LA FERME DE LARSEN
tendis, avant d'ontrer dans la maison, nne jeune mère qui chantait des psaumes auprès du liciccau de son pdupon. Liirs(|ut' j'culivii elle me dit : « C'est mon premier-né; j'ai voulu que, depuis sa naissance, il m'entendit chanter les louanges de Dieu; je tiens à ce qu'il craigne et aime le Seigneur quand il sera grand, car Dieu est bon poumons tous. »
Quand j'allais visiter les fermes, je reni|dissais mes poches de candi acheté à Bod("), pour le distriliuer aux enl'anls qui s'aliroupaienl autour de moi; je leur donnai aussi de la nioiniaie de liillon (pii semblait leur plaire, car ils crièrent : Pent/or! (monnaie) et s'empressèrent d'exhiber leurs trésors. Alors je leur demandai de me dornier un baiser, ce qu'ils lireiU ; là-dessus, les fenmies mariées insistèrent pour que les deux grandes sœurs les imitassent. La rougeur montait aux joues des jeunes filles, cpii refusèrent ; mais les matrones étant revenues à la charge, elles obéirent pour avoir la paix et me donnèrent un lion baiser d'où suivit une gaieté générale, .l'avoue qiw je fus parfaitement consentant.
Sur les bords de la Lonmii il y a deux moulins à blé; on en voit par toute la Norvège, et, dans bien des districts, cha(pie ferme en possède un; (jnehinefois aussi des fermiers se réunissent pour en établir en commun. Ils sont près des torrenis, el loiq'ours situés d'une façon pittoresque. Lorsque la liémieaèté remplie de grain, le fermier s'en va et ne revient que (piand il croit le moment venu d'en remettre; ou, si le moulin est éloigné de la ferme, l'une de ses filles on l'une de ses servantes y denu'ure pour le surveiller, et [tasse le temps à coudre ou à tricoter, en chantant et pensant (pielquefois à son amoureux et à ses noces qui s'approchent. La journée finie, elle retourne à la maison |iour traire les vaches ou préparer le icpas du soii' pour la famille, ipii est allée travailler dans les chanqis.
Le 9 août arrivèrent deux La|tons el une femme laponne; c'étaient de vieux amis de Larsen et ils allaient être mes guides. Le lendemain, on fit les apprêts de mon départ. Moins on emporte de choses pour un semblalde voyage, mieux cela vaut. Mon bagage ne consistait (|u'en une chemise de flanelle en plus, un pantalon, des soulieis et un léger surtout; quant à mes provision, elles consistaient en galette, beurre el fromage, une fiole d'eau-de-vie (pour servir en cas de besoin), une solide cafetière, une livre de café grillé et nKndu et du thé. Quaml le temps est humide et froid, ou (piand je suis l'aligné, j(^ trouve ipie
le thé et le café sont des In'eiivasîes très rafraîchissants. C'est une grave erreur de croire (|ue l'alcool rafraîchit le système lorsqu'on est accaijlé de fatigue; l'etïet immédiat est stimulant, niais une demi-heure après on se sent plus harassé (|u'a\ant. J'avais pour arme un fusil et des munitions pour tirer le giliier, plus deux revolvers; j'aurais voulu me débarrasser de ces derniers, car ils étaient lourds, et, en outre, je me sentais honteux de les avoir avec moi; aussi les tins-je hors de vue. Je les avais pris pour me protéger! Pour plus de sûreté, j'avais laissé à Londres certains ohjets de valeur, y compris une chaîne de montre en or; mais — et je puis le dire sans crainte de contradiction — je voyageais dans la contrée la plus sûre du nidiide.
Nous étions prêts à partir, (M mon liagage était déjà sur nos épaules, lorsque la femme de Larsen s'écria : « Prenez plus de pain! » Et à peine ces mots étaient-ils prononcés qu'elle mil dans une petite caisse d'écorce de bouleau un sup|)lément de pain et de beurre, et ajouta du fromage dans mon sac : la bonne femme oubliait que nous devions porter nos provisions sur le dos. Après tout, elle avait raison, car même avec ce surcroît de vivres je me trouvai (juchpiefois à court de nourriture. J'ai une telle aversion pour le bagage que souvent j'ai souiïert de la faim; mais, heureusement, je puis aller sans manger plus longtemps que personne. En partant, je donnai un peu d'argent à chaiiue enfant et je mis plusieurs dollars dans la main de la bonne ménagère, qui fondit en larmes, m'embrassa de tout son cœur, pendant que son mari, me serrant la main, me dit : « Merci d'être venu chez nous; i> et nous nous écriâmes : Farccll Ac/Jo! Ole, leur jeune fds, vint avec moi jusqu'au haut de la montagne, portant mon fusil; et les derniers mots que j'entendis furent des recommandations à mes guides lapons « d'avoir bien soin de Paul ! »
Snlildiiia et le lac.