques fermes éparses. Au premier moment, les gens de la station se montrèrent défiants; mais, après qu'ils eurent appris que j'étais Américain, ils devinrent tout à fait confiants, car plusieurs personnes de ce district avaient émigré aux États-Unis. La ferme se trouvait à vingt milles à peu près du cercle arctique. La disparition du soleil au-dessous de l'horizon dura peu et son coucher fut très brillant. Le soleil levant, qui suivit immédiatement, était d'une beauté indescriptible.
Pendant le grand jour de la nuit, }ibisieurs chariots entrèrent dans la cour. Les hommes dételèrent leurs chevaux, les mirent à l'écurie, leur donnèrent du loin qu'ils avaient apporté et de l'eau ; puis ils entrèrent dans les maisons où ils pouvaient se reposer et dormir; car, dans cette partie du monde, les portes des habitations ne sont pas fermées à clef. Les uns ne s'arrêtaient que pour faire reposer leurs chevaux et les autres demeuraient i^our se livrer au sommeil dont ils avaient besoin. La plupart de ces chariots étaient chargés de marchandises variées (pi'ils transportaient dans les boutiques des villages et des hameaux; d'autres avaient des sacs de farine russe, l'approvisionnement de la ferme étant devenu insuffisant.
Après un déjeuner composé de viande de renne fumée, de beurre, de fromage et de pain dur suivis d'une excellente tasse de café, je quittai la station. La femme voulut d'abord refuser tout payement, parce que, disait-elle, j'avais donné aux enfants des présents qui valaient plus que ma dépense.
A ce moment de l'année, les hommes sont très occupés, soit dans les champs, soit au ilottage des bois, soit dans les scieries.
A chaque station, j'eus une jeune fille pour conducteur, et ces
enfants iln Nord ne senibhiient pas avoir la moindre peur de moi. Ma première conductrice s'appelait Ida Catharina; elle me donna une bague d'argent et fut enchantée ipiand elle la vit à mon doigt. Je promis de lui eu ;ipporter nue en or l'hiver suivant, et je tins parole. Elle parut heureuse ([uaud.à la lin du relai, je lui remis une pièce d'argent en sus de la taxe. Une autre conductrice de douze ans se nommait Ida Caroliua. La liaiide d'une de nos roues s'étant défaite, elle se montra à la hauteur de l'événement. Descendant de voiture, elle'cala la roue avec une pierre, alla dans une ferme où elle emprunta des clous et un marteau; puis, avec l'aide du fermier, remit les choses en bon état eu fort peu de temps ; elle ne paraissait pas le moins du monde troublée par l'accident. Elle causa tout le temps, bien que je ne comprisse pas ce qu'elle disait, car je ne connaissais pas encore la langue finnoise. C'était une petite beauté avec de grands yeux bleus, une épaisse chevelure et des joues rosées. Dès leur jeune âge, on apprend aux enfants à ne compter (|ue sur euxmêmes.
Niémis était la station la plus rapprochée; la petite ferme isolée avait l'air assez pauvre ; il s'y trouvait (|ualre ou cinq bâtiments bas, aux toits couverts de gazon. La maisonnette destinée aux voyageurs reluisait de propreté, mais n'avait qu'une chambre avec deux lits, quelques chaises, une table, nu inii'oir cl une armoire, dans Lupielle la famille enfermait ses richesses; à côté de cette chandjre, un petit cabinetoù l'on conservait le lait. La maison d'habitation, contiguë à la |»récédente, était humble et sale. Un vieillard aux cheveux longs, hérissés et noirs, sa femme, et une nièce, jolie fdie à la belle chevelure, nommée Kristina, l'occupaient. Immédiatement après mon arrivée, Kristina se lava la figure et les mains, peigna ses cheveux, passa une chemise blanche, ajusta sur sa tête un mouchoir propre, et sa toilette fut complète. On mit ensuite sur le feu le ])ot à café et l'on m'en versa une tasse. La vieille femme avait le teint brun, les cheveux presque noirs, traits qui n'étaient assurément pas ceux des Scandinaves ni des Finnois; elle me rappelait Une gipsy. Quand cilr cul ap|iris d'où je venais, elle me serra dans.ses bras et m'embrassa; je lui rendis sa politesse, sans eu redouter les conséciuences, car j'aurais pu me méfier de ses cheveux. En me voyant prêt à partir , le vieux qui était mon conducteur , endossa son