SINGULIERES VARIATIONS DE TEMPÉRATURE
du courant esl unimpélueux rapide avec une chute totale de 231 pieds suédois; à un certain endroit, elle franchit une dislance de 102 pieds. Plus grande encore est la chute d'Adnanuioïki-Kortje, formée par l'exutoire du lac Gjerlejaur, au point où les eaux descendent dans le lac Pajiplolilujaur, d'une hautem' de 134 pieds. A (pielques milles au-dessous de VudUerim, la grand' ruule liint à Storbacken , la liviére étant tombée de OoO pieds depuis Jockmock. Ici, les changements marqués entre la nuit et le jour sont démontrés par les notes thermométri((nes suivantes pour le 18 août : à huit heures du matin, '61° et demi; à neuf lieures, au soleil , 94° ; à midi, à l'ombre, 60° ; à deux heures a[)rès midi, à l'ondire, 00°; à trois heures trente minutes, sur l'eau, et au soleil, 106°. 11 n'y eut pas un souflle de vent pendant loule la soirée, et je remarquai que ces grands changements arrivent graduellement avec une atmosphère parfaitement calme.
Le 19, à six heures du soir, le thermomètre se tenait à o4°; mais l'air devint piquant et froid à mesure ([ue le soir a}iprochait. Le ciel était toiil à fait clair, et, à onze heures, la température tombait à 42°, et on craignit la gelée. A minuit, le mercure marquait 38°. Le temps devint encore plus froid pendant la nuit, et, (juand je sortis à quatre heures du matin, le 20 août, l'herbe était couverte d'une gelée blanche et le thermomètre se tenait à 32°, quoiipie le soleil brillât. Heureusement le grain ne fut pas maltraité.
11 parait que, du 20 au 24 août, dans certaines années, une forte gelée se jiroduit en cette région, et imil aux récoltes ou les détruit: mais, si la gelée ]ie vient pas, elles sont généralement sûres.
Les framboises sauvages avaient mûri, les moineaux étaient nombreux auprès des fermes, et les hirondelles i)as encore |)arlies pour le sud.
Un des faits (|ui m'ont paiticulièrement frappé en dedans du cercle Arctique, c'est la grande différence de temi)érature au soleil et àl'ombre. •J'ai noté dans le cours de ce récit l'éteiulue de ces variations, et, comme moi, le lecteur a sans doute été étoimé d'apprendre combien les rayons du soleil étaient puissants. En sortant de la chaleur pour passer à l'ombre, on sent (pie l'atmosphère est rafraîchie et souvent elle donne le frisson, tant le changement est grand. La chaleur la jilus forte du soleil se produisait cpiand il brillait entre les loiu'ds nuages couleur (lf|iloml>.
IG^ LE PAYS DU SULEIL DE MlNllT
Je faisais iiu's (ibscrvalions avec plusieurs thermomètres simultaMémeiit. Au soleil, je ne me servais que île lulies eu verre à la bulle iioireie. (|ue je posais sur umn chapeau de l'eulre, Sdigueusement gardés contre le veut; ear la moindre brise sur le verre aurail produit aussitôt une varialion de ]iliisieurs degrés.
De Slorbaeken, la rivière Lule, dans son cours vers la mer, forme deux réservoirs ou lacs, entre lesijuels, prés d'Edefers, — à une distance de viiigl-six milles environ, — il y a un beau rapide; le deuxième lac est à 7() pieds au-dessus du niveau de la nier. Six milles plus loin, la navigation reprend jusqu'à Hedenfors, avec une autre chute, sous laipielle, à Ralu'ick, un steamer vous porte à la ville de Lulea.
Sur les deux derniers lacs, les fermes et les hameaux sont plus noudneux et [ilus gi'ands; le paysage est diversifié par les forêts et les chamiis.
Ici, le seigle rend souveul énormément el est très bon , bien des liges élaienl hautes de six à sept pieds et j'en vis même de plus hautes. Le bluklhit (bluelj, la ccntuurvii ri/aiiiis (la centaurée i, el les i»avols abondaient, et leurs belles couleurs réjouissaient les yeux; à deux ou trois pieds sous cette luxurianle végétation, le lenain était gelé.
A Rabâck, nous li-ouvàmes le steamer Vicllh-dra , qui allendail, et peu après notre arrivée nous descendions la rivière à loule vaiieur. Le gouverneur île la province était à bord el je lui fus présenté. A mesure que nous avancions, le cours d'eau devenait de |)lus en [ilus large: nous nousarrèl;\mes à plusieurs points; nous passâmes devant l'école d'agriculture, et, le 20 août au soir, nous arrivions à Lulea.
Le voyage de Ovickjok ;i la mer ilmuie une assez jusie idée du thalweg d'à |)eu jnès toutes les rivières de la Suède.
Lulea, 05° 41 , lalilude, la ville la |)lus seplenirioliale après Haparanda,est située à l'embouchure de la rivière d'où dérive son nom; elle est aussi la résidence du IdiKhliôfduu/ ou gouveiaieur de la L<(ii ((ii'o- Vince) de Norrbotlen, doni la juridiction s'étend à toute la partie la plus septentrionale de la contrée. La ville consiste en maisons de bois, el en plusieurs magasins; car c'esl un centre de commerce, comme loules les villes suédoises hàlies aux embouchures des rivières, et aussi une sorte A' entrepôt pour les marchandises. On y fait un grand commerce de bois de consirucliou el bien des vaisseaux viennent en charger tous les ans,
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Pi'iidaiil les mois d'i'lé, luul arrive par sleaiiier ; car, l'hiver, les iiiarfliaiidises ne iieuveiil être transportées jiar la voie de terre, k moins de payer un prix exorbitant. Les maisons snnl irrandes et peintes les unes en blanc, les autres en routée.
