BERGEN : SON POUT ET SES PÉCHEURS
une liante cliaine de collines nues et grises, sur les déclivités desquelles est construite en anipliilliéàtre une partie de la ville; le port est étroit; .il forme une sorte de canal ayant des magasins de chaque côté, dont ceux de gauche ont été construits par j;i ligne hanséatique et sont des types frappants de l'architecture de cette période. Un récif de haute taille, couronné par le château de Bergenhus, sépare une partie de la ville par une autre baie étroite. Au printemps, le port a beaucoup d'animation, lorsque des centaines de petites embarcations reviennent de la pèche. On exporte tous les ans d'immenses quantités de morue sèche,
Vente du iwisson.
d'huile de foie de morue, et des centaines de mille de barils de harengs marines. La ville semble être nichée dans un creux. Un petit lac, à quelques centaines de pieds au-dessus du niveau de la mer et à quelques milles de distance, fournit l'eau ])olable à la ville.
Bergen, 60° 24', latitude, est, en importance, la seconde ville de la Norvège — Christiania est la première — et a une population d'à peu prés 38,000 habitants. Elle fut fondée eu 10G9 ou 1070, par le roi Olaf-Kyrre.
On dit que la ville, avec ses envii-ons, est l'endroit le plus pluvieux de la cote norvégienne; c'est beaucoup dire, mais elle le mérite bien. La somme de pluie qui tombe est grande : la moyenne des jours phivieux dans une année est de 134, des jours neigeux de 26, et le total de
la pluie et de la neige foniliic monle annuellement à environ 72 pouces. Le climat est très doux; la température moyenne pendant le mois de janvier reste un peu au-dessus du point de glace; en février, une fraction de degré au-dessous; en mars, elle monte de 34° au-dessus; en avril, 4o°; en mai, 48°; en juin, 55°; en juillet, 58°; en août, 57° et demi; en septembre, 53°; en octobre, 45°; en novembre, 37° et demi; en décembre, 36°. En juillet, le mercure s'élève jusqu'à 85°. Le nombre des jours brumeux est d'environ 40. La température moyenne de l'année est de 43°, l'une des plus élevées de la péninsule Scandinave.
La ville est très animée et prospère, et, bien cpie presque toutes ses rues soient étroites cl encombrées, elle est pleine d'intérêt pour le visiteur.
Le jour du marché au poisson est une curiosité à laquelle il ne faut pas manquer d'assister. Dés le matin, jikis de cent cinquante bateaux ])èclicurs viennent s'amarrer le long du quai. Beaucoup vendent leurs chargements i)ar bateaux, d'autres conservent le poisson vivant, soit dans des réservoirs soit dans des seaux. Certains bateaux étaient remplis d'éperlans, que l'on nomme ici brhUni/; mais le plus grand commerce est celui des morues; il y en a qui pèsent cent cinquante livres et souvent davantage ; on les découpe en morceaux pour la vente. Les carrelets et aiglefins abondent et se vendent à très bon compte; les pauvres gens vivent surtout de poisson.
Les pêcheurs, assis dans leurs bateaux avec leurs femmes et leurs enfants, offrent leur poisson à la vente et regardent avec des yeux avides les consommateurs qui viennent acheter au meilleur marché possible, ])articulièrement quand le poisson est abondant. Une chose des plus amusantes, c'est de voir les femmes se pencher sur la balustrade pour mieux regarder le jjoisson dans les bateaux; la plupart ont des robes courtes et font voir leurs jambes de manière à enchanter l'amateur de mollets fins et bien faits. Servantes et paysans se bousculent sans considération. Beaucoup de consommateurs s'en retournent chargés d'une morue; la mère et le fils en portent une énorme ù eux deux, ou bien un homme solide ploie sous la cliarge d'un jioisson plus grand (pie lui. La foule est amusante; les paysans et les i)aysannes en costumes bariolés se promènent gaiement dans les rues de Bergen.
