UNE BOURRASQUE
revenir. Lnrs Daiiiolson était le parfait siiécimeii ilu lionde norvégien.
Le lendemain, le temps, ([ui avait été beau toute la matinée, devint menaçant dans l'après-midi; de lourds nuages noirs planaient sur les montagnes. Mais mon bateau était prêt, et les deux bateliers m'atlendaienl; en dépil du ciel, qui devenait bas, et malgré l'avis du juge, je partis, alin de revenir à temps pour le steamer; car je tenais à voir la Vôring-foss, Tune des [dus belles chutes d'eau de la Norvège. Au crépuscule, les montagnes qui s'élevaient au-dessus de l'Osse-fiord paraissaient grandioses et fantastiques; leurs cimes étaient alors couvertes de neige. La fin de ce petit fiord avait un aspect particulièrement lugubre, car l'obscurité, qui ne tarda pas à nous envelopper, jetait ses ombres sur lesi)ics, les ravines elles rocliers. Le venl, i|ui augmentait de moment en moment, présageait une tempête; quelques gouttes d'eau tombèrent d'abdrd et furent suivies d'une pluie battante, accompagnée d'un vent violent; la mer, courte et coupante, secouait notre bateau comme une coquille de noix. J'eus, assez à faire de vider l'eau (pii nous prenait par le travers; nous étions évidemment au milieu d'une grande bourrasque. De lemjis en temps, nous poussions vers un endroit abrité ; mais rafale après rafale venait nous secouer, et nous avions besoin d'enqtloyer tontes nos forces pour y résister. Quand nous entrâmes dans le liord Eid, le vent soufllail avec tant de furie que nous pouvions à peine lui tenir tète; les vagues, en se brisant, réiiandaient des milliers d'étincelles, car l'eau était extrêmement phosphorescente; la i)luie me parut très froide, et je ne m'en étonnai pas, attendu qu'il neigeait à mille pieds au-dessus de nous. La nuit devint excessivement obscure. Rien n'est plus décevant que la distance des montagnes pendant la nuit; mes hommes eux-mêmes, avec toute leur connaissance du fiord, avancèrent deux ou trois fois tout près des rochers, et nes'aiterçurenlde leur méprise (jue par le choc des rames sur le bord. Nous pouvions entendre, mais non voir les chutes d'eau, excepté là où elles tombaient des falaises dans la mer; alors elles apportaient à la surface une grande étendue de celle même lueur pliospliorescente. Vers minuit, le temps changea, le venl tomba et la tenq)êle cessa. Nous fîmes force de rames, et soudain un spectacle merveilleux apparut devant nous : l'eau du fiord semblait fiamboyer ; je n'avais jamais vu sous les tropiques ni sur les navires pendant les veilles un éclat
aussi brillant; on aurait dit que la Voie lactée était descendue sur la mer; nous semblions flotter au milieu d'innombrables étoiles vacillantes. Ce magnifique spectacle était causé par le contact des eaux de la rivière Erdal avec celles du linid.
Quand nous approcliàmes de l'extrémité du (innl, je remanpiai des lumières sur le rivaj^e; l'une disparut d'abord, puis i'aidre; bientôt après une l'enèlrc, éclairée s'éteignit; ceci me prouva (pi'en cet endroit cliacun éiait allé se livrer au repos. Nous abordâmes à Vik, et, peu d'instants après, nous étions admis dans l'auberge. Il n'y avait là que quelques fermes, dont les plus importantes sont celles de Nesheim, Legcreid et Hereid ; les terrasses me firent l'ell'cl d'èlre l'orl Imules, mais les fermiers n'avaient pas l'aii' iTèlie prospères, ni d'avoir déniaisons proprement tenues. A nu mille environ de Vik, on arrive au lac Eid-liord, nappe d'eau d'un vert foncé de trois milles de long, aux extréniilés de laquelle sont situées deux fermes. Un sentier de monlagne conduit à la Vnring-foss, et, après (|ne l'on a traversé un poni, le sentier passe sur la rive droite du coin'anL Nous ne reiicdnir.'irni's sur iidliv clu'inin (|iie deux ]iauvres fermes, Thveit et Haabi»; (|uel(pies morceaux dr terre entre les rochers fournissent une maigre récolle de |)iinimes de terre et d'orge. Tout le monde était affairé, car on avait tué [las mal de moulons, et l'on s'occupait à en sécher la viande alin de la conserver pour la mangi'r pendani l'hiver. A nue diurle distance, nous vîmes les restes d'un seidier