‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 40 sur 147 · UNE FERME NON MODELK · texte numérisé non relu

UNE FERME NON MODELK

du 1,'ic Skalkajaiir. A rexlrémilé iiilV'riciiio, prés de son déversoir, se tniiive nie de Bjorkiiolm, avec une station de bateaux. Tout le monde était parti, mais les portes n'avaient pas été fermées et nous entrâmes dans l'une des maisons de ferme, sans frapper. Le mari n'était pas à la maison; sa femme se leva, me servit un souper de poisson froid, de pain, de beurre, de fromage et de lait, et me prépara un lit.

Après un repos d'iuii' heure, mes bateliers retournèrent àNiavi, non sans nous avoir serré les mains, selon la coutume. Ces hommes avaient travaillé toute la journée lorsque j'arrivai à Niavi, et pourtant ils n'hésitèrent pas à ramer pendant 30 milles. Ils ne se reposèrent qu'une heure et partirent, car ils étaient nécessaires à la maison. Ils auraient été honteux de se prévaloir de ce surcroit de travail comme d'excuse pour la paresse.

Un court trajet pai' un étioit sentier me conduisit à la jiointe du lac Parkijaur, et une heure de voile à son extrémité inférieure, où il n'y a qu'une ferme. Après une autre courte marche, j'arrivai au lac Randijaur, et à une ferme, la seule habitation que je pus voir sur ses bords. L'unique chambre offrait une telle image de malpropreté, qu'elle me repoussa; je jetai un regard sur les deux lits, et je frémis ;i la pensée de la vermine qui devait grouiller dans ces sales peaux de mouton; je remerciai ma bonne étoile de n'avoir pas à y dormir. Le mobilier consistait en outils de charpentier, un pot à café, quelques bols et plats de bois, deux ou trois lasses à café avec leurs soucoupes, une poêle à frire, un chaudron, des bancs de bois, une table également en bois, et uu certain nombre de vieux livres religieux en mauvais état. La famille comportait huit enfants dont quelques-uns de mariés; mais le vieillard et sa femme, ainsi qu'une Laponne, étaient les seuls occupants de la maison.

Quand je fus prêt à partir, la vieille femme se lava la figure et les mains, peigna ses cheveux, mit un vêtement propre sur celui qui était sale, pendant que le vieux revêtait ses habits du dimanche pour me conduire à la station la plus proche, car les bateliers se mettent toujours en toilette de fête pour de telles occasions. Après avoir ramé deux heures, le couple se sentit fatigué.

A l'extrémité inférieure du lac se trouvait une autre station. Ici, les habits des hommes, et les jaquettes des femmes étaient en peau dont on avait enlevé le poil; tous étaient également sales. A diner, ils n'eu-

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rciil ni pain, ni bi'iiri'c, ni fi-dniagc ; ils ne niangèienl iiLie du poisson bouilli, mais en énorme (|uanlité. Ilsi)uivnl du lail aigre hors d'un seau, et insistèrent [)oui' que je prisse une lasse de calé, (ju'ijs liront exprés pour moi.

Après avoir ramé dix minutes et en avoir marché (|uaianle sur une bonne route à Iravers une forél, nous arrivâmes à la pitinledu lac Vajkijaur, où se reposaient un grand nombre de rennes (jue l'un avait laissés là i)our brouter le lichen. On me donna de nouveaux baleliers, deux garçons et leur père, qui ramèrent aussi énergi(|nemenl (pi'ils le purent; puis, laissant le bateau, nous fîmes à pied un Irajet d'une heure qui nous conduisit au hameau lapon de Jockmock. PendanI celle marche, je fus pris d'un accès de laim-valle. Eu arrivani à la slalidu, je demandai aussitôt de (juoi manger; mallieureusement, la maîtresse du logis était absente et les mimiles (ju'il me fallut attendre me parurent aussi longues que des heures.

Le village était complètemeni dései'l, el, comme je ne pus obtenir de nourriture, je tâchai de faire diversion â ma faim en le paicouranl. Pendant que je rôdais, m'amusant à regarder les maisons eu rondins avec leurs toits couverts de terre oii l'herbe i)0ussait, et cherchant une figure humaine, je vis venir à moi un gentleman, et je me souvins (pie j'avais du célèbre explorateur arctique, le professeur Xordenskiold, qui me l'avait donnée à Stockholm, une lettre de recommandation pour le professeur baron de Diiben, que l'on m'avail dil que je pourrais renconirer en Laponie où il faisait des éludes sur le peuple de celte contrée, .le sentis instinctivement que le nouveau venu élail le baron. Nous lujus saluâmes, nous nous dévisageâmes l'un l'aulre, et je lui demandai : « Ne seriez-vous pas le professeur bar(jn de Diiben? — Je le suis en effet, répondit-il. — J'ai une lettre d'introduclion ])Our vous. Je viens de traverser la Norvège. — Je suis heureux de l'apprendre, reprit le professeur en excellent anglais. — J'ai tellement faim, (pie je ne sais (|ue faire de moi, lui dis-je. J'en suis tout étourdi; la domesli(pie delà station ne paraît pas se presser, jiarce que sa maîtresse n'est pas à la maison.— Venez avec moi, » repartit le baron. — Et il m'emmena au presbytère, dont il élail I'IkMc. Il me présenta à l'hôtesse, puis à la baronne. La femme du pasleur sortit (juand elle eut appris que j'étais affamé, et revint bienlôl m'inviler à prendre une collation.

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