MACHINES A SÉCHER LE CRAIN
feu, jusqu'à ce que le chou soit devenu tout à l'ait brun. On aime aussi beaucoup le saumon froid, fortement épicé, avec la gelée.
Le temps ci Westerbotten et dans quelques-unes des provinces adjacentes est souvent pluvieux en aulomne, et dans les saisons humides il es! diflicile (le sécher le grain sans qu'il soil moisi. En passant par les fermes, le voyageur remarque une construction très étrange, appelée h(h.ya, qui est en usage dans les provinces d'Angermaniand et de .lemtland. La h;ïssja est par elle-même une curiosité, peu usitée dans les autres parties de la Scandinavie et inconnue en tout autre pays.
Les fermiers s'en servent pour le séchage du grain avant la rentrée définitive de la récolle ei souvent on lui donne une grande taille. Elle est construite en troncs d'arbres placés vei'ticalement dans la terre, séparés à des distances de dix à (piinze pieds et percés de trous par lesquels passent des traverses à des intervalles d'environ deux pieds. La hauteur varie de vingt à trente pieds et quelquefois plus ; la longueur est proportionnée à l'importance de la moisson. Quand la récolte est réunie, les gerbes sont placées dans la luissja, où on les laisse sécher. On les empile en rangées se recouvrant l'une l'autre, et, en cas de pluie, elles ne deviennent pas humides, l'air circulant constamment dans la masse entière. Chaque poteau vertical est soutenu par des armatures formées d'arbres de plus petite laiHe, de sorte que toute la structure est affermie et solide. Quand elle est vide, debout tians le paysage comme un squelette, son apparence singulière excite l'étonnement de l'étranger. On se sert aussi de luïs.sja doubles, construites avec deux rangées de rayons, couvertes d'un toit et renforcées par des traverses. A l'extrémité on édifie une maison dans laquelle le blé est emmagasiné; elles ont de soixante à cent vingt pieds de long. A côté, ou au bout de cette structure, on place souvent la grange où l'on conserve aussi le grain. La manière la plus connue de battre le seigle ou l'orge consiste à les réjtandre sur l'aire planchéiée de la hiissja, où l'on fait passer, tiré par un cheval, un rouleau en bois très lourd qui écrase les tiges. Dans les petites fermes ou bat le blé à l'ancienne mode, c'est-à-dire au fléau.
Ce n'est ([ue rarement et seulement dans les districts peu peuplés, où la bonne terre est rare, que l'on voit une ferme solitaire en Scandinavie. Le peui)le vit, pour la plupart, dans des hameaux sans rues, mais composés d'un bon nombre de fermes un peu distancées l'une de l'autre ;
178 LE PAYS DU SUl.KlL DK MINLIT
les fciinioi's soiil à nir-iiic d'avoir do frn|iieiils rapporls, de si' ivuiiir ])oiir d iiiiiocenles récivalions, é<!;ayoi' Iciii' oxisleiice. récliaiilTer leurs cœurs et les rendre plus rharilahles. Leurs lial)ilud(^s deviennent ainsi moins moroses.
Pendant mes voyages dans TOuesl, et même dans des parties des États de l'Est, en Amérique, j'ai souvent éprouvé un sentiment de tristesse en voyant les fermes tellement éloignéi's les nues des autres, qu'il y a des saisons de l'année où li'S habitants demeurent absolument livrés à eux-mêmes pendant des mois entiers. La solitude dérange souvent l'esprit et conduit à la folie. L'homme exige une certaine sonuue de rapports sociaux, de travail ou d'exercice, mêlés de récréation, pour être en parfaite santé; tout: excès, d'un genre ou d'un autre, lui devient nuisible avec le leni|»s, cl loi ou lard il porte la peine d'une \iolalion lies lois de la nalure.
Ces gens sont heureux de trouver l'occasion d'une fredaine. Quand j'arrivais dans une ferme, parl'ois le fermier m'accueillait avec ces mots: c< Paul, vous êtes venu à temjjs; je vais construire demain une hassja et tous les voisins viendront m'aider; voulez-vous être aussi de la partie? Nous aurons ensuite tnie kalas (fêle).» Naliircllcmenl je consentais. Au jour lixé nous élinns à l'u'Uvre.On mellail sin' lerre de grosses cordes, et, après un rinle Ir.ivail de trois heures, la luissja était debout. Alors on nous invitait à entrer dans la maison, où un coi)ieux repas avait été préparé par la ferniiére, (pu nous souhaitait la bienvenue. Conuue apéritif on prenait un verre de branvin, (>t ni la bière ni le café ne manquaient, peu à |>eu les feianiers devenaient plus aiiinn''S et plus sociables, et tous étaient jiiyeux et contents.
Le samedi après midi beaucoup de fermiers s'habillent de leur mieux et se rendent à la vill(> pour acheter des [irovisions; ils n'omettent pas d'y ajouter une bouteille de branvin pour traiter leursamis et eux-mêmes pendant la semaine.
Dans un hameau où je m'arrêtai, arriva un Colporteur avec son chariot de marchandises; il devait y rester trois ou quatre jours. Il prit ses quartiers dans une des fermes, étala ses articles dans une des chambres et se tint prêt pour les affaires. C'était, en outre, un piétiste,ou prêcheur sentimental, qui partout où il allait tenait des meetings, exhortait le monde et priait. J'allai l'entendre et je trouvai parmi ses auditeurs des