LE GRAND CHEMIN DE LA FAMINE
Le baron el son éiiouse avaient passé l'élé en Laponie. Nous résolûmes de voyager ensemble jusqu'à la mer. Je leur suis redevable de beaucoup de bontés, non seulement pendant notre voyage, mais encore à Stockholm, et de lettres de recommandation, sans compter plusieurs illustrations delaLaponie qui accompagnent ce récit. Les photographies originales en ont été prises par la baronne elle-même.
Le village lapon de Jockmock a une école et un pasteur résident. Son église bizarre, avec son clocher à part, a été construite en 1753, et une plus ancienne date de 1607. Il est situé sur une colline, à la base de laquelle coule la rivière Lilla-Lule, déversoir du lac. Dans le puits du presbytère, la glace et la neige paraissaient avoir deux pieds d'épaisseur. Il y a seulement trois mois que la neige a disparu du sol, que la gelée pénètre à une profondeur de six pieds.
L'une des occupations des naturels est la pêche aux moules, dans la rivière. Certaines coquilles contiennent des perles d'une valeur considérable.
Une grande étendue de pays, connue sous le nom de LuIeaLappmark, a une surface de 327 mille carrés suédois, et se compose de deux soknar ^ ou paroisses. La paroisse de Jockmock, selon le dernier recensement, contient 648 Lapons. Elle est divisée en quatre byar, ou districts. Jockmock, Tuorpenjaur, Sirkasiuokt, et Sjokksjokk; chacun d'eux a son propre territoire de pâture dans les montagnes. Fort peu de ces Lapons vont jusqu'à la côte norvégienne.
De Jockmock. jusqu'à Storbacken, distant de quatre milles suéduis, la Lule n'est pas navigable à cause de ses rapides troj) rapprochés l'un de l'autre. Ici commence un grand chemin, qui n'est fini que depuis peu d'années, et qui a été construit pendant la grande famine de 1867, année mémorable dans les annales de l'Europe septentrionale, en raison d'une gelée hâtive qui détruisit les récoltes et répandit la désolation et la mort dans de vastes districts. Le lichen et l'écorce de bouleau, mélangés avec un peu de farine, devinrent la nourriture du peuple, après que l'on eut mangé le bétail et qu'il ne resta rien autre. L'année suivante vit une forte émigration en Amérique.
La route passe par une contrée monotone, par des marais, à travers des districts jonchés de blocs erratiques. A l'époque démon voyage, les forêts brûlées présentaient, en bien des endroits, l'image d'une désolation
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lutale. Ces foiitlngrations arrivent généralement par l'indifférence des Lapons, ou des Iniclierons qui négligent d'éteindre les feux de leurs campements. La perte est cruelle, car, dansées régions, les arbres croissent très lentement, cl il leur faut an moins 150 ans pour atteindre un pied de diamètre; on en trouve qui n'ont même pas un dcnii-pied de diamètre et qui comptent plus de deux cents ans. 11 y a des milliers de grands sapins qui gisent sur le sol, noircis et calcinés, ou qui sont restés debout comme de noirs pilastres, avec leurs branches et leurs cimes brûlées, pendant que des monceaux de cendres et de charbon ap[)araissent de toutes parts. Pas un brin d'herbe ni de mousse sur le leriain desséché et terrifié; çà et là, un arbre ou un groupe d'arbres a échappé à la fureur du feu; on se demande commeni cela à pu se faire, cai' chaque chose alentour a été anéantie par les flammes.
Les fermes me parurent très en progrés. Dans quelques maisons, les chambres étaient tendues de j)apier; des poêles en porcelaine les ornaient; une napi)e en beau linge blanc s'étalait sur la table de la salle à manger préparée pour l'étranger. Quehiuel'ois ou avait Iracé un petit jardin où iioussaienl des radis, des oignons, des laitues et des pois verts.
VuoUerim est admirablemeni silué auprès d'une cliiile d'eau, en forme de ter à cheval, et entouré de cbam|is d'orge, d'avoiii(>, de pommes de lerre el de prairies verdoyantes. Les ioiis des maisons élaienl couverts d'écorce de bouleau sur laquelle on avait posé des perches très rapprochées l'une de l'autre, comme proleclion contre le veut; an sonrmet de quehpies maisons était construite une i)late-forme pour sécher de la chair de renne et de mouton. (pu3 l'on tue en novembre.
Non loin (hi hameau, la riviéi'c Lilla-Lnie nui! ses l'anx à celles de la Slora-Lule (.s7w« signifie grande), (pii s'élance à liavers un grand rapide, el forme ensuite la chute du Porsi, d'environ six pieds de hauteur. Sous la chute, le lil, d'un sable sec, jirouvait (pie l'eau se calmaiL
La Slora-Lule est l'exutoire d'une série de lacs, ciunme ceux ipii forment la Lilla-Lule. La Virijaur sort près de la base du giand glacier de Sulitelma, à 1,948 pieds au-dessus du niveau de la mer. Kn remontant la rivière, le voyageur aperçoit la chnie di' Niommelsaska, (|ui est formée par la Slora-Lule. On dit qu'elle est très belle en juillel, paiceque c'est l'époque où l'eau arrive en plus grande quantité. Une partie