‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 44 sur 147 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les siiisoiis près du cercle Arctique. — Maisons île ferme. — Chambre de réception et cuisine. — Ndiirriture haiiituelle. — Holmsund. — La maison D.. et C''". — Sa prévoyance et sa pliilantropliie. — L'mea. — Réception jiar le gouverneur. — Écoles d'agriculture. - Vn accueil cordial. — Un charmant jardin. — l'ials natil's. - Scène religieuse. — Jolis noms de femmes, — Banques. — Un cas de lièvre typlinide.

Du cercle Arcliiiiie eu se iliri^'eaiit vers le sud, la végtMalion augmente rapidement. Une grande partie de la province de Westerbotteu est couverte de forêts de sapins et de pins, oîi prédominent les premiers ; ils commencent sur les déclivités des montagnes à une hauteur de mille à treize cents pieds, et s'élendeul jus(|u";i la mer, à une distance de cent cinquante milles. Peu à jmmi la contrée devient plus peuplée; de nombreuses scieries convertissent en |)lanclies les immenses troues d'arbres (pie l'on a flottés sur les lacs elles rivières; — l'agricullun' est développée de la plus intelligente manière; les bâtiments des fermes sont grands et bien construits et les maisons d'iiabilation

spacieuses.

J'ai vu ici, à la fin (i'a\ril. d'aveuglantes tempêtes de neige, elj'ai trouvé les ])etits lacs, jji'ès de la mer, tels (pie celui de Stôcksjû, pré.-^ Umea, gelés jusipi'au l.'i mai; iiéanninius, les hommes étaient à la cliarrue.

ixterip:lh dk fhkmh iii

Du 20 au 24 mai, h's formici-s Sdiil occiiprs à somor leur grain; liomnies et femmes sonl aux chauiii-^. Li's las de fumier de l'aunép, qui ont rlr soigneusement consoi'vés, sdiiI r(''|tandus sur le Icrraiii. Lr 28, les premières liirondi'ilt's lircnl li'ur apparition, el, deux jours après, le chant du coucou aiUKinca rapproche de l'été. Dans l'inlérieur, la saison èlail moins avancée; d;ins l;i vallée de Urne, au commencement de juin, il y avait lieaucnup de glace sur le Tafvelsjôn, et des plaques de neige ç;i el l;i, au picil des collin(>s; plus loin, la végélalion était encore plus en relard; m;iis. en élé, el même au nord, j'ai vu (le superbes champs de seigle.

Les hâliments d'une ferme se composent de corps détachés, entourant une sorle de cour; tous sont peints en rouge, quand le maître est riche; mais la maison d'habitation l'est toujours; on peut dire que les jardins d'agrément sont inconnus chez les fermiers.

Dans la chambre de récei)lion. trnne avec une propreté scrupuleuse, le parquet est plus ou moins couvert de tapis faits ;i la maison, et un poêle en porcelaine, rond ou carré, généralement blanc, atteint le plafond à une hauteur d'environ dix pieds. Les chambres à coucher ont des lits confortables dont les malclas el les oreillers sont invariablement renijilis de plumes.

La grande chambre est la cuisine, avec sa cheminée largement ouverte, ijui donne de la lumière le soir, et réjouit autant qu'elle récliaulfe la famille. Ici, cela va de soi, ont lieu la cuisson et la préparation des mets; le mobilier est simple et utile. Le long des murs, on a installé des lits à coulisses en planchi^s unies, servaid de sièges pendant le jour, et que l'on remplit de foin ou de |);iilli' pour la nuit; ces lits [)euvent recevoir deux ou trois dormeurs. Toute la famille couche dans la même chambre, frères et sœurs, domestiijues mâles et femelles; les femmes toujours en chemise, et les hommes vêtus en partie.

Dans cette pièce commune, des perches sont disposées près du plafond el de la cheminée; chaque soir, on y suspend les vêtements et les bas pour les faire sécher. La cave est sous cette chambre; on y descend par une trappe dans le plancher; c'est là que se gardent les pommes de terre, le beurre, le fromage et divers autres articles. La compagnie est reçue fous les jours dans cette pièce; les hommes fument et crachent sur le plancher qui est lavé tous les samedis. (pi;iiiil a lieu le nettoyage

^n hK PAY^^ DL' SOLEIL DE MINUIT

général. On ne se sert pas de nappes, mais la table est toujours tenue très jiropre ; les fourchettes sont inconnues et on mange rarement sur (les assiettes; le pain en lient lieu. Une grande écuelle de pommes de terre est posée an centre de la table et chacun va y puiser; on partage généralement le beurre au préalable, et souvent aussi In viande iiu le poisson; pour boire, chacun se sert également lui-même en buvant à un grand bol en bois contenant du lait aigre, que l'on agite d'abord.

