BONNES GENS ET BONNES BETES
mer. Je n'avais pas encore vu d'essaims aussi immenses, ni rencontré quelque cliose de ce genre dans les marais des États du Sud, dans le New-Jersey, ou dans l'Afrique équatoriale. On devrait jiorter un voile autour d'un chapeau à larges bords pour proléger la ligure. Les natifs supportent cette peste avec une apparente sérénité. Ces moustiques sont d'une espèce distincte, lourds et faciles à tuer, n'ayant point d'ailes comme les variétés mieux connues ; leur morsure est moins douloureuse que celle de la sorte commune, mais elle est agaçante. Je fus obligé de mettre des gants; car, après en avoir écrasé des milliers, le nondjre de mes assaillants grandissait d'instant en instant.
Partout j'ai remarqué la bonté des gens pour leurs bêtes de somme. On ne peut pas i)ousser les chevaux dans un pays montueux. quoique je suppose que cela arrive quelquefois lorsijue l'homme est sous l'inlluence de la boisson, ou (ju'il a un mauvais cœur. Dès qu'un cheval arrive au \)\ei\ d'une côte, il s'arrête afin de laisser aux personnes assises dans la voiture le temps de descendre; il tourne la tête pour voir si chacun a mis pied à terre, puis il commence l'ascension. Si tous ne descendent pas, il attend encore, et, (piand on l'excite de la voix ou par un léger coup de fouet, il parait tout étonné, et souvent, pendant la montée, il se retourne conune [xiur dire à ceux qui sont restés sur le char : » Pouripioi ne descendez-vous pas? » Les fermiers et leurs familles montent invariablement toutes les cotes à pied; c'est pourquoi les chevaux sont désagréablement surpris lorsque leur poids n'est pas allégé et particulièrement quand on les touche du fouet. D'une station à l'autre, le conducteur s'arrête souvent, coupe sou pain noir en petits morceaux, les donne à son cheval qu'il caresse, y ajoute une poignée de foin, puis continue sa route. Ce bon traitement ne parle pas seulement en faveur du jjcuple, il rend aussi les chevaux doux et dociles ; on en voit rarement de vicieux. Les poulains sont très dorlotés; ils viennent jusque dans la cuisine, où on les caresse et où on leur donne du sel, ou autre chose qu'ils aiment.
La station où je m'arrêtai pour la nuit était pauvre. Le bâtiment destiné aux voyageurs n'a qu'une chandjre; les hommes dorment sur des peaux étalées par terre, et d'autres sur des bancs dans leurs vêlements ordinaires. Une vieille femme, sa fdle et son balty couchaient dans un lit, un vieillard dans l'autre, et tout paraissait malpropre. Je ne pus
trouver pour me rassasier que du poisson froid ; l'un des liomraes m'offrit d'aller en harponner un: mais je me décidai à manger ce qu'il y avait et à dormir ensuite. On jeta de la paille fraîche sur le jjlanchcr, on la recouvrit de deux peaux de renne, d'une peau de mouton, et ma couche fut ainsi complète.
Le touriste est surpris de rencontrer tant de fermes confortables, avec de vastes demeures qui, y compris la grange et la vacherie, sont les trois bâtiments essentiels. Il y a, en outre, plusieurs autres maisons, telles que hangars, magasins, ateliers de forgerons, etc. Dans la cour, qu'entourent généralement trois corps de bâtiments, se trouve le puits à la vieille mode, avec son levier portant un seau à l'nne de ses extrémités et une pierre à l'auti'e. Du puits, une auge communique avec l'étable des vaches. Cette structure est particulière : le plafond est bas, les fenêtres sont très petites et ne donnent que peu de jour, le sol est iilanchéié et des parcs sont bâtis de chaque côté; le long de ceux-ci un chéneau recueille toutes les déjections que l'on conserve avec grand soin, car l'engrais est rare. Le bétail ne couche pas sur de la paille ni sur du foin. A l'une des extrémités, il y a une maçonnerie dans laquelle est enchâssé un pot de fer de trois ou quatre pieds de diamètre sur trois de profondeur, servant pour la cuisson de la nourriture du bétail ; cette nourriture est généralement grossière ; elle consiste en herbe des marais, mélangée de poussière provenant du neloyage des grains; on se sert aussi de ce pot comme baignoire et cuve de lessive. Quand les moutons sont nombreux, on leur construit un abri ; sinon, ils sont parqnés dans un coin. Les chevaux ont une écurie séparée.
