‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 28 sur 147 · DESCENTE VERS LA ME M ARCTIQUE "J'J · texte numérisé non relu

DESCENTE VERS LA ME M ARCTIQUE "J'J

et fnit une descente de cin([ heures, la rivière se changea en un lac auquel on a donné le nom de Ladnejârvi. Sur ses bords est établie une station qui sert d'abri aux facteurs et aux voyai^eurs venant de Kautokeino et d'Alten, ou s'y rendant.

Comme nous avions été (juinze heures en route, nous nous arrêtâmes dans une maisonnette en bois construite par le gouvernement norvégien. Elle avait environ dix-huit pieds de long sur douze de large, et tout autour de sa base, du gazon, qui la garnissait, empêchait le vent de pénétrer dans l'intérieur; le toil était couvert de terre et de gazon. On voyait dans un coin une cheminée et dans un autre deux lits faits en planches. Des vêtements pendaient à une perche, et de la nourriture avait été laissée par quelques personnes qui pensaient sans doute la retrouver à leur retour; aucun de nous ne se permit d'y toucher. La petite maison était entourée de bouleaux qui fournissaient du chauffage aux voyageurs. Nous trouvâmes du bois prêt à être utilisé.

Pour la première fois depuis que j'avais quitté Stockholm je me sentis vraiment brisé par le manque de sonuneil. Durant le voyage, en descendant la rivière, j'étais demeuré éveillé pour voir le pays, et je m'endormis en mangeant, ,1e n'avais sommeillé (pie deux heures une fois et cinq heures une autre depuis le mercredi à neuf heures du matin jusqu'au samedi à quatre heures du soir. Nous fîmes une é|)aisse fumée pour chasser les moustiques, et, après avoir fermé la porte, je tondjai dans un profond sommeil qui dui'a (piatre heures.

Nous rassemblcâmes du bois pour remplacer celui que nous avions brûlé, comme c'est la coutume; ainsi, le voyageur fatigué trouve du combustible tout prêt à son arrivée. Une fois disposés à partir, nous jetâmes de l'eau sur le feu jiour l'éteiiidn' el nous fermâmes la porte avec une cheville en bois.

Comme nous étions à la fin de notre voyage par eau, nous gravîmes les bords abrupts, garnis de bouleaux, el nous atteignîmes graduellement un plateau ondulé, stérile et désolé, où l'œil n'èlail distrait que par les blocs de rochers disséminés çà et là. Le lichen abondait, et quoique nous fussions dans la deuxième semaine de juillet les bouleaux nains et les saules ne portaient pas encore de feuilles k cette altitude.

Le ciel était clair el le mercure descendu à Ao" , la glace couvrait

encore les étangs et l'on voyait dans l'éloignement des plaques de neige. La route était bonne, le terrain dur, et nous aurions pu facilement faire notre voyage à cheval. Quand nous arrivâmes à un passage couvert de neige que nous devions traverser, les faces de mes Lapons brillèrent de contentement; ils se jetèrent à plat ventre, se roulèrent dans la neige, lavèrent leurs mains et leur figure, et en mangèrent pour prouver ainsi leur joie et leur amour de l'hiver.

Nous étions à deux mille pieds à ])eu près au-dessus du niveau de la mer et nous montions encore lentement. Quatre heures après avoir quitté la maison de refuge nous nous trouvàmt's au pied d'une haute colline rocheuse, semblable à une tour dominant le plateau. On l'appelait Lodigen, ou Nupp-Vara, à deux mille six cent cinijuanle pieds audessus de la mer. De son sommet, où j'attendis le soleil de minuit, la vue était sinistre et solennelle dans sa tristesse. J'aperçus des lacs gelés et non gelés; dans l'éloignement émergeaient les cimes neigeuses des chaînes de montagnes; la surface rocheuse était couverte de blocs erratlipies et grise de mousse de renne. L'éclat du soleil palissait }ieu à peu, et ses derniers rayons alanguis s'arrêtaient sur les crêtes des montagnes, donnant aux taches de neige une teinte rosée et lançant ses reflets jusqu'au ciel. La scène impressionnait par son air de placidité.

Même à cette hauteur, avec le mercure à 44°, les moustiipies ne cessaient pas d'être de tcrrihics jiestes; impossible d'imaginer d'in'i ils venaient, car iril.iinement leurs essaims n'avaient pas éclos sur le lac gelé au pied de la colline. Si grand était leur nombre, et ils m'attaquèrent si furieusement, que je pus à peine procéder à mes observations; je brisai un baromètre anéroïdr et deux thermomètres, qui m'échappèrent des mains pcndaul que j'essayais de me défendre contre ces minuscules persécuteurs.

L'elTel de l'atmosphère sur moi. an delà d'une certaine hauteur, qui varie selon la latitude, était remanpiable. .le me sentais aussi léger qu'un bouchon de liège, aussi plein de vie et de courage que si j'avais bu du Champagne; l'air raréfié agissait sur moi comme un stimulant, et mes hommes me regardaii'iil avec èlininenienl en reconiiaiss.inl (pie je pouvais les hall ce ;'i la marche. J'ai éprouvé la même chose sur les montagnes de la Norvège méridionale ; il y avait des jours où il me seml)lait ipie je ne parviendrais pas à me fatiguer. Dans aucun aiiln^ pavs il

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