La petite ville possède une église en |)ierre, élevée au milieu d'un S(|nare. L'intérieur en est 1res sim[)le. Aucune peinture n'orne les nun's liLincliisà la chaux; mais, sur l'autel, il y a une grande croix en bois doié, avec une couronne au sommet; à sa base, un cœur et une ancre, et, de plus, une image ([ue je suppose devoir reiirésenter des feuilles de laurier. La chaire eslfastueusemenl dorée.
La prison, bâtiment octogone en pierres, existe depuis assez longtemps, et est entourée d'une liarriére en [ilanches, peinte en rouge. Les cellules sont au n(ind)re de di\-se|>t. de diverses tailles et formes.
A l'étage supérieur sont les quartiers des prisomiiers condamnés à la réclusion. La dimension moyemie des cellules est d'environ dix ])ieds en longueur sur sept en largeur. On se sert de hamacs au lien de lils. Chaque cellule a une petite fenêtre fortement grillée de barreaux de fer et chaque porte a un verre épais, ou œil-de-bœnf, par le(juel le surveillant iwut voir dans l'intérieur. Je fus surpris de n'y trouver que six condanuiés, et l'on me dit (|ue le plus grand nombre jamais connu se produisit à l'épocjne de la famine, où il y en eut jusqu'à vingt. Les lois sont strictement exécutées; une conduite désordonnée, du bruit dans les rues et les Irouldes de nuit, les batailles, les mutilations d'arbres, la violation des lois sur la chasse, la désobéissance à bord des navires, le manque de respect envers la police, etbeaucoup d'autres offenses, sont promiitement punies, et, par-dessus tout, le vol d'un objet, (lueliiue petit qu'il soit, ex[)ose le coupable à une pénalité sévère. En été, quand les ports sont ouverts, et (jue les étrangers arrivent pour chercher de l'ouvi'age, le nombre des iirisonniers est le plus grand.
La vente des siiiritueux est permise, et je suis peiné de le diie, l'auberge était bruyante et m'olfrit des scènes d'ivrognerie (jui me lirent une mauvaise impression. C'est naturellement pire en été, car alors les marins, les rôdeurs et les portefaix i)assent la majeure partie de leur temps dans la ville, et la prison [est souvent occupée par des hommes simplement coupables de conduite désordonnée ou d'ivrognerie. L'ordre est maintenu dans les rues |iar trois ou (piaire policemeri, ou
veilloiii's, (loiil on enk'iid les vuix la nuit'el qui uni ponr devoir de donner l'alarme en cas d'incendie.
Je fus invilé à une réception chez le gouverneur, ipii était veuf; sa fille, jeune dame de vingt printemps, était une charmante hôtesse. Presque toutes les dames présentes parlaient anglais ou une autre langue étrangère. La musique et le chant formèrent les principales distractions de la soirée, où chacun sembla s'ellorcer, el cela sans aireclation, de faire en sorte que l'étranger se crût chez lui. — « Il faut que vous alliez voir la vieille Lulea, » dirent qnehiues-unes de ces dames. — « Ne voulez-vous pas venir avec moi ? » demandai-je. J'invitai deux demoiselles et une dame mariée pour être leur chaperon; elles acceptèrent, tout en faisant remanpier que c'était un peu en dehors des habitudes : << Mais, ajoutèrent-elles, nous savons qu'en Amèri(iue les gentlemen invitent les jeunes dames à se jjromener avec eux. »
Le gouverneur me montra son jardin, dont il semblait iier ; les framboises venaient de nn'n'ir; les fraises de jardin èlaient avancées; les groseilles à grappes rougissaient ; celles à maquereau el les mûres étaient encore vertes ; les betteraves, navets et carottes se trouvaient en boiuies conditions; les choux et choux-lleurs allaient pommer; les épinards cl les radis étaient abondants ; les pois avaient lleuri el poussaient déjà des cosses. Je remaniuai l'absence de pommiers el de cerisiers, (jui ne croissent pas sous celte latitude en Suède ; mais les dahlias, asters, jjetunias, dicentras, (Iclph'iminn (pieds d'alouette), zinnias, lidlos (pâquerettes), ili(jitalis ^digitale), hcspcrh (julienne), cuit'irrhiiuini (nudlierj, les lupins, violettes, oeillets doubles, lulii)es, pivoines, anémones, lys el lilas élaieiil cultivés.
(Ju(»i(|ue nous ni' fussions (|u'au 24 août, les jours diminuaient sensiblement ; à dix heiu'es trente minutes, les ombres du soir étaient sur iKHis et les étoiles scintillaient sur nos tètes. On avait du plaisir à voir la lune après un intervalh; de trois mois. Gluuiue nuitavail été nuageuse depuis que j'avais (]uitté la Norvège, et, vers onze heures, la première aurore boréale de l'aiilomne se moiilra dans les cieux. Quand elle apparaît dans celle lalitude avant miiuiit, c'est regardé comme un signe de vents du nonl el de l'est; el, si elle apparaît ,iprès, comme un signe de venis du siid-esl.