rapide en zigzag, condiiis;uil au sommel du plaleaii, d'où l'on a lavue delà Vuring-i'oss, de la ferme deMaursetet des <i saeters ». A|)rès avoir franchi deux ponts, nous moidàmes par une nouvelle roule conslruile siu' les débi'is tombés des monlagnes, aux frais de la Sociélé des lonrisies (Tiirisi-fnveininf/); les membi'es de celte associalimi (ud (luveii i\<''^ n)Ules el des sentiers sur des iininls iiis{pie-là inacci'ssibles, et iiàli {\v<. ;diris pour les Vdvageiu's ; ils pidilienl liiiis les ans lui jiMUiial très estimé. Sm- le chemin, un voii la lellre T, avec la date de 1870, creusée diois le roc. fiis.inl cnnnailre l'éitoipieoù la ronle;! (''té terminée par la S(tciélé. (le sentier a environ six |)ieds d(î largeur; il va ins(pi'au biinl de 1,1 vallée, el an pied de l;i Vuring-foss. De là, on dlilienl mainlenaiil une belle vue de la cliiile d'ean. ipi'anlrelois (in ne pdiivail apercc- Vdir ipie des hauleni's du dessus, l'arldul on renconlre ties traces de l'aclion sih'ncieuse des glaciers. La première chiile se jelle par-dessus
r,a Skjaeggedal oiiJiiiisciJnl.
LES PLUS BEAUX FIOliDS DE LA NOHYEliE 311
le mur sur la rive droite du courant, voltigeant çk et là, comme la pousse le vent, et pareille à un giganlescpie voile de mariée.
Le bruit retentissant de la grande chute devenait de plus en plus fort à mesure que nous avancions, et, fpiand nous eûmes traversé un pont, nous nous irouvàmesau pied de la Vnring-foss. Sa masse d'eau principale lonilic perpendiculairement d'une liaMlcnr de 700 pieds, en une colonne compacte; après avoir passé par trois canaux rocheux avec une force elïrayante, trois colonnes d'eau bondissent, sans toucher le rocher, avec une inégale rapidité. Le grand courant d'air occasionné par la chute, force fembrua à se soulever en courbes, et, selon sa violence, à remonter jiis(pi';i une hauleur de 2,000 pieds. La masse d'eau de la Vôringfoss est plus considérable que celle de la Rjukaml, de la Mork-foss, ou de la Skjaeggedal-foss. De l'autre côté de la Voring, une cascade beaucoup plus haute, la Fosseli, descend dans la vallée, d'une hauteur de 2000 pieds.
LE FIOUD SOU
Cette nai)i)e d'eau, d'environ 2.'3 milles île long et variant en largeur de mille à quelques cents yards, est incontestablement le fiord le plus charmant de la Norvège ; car je doute fpi'aucuu autre l'égale en beauté. 11 court à peu prés du nord au sud, séparé par une chaîne de montagnes couronnée par les champs de neige et les glaciers du Folgefonn, et du sommet lachule d'eau plonge en bas de 2,000 à 3,000 pieds.
J'avais changé de bateau et d'é(piipage à Utne, riche hameau sur le fiord, et, comme le vent était léger, j'eus amplement le temps de jouir de la magnificence du panorama, en contenant le zèle de mes bateliers, paresseusement couchés sur leurs bancs, et peu pressés de reprendre leurs rames pour nous éloigner lestement.
Huit rives étaient en vue : celles du fiord Eid, le fiord Siir, le Kinservik, un fiord |)rofonil cnnime une baie, et l'Ulne. Après que l'on est entré dans le fiord Sor, les promontoirs se succèdent en foule. Je comptai huit éperons d'un côté, et quatre de l'autre; en même temps, leurs contours changeaient sans cesse à mesure que nous avancions. Le grand glacier du Folgefonn dominait ce paysage automnal et semblait souvent arriver jusqu'au lionl ilc la numlagne et |irés de tomber en pièces dans le précipice. La montagne descend brusquement dans la mer de toute sa
ai2 LE PAYS UC SOLEIL DE MINL'IT
liaiilour (le 5,000 pieds. Une suite de cônes (nuls) élevés : Solniil , 4,0:jO pieds; Torsniit, 5,060 pieds; Venamit; Langgrunut, et le reste de la chaîne , forment le mur (|iii soutient le plateau vers l'est. A l'orient du liord, la plus récente couche de (inarlz lileu et de schiste argileux repose sur le giviiiil primitif du gneiss. De grand matin, lont se rélléchissait dans les eau.v tranquilles du fiord, de la manière la plus parfaite; glaciers, montagnes, ruisseaux, taches de neige, arhres, fermes, et même les jikis [)elits rochers; en regardant l'eau, nous étions portés à croire cjue nous voyagions sur tei're.
