LES MOUSTIQUES ET LES CUUSINS
meilleur habit , lequel avait probablement vu le jour vingt ans plus tôt.
La station subséquente, le meilleui' lieu d'arrêt entre Haparanda et Pajala, se nommait Ruskola. Le fermier et sa femme parlaient le suédois et tous deux comprenaient ce que c'est (pie le confort. La feime était vaste et productive. A une courte distance, se trouvait le hameau de Matarengi, avec une église rouge d'un aspect étrange, très vieille, ayant un beffroi séparé et le presbytère à côté. Quelques boutiques campagnardes me rappelèrent celles des petits villages d'Amérique. Maintes fermes avaient l'air d'être bien tenues ; de grands morceaux de terre cultivée et de belles prairies les entouraient. Nous étions dans la socken (paroisse) de Ofre Tornea, laquelle renferme une population d'environ 2,700 âmes.
Le voyageur f[ui ne serait pas parti à temps pouvait s'avancer jusqu'à Pajala, et, du haut des collines, de l'autre côté de la rivière, il aurait joui de la vue du soleil de minuit quelques jours plus tard. Combien semblent étranges à ceux qui vivent dans des latitudes plus méridionales ces crépuscules du soir et du matin qui se fondent insensiblement l'un dans l'autre! comme on s'étonne de voyager dans un pays qui n'a ni nuit ni étoiles, où la lune ne projette point de lumière, et, en allant plus au nord, où le soleil brille continuellement! Dés l'abord, le voyageur ne sait pas quand il doit se mettre au lit, ni quand il doit se lever; mais les gens du pays connaissent l'heure du repos par leurs montres, ou par le soleil.
Je tombai dans un profond sommeil, et, quand je m'éveillai, l'astre du jour brillait dans toute sa splendeur ; toutefois, cela ne voulait pas dire que la journée fût avancée ; et, en effet, il n'était que trois heures du matin. .le me rendormis. En me réveillant, tout était si tranquille dans la maison, que je repris mon somme. Après m'être réveillé pour la troisième fois, je vis que ma montre était arrêtée; je passai dans la chambre voisine, où l'horloge m'apprit qu'une heure de l'après-midi venait de sonner. La famille se mit à rire ; tous s'étaient tenus tranquilles pour ne pas me déranger.
Dans ces latitudes, à peine la neige est-elle fondue, que les moustiques apparaissent en essaims innombrables et que personne n'a plus de repos, ni jour ni nuit. Ils s'étaient déjà montrés et leur nombre augmen-^
tait journellement; ils devenaient de i)lus en plus voraces, et leur morsure plus douloureuse; dans les districts boisés, ces insectes sont une vraie peste pendant le mois de juillet et jns(ju'au milieu d'août; après eux arrivent les cousins. Ceux-ci mordent très fort pendant le jour, mais au moins ils vous laissent en paix la nuit; car jamais ils n'entrent dans les maisons. Les derniers qui viennent sont des espèces de moucherons qui sont aussi fort désagréables. A un tournant de la route, je fus tout surpris de voir un nuage noir, composé en apparence de mouches
Mlaiiucs par les niunsti(|iies.
minuscules. Celait un essaim de moustiques, tellement épais, que l'on ne voyait rien au delà. Je poussai le cheval en avant, quand soudain il s'arrêta, et j'aperçus travaillant sur la route trois hommes (jui, au iiréaiahle, avaient été invisibles. Ceci peut sendiler incroyable; c'est cependant la vérité. Josefssohn se mil à rire et nu" dil : » Nous avons ici un dicton qui prétend qu'un voyageur peut écrire sou nom sur un lil de moustiques, et qu'il le retrouve s'il revient l'année suivante. »
Nous passâmes rapidement à travers le nuage; mais une partie de ces animalcules nous suivit comme des oiseaux de jiroie. Ils nous entouraient par myriades et leur bourdonnement était loin de nous char-