L'une des choses (]ui frappent le plus agréablement l'étranger en
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Scaiulinavie, c'est le noml)ro d'eufaiils qui vont à l'école et Bergen n'y fait pas exception. Toute la jeune population s'y rend chaque matin; les jours de pluie les filles portent un manteau imperméable ; les écoliers ont sur l'épaule une petite gibecière contenant leurs livres, et marchent droit, la poiti'ine en dehors. La idus ancienne maison d'école, fondée en 1738, est en pierres. L'instruction s'y donne gratuitement, et les garçons, même ceux de la classe la plus pauvre, sont propres et bien tenus. Dans une autre partie de la ville, se trouve une école plus grande et plus moderne pour l'instruction gratuite des garçons; elle a un gymnase où ils se livrent aux exercices athlétiques et militaires. L'étage supérieur est destiné aux classes de garçons et de filles. Les heures d'école sont de neuf heures à midi, et de trois à cinq. Dans quelques classes, les élèves des deux sexes apprennent ensemble, et chaque écolier a un pupitre séparé. Je remarquai avec plaisir [)lusieurs institutrices. Dans l'une des salles oii il n'y a que des garçons, l'un deux, possédant une belle voix, fut invité par le surintendant à diriger le chant. Ils entonnèrent pendant prés de vingt minutes des ballades norvégiennes, suédoises et danoises.
L'école industrielle libre, où l'on enseigne à des filles pauvres les arts de l'industrie féminine, est une des institutions les plus recommandables. C'est un établissement dont Bergen peut être fière et que chaque ville devrait posséder. J'entrai dans une vaste chambre où la principale, dame âgée à l'aspect bienveillant, me reçut très poliment. Sur une grande table, des bouquets de ileurs donnaient une ap[)arence de gaieté à la salle, et devaient inspirer aux élèves le goût du beau. Disséminés parmi les fleurs, on apercevait quelques jolis ouvrages confectionnés par les jeunes filles pour des personnes qui devaient les leur payer. L'âge des élèves s'échelonnait de sept à seize ans. Toutes travaillaient par groupes ou classes, selon leurs progrès, faisant des robes et des chemises, ourlant, cousant, tricotant, raccommodant et reprisant, sous la surveillance de maîtresses conq)étentes et attentives. C'était un spectacle fort intéressant, car ces pauvres filles apprennent ainsi à se rendre utiles. Elles faisaieni preuve d'une adresse éloiuianlc dans le raccommodage de nappes, où Ton pouvait à peine distinguer la place qui avait été réparée. Les enfants plus jeunes étaient occupées à un travail plus simple dans une clinnibre à eux consacrée, oi'i elles apprenaient la coulure.
Celle école renfermait, lors de ma visite, plus de 500 élèves qui siiiviiieul les classes de neuf heures à midi, cl de ileux à cinq. Onconsacrnil trois heures h rétude, et trois heures aux travaux d'aiguille, etc. Les filles reçoivent ici une honne éducation rndimentaire, et, en même temps, elles appieimenl à prendre soin d'elles-mêmes el de leurs familles. Les bonnes gens de Bergen honorent grandement, cl avec raison, la surinlendante, ainsi que les maîtresses de celte école pratique si bien administrée. Avant que je quittasse rinstiluliini, la principale m'offrit, comme souvenir, deux paires de bons bas de laini' tricotés par les élèves. Je
RpgarUaiit le poisson.
voulus les payer, mais elle refusa et je ne pus lui faire accepter que mes
remerciements. Peut-être la bonne dame apprendra-t-elle avec plaisir
si elle l'apprend — que, l'année suivante, ces bas m'ont aidé à tenir mes pieds chauds dans mes souliers lapons, pendant qu'au cœur de l'hiver, je traversais le pays sur les régions montagneuses entre le golfe de Bothnie el le cap Nord.
Dans réc(de de la cathédrale, où l'on prépaie les garçons pour l'université de Christiania, l'inslitution est parliellement sous la surveillance du recteur, qui, à celte époque, était meml)re du Slorlhiiig. L'école a une bibliotlièque contenant des livres précieux.
La Domkirke (calliédrale) est un ancien édifice de forme bizarre,