Excepté dans les occasions extraordinaires, on ne change de linge ou de vêtements de dessous qu'une fois par semaine, le samedi soir quand le travail est fini. La plupart du temps, la lessive de la famille n'a lieu qu'une fois tous les trois mois, et son montant est alors énorme.

Un jour d'août, je débarquai à Holmsund, à l'embouchure de la rivière d'Umea. — un de ces nombreux hameaux dont les embarcadères sont encombrés de millions de |iièces de bois prêtes à êtreembanpiées. La meilleure idée que l'on puisse donner de l'extension de ce commerce ici, c'est de dire que la maison D... et G'% de Gôteborg, em])loyait à cette époque de trois à cinq mille personnes dans les scieries, ou à tirer, flotter et embarquer le bois; la maison eut la sagacité de prévoir l'inévitable hausse des prix, et, en conséquence, il y a bien des années, acheta aux fermiers de vastes étendues de forêts qui ne valaient encore que peu. Le jirincipnl associé, herr D..., a fait bàlir une église et une maison d'école pour les ouvriers; il se charge des traitements de recclésiastique et de l'instituteur, et, en réalité, il a créé un village; son monde semble très soigné, et, par leur bonne tenue, tous font honneur à sa philanthropie. Un membre de celte maison de commerce, inspiré par un louable sentiment d'es[nil public, a supporté seul le poids principal de l'expédition de Nordenskiûld , (pii a exigé de li'ês gros déboursés.

A quelques milles i)lus haut est la ville d Umea (lat. 63° 49, N.), inaccessible aux grands navires; c'est une belle petite ville avec une population d'environ 2,500 âmes. Je fus frappé de son extrême propreté, comme, du reste, dans la généralité des villages suédois; ses rues sont un peu étroites et pavées dt> cailloux; toutes les maisons sont en bois, très longues et bien peinles; la plupart ont un étage. Un très beau pont de bois, construit sur des piles de granit, traverse la rivière Umea. au-

ECOLES SUEDOISES D'AGRICULTIKE 173

près de laquelle j'ai compté plus de dix mille liariis de goiidioii attendant leur embarquement. Il y a beaucoup de boutiques; car ces petites villes sont des centres de commerce pour le pays environnaid. Les habitants avaient tous un air de confort et de prospérité; ils étaient vêtus comme des citadins, et l'on voyait clairement que le plus humble même avait reçu de l'éducation. Les liiîures heureuses des nombreux enl'aals sortant de l'école démontraient que leur tâche ne leur avait pas semblé fastidieuse; le grec, le latin, l'allemand, le français, l'anglais, le dessin, la musique, l'astronomie, les mathématiques, etc., sont compris dans le cours des études de l'école supérieure.

On voyait ici des exenqiles de l'amour qu'ont les Suédois pour la musique et le chant, même aussi loin vers le nord. En passant dans les rues, j'entendais le son d'un piano presque dans chaque maison; les enfants s'y exercent pendant ijue leurs aînés jouent. On comptait au moins cent pianos dans la ville, soit un par vingt-cinq habitants, à peu près; certes, beaucou[) n'étaient pas dans le meilleur état ni de première qualité, mais le cas est le même dans tous les petits endroits.

Ma réception par le gouverneur de la province fut aussi cordiale que peu prétentieusi', (juoiipriMKloiiicsIiqin't'ii livrerait dû m'aiinoncer. Des portraits du roi et des deux autres membres de la famille royale ornaient les murs; l'ameublement était simple; point de tapis sur les planchers, mais tout scru|)nlensement propre. Le gouverneur m'invita à dîner le même soir avec une société choisie de gentlemen. Sur la table, décorée avec goût, se prélassait un melon ipi'un steamer avait apporté du sud ; grand luxe, si loin au nord I Le menu se composait d'un magnifique sau ;mon servi entier, de délicieux hii'iif, poulets, capercailzie [gxsxià coq de bruyère noir], pommes de terre, pois et haricots verts, salade, pudding, dessert et vins variés.

Le gouverneur pro|)osa deux toasts, doiil un p(jin moi, amiuelje répondis de nntn mieux. Après le dîner, nous descendîmes à une sorte de piazza, protégée par des vitres, où l'on servit des cigares et du piuich ; une agréable conversation termina la journée; à sept heures, nous nous dîmes adieu, et mon hôte me sup[)lia de, taire une seconde visite à Umea.

Les éc(des d'agriculture comptent parmi les institutions les plus utiles de la Suéde. Vingt-sept île ces htiidllinihs shfih)r sont dis-

Page 1