Le bâtiment d'habitation, saufquehpies exceptions, consiste en un seul étage contenant habituellement deux chambres, une de chaque côté. On se sert de l'une comme de boulangerie et de cuisine, et aussi comme de chambre à coucher ; dans un coin, on a établi une cheminée, structure étrange de six ou huit pieds carrés, en dalles de pierres, généralement plâtrées par dessus. On place le bois dans ces espèces de fours, et, quand il est consumé, qu'il ne reste que des tisons, on tire une trappe de fer ipii i^upêche la chaleur de s'échapper. La chaleur ainsi produite est tellement forte pendant les premières heures j que le séjour de la chambre devient insupportable pour ceux
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qui n'oiil i);is riiabiliulc de cette atmosphère, laijuelle j)ersisle souvent pendant deux ou trois jours; dans une section du bàlimeni, on a consliuil une cheminée ouverte pour la cuisine. Des lils sont placés le long des nuu's en nombre suffisant pour la famille. Ces lits sont des esi)éces de coiïres à tiroirs, de sorte qu'on peut les faire de diverses largeurs selon que le besoin l'exige; on les remplit de foin ou de paille, et on les garnit de couvertures ou de peaux de mouton, (juehiuefois aussi d'édredons en duvet d'eider, et d'oreillers. Le malin, on ferme ces coffres et l'on s'en sert comme de sofas, sur lesquels on se repose pendant le jour. Toute la famille, y compris les domestiques mâles et femelles, dort dans celte chambre. De l'autre côté se trouve la pièce réservée aux hôtes, qui sert aussi de cliambre à coucher. Un ou deux bois de lit remplis de plumes d'eider et garnis de couvertures, forment la jjartie principale de l'ameublement.
Il y a beaucoup de pauvres et petites fermes oii une nombreuse famille a fort à faire pour tirer sa subsistance du sol ; dans ces demeures malpropres et étroites, la fièvre typhoïde fait souvent de grands ravages. Les fermes sont presque toujours sur les bords des rivières ou près des lacs ; car la terre y est meilleure et le poisson abondant.
Le revenu que l'on tire du sol, dans celte région septentrionale, serait Itien modiipio sans le poisson (|ne l'on prend dans ces eaux et sans le gibier qui abonde. L'argent que procure la vente de ces objets et les produits de la laiterie constituent souvent les seuls revenus du fermier.
Depuis Matarengi, la roule monte le long d'une montagne à pic, hors de vue de la rivière, et, pendant plusieurs milles, elle passe par un pays désolé, que l'incendie des forêts rend i)lus Iriste encore.
Entre les stations de Kunsijârvi et de Ruokojârvi (en liniiois, jârvi signifie lac), nous traversâmes le cercle Arclique à 66° 32'N. ou 1408 milles géograi)hiques au sud du pôle, où le soleil brille [MMitlaid un joui' entier le 22 juin ; l'observateur le verra au-dessus de riidrizoïi à niiimit et exactement au nord. Après celle date, en se dirigeani an nord par une moyenne de dix milles par jour, on continuera de voir le soleil de minuit jusqu'à ce que l'on atteigne le pôle. Le 22 septembre, le soleil
descend à l'horizon, où il demeure, pour ainsi dire, toute la journée; le lendemain, il disparaît jusqu'au 22 mars.
En redescendant vers le sud avec la même vitesse, le voyageur continuera de voir le soleil de minuit sur l'horizon, jusqu'à ce qu'il atteigne le cercle Anii([ui' où, pendant un jour seulement, comme nous l'avons liil, l'astre est visible.
A minuit, le soleil est toujours au nord de l'oliservateur en raison de la position de la terre. Il semble l'aire le tour d'un cercle, exigeant vingt-quatre heures pour son acconqdissement; à midi, il atteint sa plus grande élévation et, à minuit, sa plus basse. Au i)ôle, son ascension et sa descente sont si imperceptibles et ses variations si légères, qu'il s'enfonce très lentement au sud. et sa disparition au-dessous de l'horizon est presque immédiatement suivie de sa réapparition.
Je vais essayer maintenant d'expliquer le phénomène du soleil de minuit. La terre tourne autour du soleil dans le cours d'une année et fait sa rotation sur son axe toutes les vingt-quatre heures. L'orbite de la terre, ou coiu's décrit }(ar elle dans sa révolulioii annuelle autour du soleil, est, jtour ainsi dire, un cercle un iieu allongé, ajjpelé ellipse. L'axe, autour duquel la rotation quotidieimc a lieu, est une ligne droite cjui passe par le centre de la terre et dont les extrémités s'appellent pôles, un au nord et l'autre au sud. L'axe n'est pas perpendiculaire au plan de l'orbite; il est incliné à un angle de 23°28', lequel angle est appelé obliquité de réilipti([ue. Par conséquent, la terre, en se mouvantautour du soleil, n'est point verticale, mais inclinée, de sorte que, dans les dilïérenfes parties de sa course , elle présente toujours au soleil une moitié de sa surface, mais toujours une moitié différente, qui sera plane. Deux fois dans l'année, le 21 mars et le 21 septembre, l'exacte moitié de la terre le long de son axe est éclairée. Donc, à ces dates, chaque point sur la surlace de la terre est, pendant une rotation de la terre sur son axe, la moitié du temps dans la lumière et la moitié dans l'ubscurilé , c'esl-àdire que le jour et la nuit sont de douze heures chacun sur tout le globe. Par cette raison, on appelle ces dates équinuxes. Le 21 mars est l'èquiiioxi' du i»riiilemps, et le 21 septembre l'équinoxe d'automne. Pendant que la terre se meut sur son orbite après le 21 mars, le pôle nord incline de plus en plus vers le soleil jus-