DINER CHEZ LE GOUVERNEUR
se trouver plusieurs l'oncliuiniaires de la ville. Tous les convives s"exi)rimèrent en anglais, à l'exception des plus vieux qui parlèrent français. Maintenant l'anglais et l'allemand soûl généralement employés, résultat de l'accroissement du commerce avec ces deux pays. Le joli parloir dans leijuel je fus reçu était un modèle de proiirclé, et les fleurs dont on l'avait orné réjouissaient les yeux.
Dés que je fus arrivé, on servit le thé; après quoi, les convives se versèrent eux-mêmes un verre de toddy, c'est-à-dii'e un grog. Puis vint le souper. L'iiùle pril uioii luas et me conduisit dans la salle à manger, où présidait son excellente femme. Le gouverneur, tenant un verre de vin, observa la coutume qui veut que Ton incline la tète pendant que l'on prononce une bénédiction silencieuse et que l'on souhaite (( la bienvenue à table » ; ensuite il proposa un toast en mon honneur, disant que tous étaient heureux de ma visite en Norvège et à Molde ; qu'ils espéraient (pie je verrais le pays à l'oiid, que j'y demeurerais longtemi)S, afin de pouvoir travailler au bien de l'humanité et dans l'intérêt de la science. Quand ce petit discours flatteur eut été terminé, chaque convive me salua, et, lorsque je vis le souper tii'cr à sa fin, je proi)Osai, selon Ihabitude, c'est l'agréable devoir tl'un invité, la santé de la femme du gouverneur; après quoi, tous inclinèrent silencieusement la tête en signe de remerciement au Tout-Puissant; i>uis ils se levèrent, fra|)pèrent des mains, se saluèrent l'éciproquement, et rendirent grâce à l'hôte et à l'hôtesse.
Dans un coin du parloir s'étalait une collection d'immenses pipes d'écume. On apporta du tabac, et tous, excepté moi, se mirent à fumer; ils parurent étonnés quand je leur dis que je ne fumais pas. Plusieurs carafes de vin et d'eau-de-vie et une bouillotte d'eau chaude étaient sur la table; ciiacuu se fit un grog, et notre amicale causerie dura jusqu'à minuit.
Le lendemain, le gouverneur visita les écoles avec moi et me dit : « Quoique notre pays soit pauvre, nous aimons à dépenser de l'argent pour l'éducation! » 11 prit plaisir à me fure expli(inei' tout par le principal et les pnifes^enrs. .l'étais heureux de voir le sentiment viril qu'il déployait. 11 ne venait pas avec cette démarche hautaine et dédaigneuse si souvent adoptée par les fonctionnaires sur le continent; on le reçut avec politesse, mais non obsé(jnieusement.
Dans celle niddosle ville, on enseignait riiébreu, lojjivc, le lalin, lifrançais, l'allemand ol Taiiglais. Plusieurs élèves Uuenl ilevaiil nini de l'anglais, qu'ils traduisireni ensuite en français. Les garçuns el les filles reçoivent l'inslruclion en commun dans la même salle.
.l'étais arrivé à Molde avec queltiues dollars seulement, et nalurellemeni, je dus penser à me procurer des fonds. Conimenl faire? Le seul moyen élail de lélégraphierà Christiania; mais je n'avais pas encore visite cette ville, je ne connaissais aucun des banipiiers el je ne savais comment établir mon identité; j'envoyai donc un télégramme ainsi rédigé à mess. Heflye : « Je suis sans argent, mais j'ai une lettre de crédit sur vous. Pouvez-vous télégraphier ici à quehpi'un de m'en remettre?» .le fus rassuré lorsque je reçus presque aussitôt de cette maison ces quelques mots: «M'..., gentleman à Molde, vous versera le mou la ni dont vous avez besoin. » Peu après l'arrivée de ce message, le gentleman en (piestion vint me voir et me dit qu'il avait reçu un télégramme de mess. Heflye, mais qu'il lui fallait un jour ou deux pour réunir l'argent dont j'avais besoin; puis il s'informa poliment de la somme que je désirais. Il avait reçu ordre de me donner tout ce que je lui demanderais: ne sachant pas quelle somme je voudrais loucher, il iu'ex|ili(pia ipu' Molde étant nue petite place, n'avait point de liampie.ct (|ue,par conséquent, il serait obligé d'aller chez plusieurs personnes pour réunir le montant s'il était fort. « Je n'ai besoin que d'une petite somme, lui dis-je, pour me rendre à Christiania. — En ce cas, reprit-il, grandement soulagé, je puis vous remettre (piehjues centaines île dollars tout de suite! » Celui-là seul (pii s'est trouvé dans la même position (pie moi peul apprécier avec (pielle satisfaclion j'encaissai cet arifent.
De Molde, le touriste ou le piéton (|ui aime la nature verra s'ouvrir devant lui un champ d'exploration si vaste et si beau, qu'il saura à peine par où commencer ses pérégrinations.
Vers le nord, c'est une côte sauvage avec des coidours rnapniliipics, où le soleil de minuit est visilile, cl on la navigation, [laiini des niilliers d'îles, oflVe un panorama ipii clianLic conslanimenl. Il \ a aussi la grande roule pour liergeu, i)assant à travers un i)aysage grandiose, (pii rivalise à divers égards avec celui de laUonisdalen. Sur celle roule, il faut traverser des fiords, et les vues alternantes de la mer et des montagnes sont saisissantes. On jieul choisir encore une grande roule parla Rumsdalen,
DE MOLDE A BEHGEN 227
que j'ai tlrjà décrite, conduisant soil à Clu'istiania, Troudlijem ou Rôraas, et, de là, en Suède. Un autre chemin, qui, après avoir quitté Molde, suit le bord du fiord Fanne, traverse deux branches du fiord Christiansund. On rencontre, de plus, de nombreux sentiers où l'on peut aller à cheval ou à pied, divergeant des grands chemins ou îles fiords, et suivant les sinuosités des montagnes vers les glaciers, offrant au botaniste,au chasseur, au pécheur et à l'admirateur des scènes les plus sauvages, une suite de vues toujours nouvelles.