UN BUFFET MODÈLE
Incs, (lu roast-beef, de rtigneaii, du poulet, de la soupe, des pommes de terre et autres légumes frais; différentes sortes de pain; des puddings, des gelées, du lait doux, de la crème, du beurre, du fromage, et l'immanquable lait de beurre, que beaucoup de personnes mangent d'aliord, même avant la soupe. Les aliments étaient cuits à point. Des piles d'assiettes chaudes, avec des couteaux, des fourchettes et des serviettes se trouvaient à portée du voyageur. L'aspect de cette salle était engageant, gai et appétissant ; on aurait pu croire qu'un banquet avait été apprêté pour la réception d'une société particulière. Le télégraphe avait annoncé aux pourvoyeurs le moment exact de notre arrivée, et, comme les trains sont ponctuels, à moins d'être retardés par de soudaines tempêtes de neige ou des accidents, tout était piêl i)our nous. J'observai avec beaucoup d'intérêt les manières des voyageurs : point de confusion ; on faisait le tour de la table centrale, chacun choisissait le plat qu'il préférait et, après avoir pris des couteaux, des fourchettes, des cuillers et des serviettes, on s'asseyait à de petites tables de marbre espacées dans la salle. On se servait soi-même quand on voulait quelque chose. Je remarquai particulièrement la modération de chacun ; la portion d'aliments pour une personne ne dépassait pas celle que l'on aurait servie à une table privée; chaque voyageur semblait se dire que son voisin aussi pouvait avoir envie du plat qu'il avait choisi. La vente des spiritueux étant défendue par le gouvernement dans les stations de chemins de fer, on ne pouvait se procurer que de la bière ou des vins légers, que servaient des jeunes filles alertes et avenantes. Les voyageurs prenaient eux-mêmes du café à une grande urne posée sur la table ; on pouvait avoir du lait sans augmentation de prix.
Le dîner terminé et la période de vingt minutes étant expirée, nous passâmes à la caisse pour })ayer notre écol, que recevaient les jeunes filles. Le i)rix demandé pour cet excellent repas était, y compris le café, de un rix-dollar et 25 ôre '; il est maintenant de 5 rix-dollar et 50 cire. On avait ajouté au total la modique somme de 25 ôre, pour la bouteille de bière. Le compte donné par chaque voyageur
1. Le rix-dollar s'aiipcllc iiiaiutPiiaut kruiia; il est divisé en lOU cire, el équivaut il 26 cents américains, ou I fr. 30 c.
pour la quantité de viu, bière ou café qu'il avait consommée, clail accepté sans observation, et personne ne se tenait à la i)oile pour surveiller ceux (pii sortaient. Eu quittant la salle à manger, je me sentais plus que jamais enchanté de la politesse inépuisable de ce peuple.
La scène était devenue de plus en plus belle, même avant d'avoir atteint Kalrineholm, le railvvay côtoyant un lac éiidit el pittoresque, bien boisé de pins, de sapins, de bouleaux et de chênes dont les branches s'étendant au loin donnaient un caractère particulier au paysage. En approchant de S|)arholm, le spectacle devenait plus beau encore : champs superbes, bocages, forêts, lacs et rivières passaient rapidement devant nous et formaient un panorama charmant. A six heures, nous atteignîmes Stockholm, et je ne tardai pas à m'étalilir confortablement à l'hôtel Rydberg, sur le S(|uare Gustave-Adolphe, d'où j'avais la vue complète du palais royal et de la plus jolie partie de la ville.
Le lendemain matin, surpris de voir le domestique poser une note sur ma table, j'en tirai la conclusion naturelle que l'on s'attendait à ce que je payasse tous les jours, et, en conséciuence, je lui tendis la somme nécessaire pour faire face à celte obligation ; mais, tout en s'excusant avec politesse, il refusa de recevoir l'argent et m'expli(|ua que l'on avait l'habitude de présenter chaque jour sa note à tout hôte avec un mémorandum du montant de la précédente journée, f ii de corriger immédiatement les erreurs s'il s'en trouvait. Les maîtres d'hôtel des autres pays de l'Europe feraient bieu d'imiter cette coutume, qui est avantageuse pour tous. C'est une honnête mesure, et elle a servi à fortifier encore davantage ma bonne opinion de ce peuple.