Au delà d'Ullensvaug, (ui voit le glacier jjIus distinctement, et souvent les déclivités de la montagne de glace deviennent plus ahrnpies et approchent davantage de l'eau. A la fei'me de Hofland, les champs s'étendenl jusqu'à l'extrémité du promontoire, et une belle cascade descend de roc en roc. A Fresvik, les montagnes forment un demi-cercle, avec plnsieiu's chules d'eau sur le Ixu'd ocrideiilal, el doiiiieni une belle vue du glaciei-. En approchant de Tyssedal, la monlagiie (pii su|)|)orte le glacier présenlail des falaises pres(pie |ierpeiiilicnLiiri's, de coulein' noire et grise; les unes étaient unies et comme polies, les antres rugueuses et déchirées. La rivière de Tyssedal se jette dans le fiord, qui bientôt se rétrécit de [ilus en plus; les montagnes paraissent lugubres et les terrasses devieiuienl très distinctes. Le hameau de Odde est à rextrémité du llonl; mais, sur le bord oriental, à quatre milles environ de Odde, prés la rive droite de la rivière, un sentier dillicile conduit au lac Ringedal, sur le bord duquel tombe la plus belle chute d'eau de la Norvège, la Skjaeggedal-foss.
La l'oule passe d'abord |»ar luie foivl de sapins; la, Tyssedal précipilail sa course, en se lirisaiil violeninienl coiilre li'S blocs (pii obsiriieni son liL l'Ji ini eiidroil. le coiiranl loinaiail auloui' d'un ilol rocheux el le couvrait si faiblement, (pu' l'elfe! protluit ressemblait à celui de myriailes de particules de glace élincelant au soleil; de chaque côté, l'eau coulait furieuse, et ses nuages d'eudiruu llottaient au souille de l'air. Dans les places où il n'y avait |ioinl d'niidire la clialeur était inleuse, car nous étions en juillet, et les rochers mis rellèlaii'ul les rayons du soleil.
A mesinc ipie nous avancions, le sentier devenail plus dillii-ili'; nous avions à traverser des masses de rochers, des blocs erraliipies et quelquefois des dômes de gneiss unis et arrondis, tellement en talus,
YAr.LEK DE TYSSEDAL 313
que le chemin en devenait dangereux; iieureusenient la partie la plus rude et la plus dure du rocher avait résisté à la décomposition, et sa surface rugueuse nous empêchait de glisser; en deux ou trois places on avait ahalfu des arbres que l'dii avait solidifiés aux endroits où l'inclinaison élail le plus ra|ùde; car, si le voyageur perdait son pdini d'appui, il rdulerail inévitablement dans l'abîme, oi'i il tniuverait une mort certaine.
Plus nous montions, plus la vue devenait belle de l'autre côté dutlord; la cindeur de la mer, d'un vert opatiue, contrastait avec la rivière écumante; parfois nous avions une éclaircie sur l'immense plateau di' neige el de glace du Folgefonn. Jamais, pendant mes voyages en Norvège, je ne vis groupés ensemble des effets a(piati([ues aussi superbes. Ici, la rivière coulait en masse solide, unie, profonde, el claire comme un cristal; plus bas, elle frajipail contre un rocher, ou se prèci]iitait par une étroite ouverture et iumbail dans un étang comme une masse blanche, ècumeuse, furieuse; parfois, à travers l'écinue, l'eau apparaissait sous la couleur verdàlre de la tourmaline: là (n'i eih' était linilnnile, elle se UKUiirait d'un bleu foncé; birsipTelle avait |ien de Idiid, on aurait dit que ses cailloux étaient d'argent. Sans doute elle devait eu grande partie cette beauté à la longue période de sécheresse de cette année, à son lit rocheux, et à l'extrême pureté de l'eau du lac Ringedal.
Quand nous eûmes atteint le plus haut |ioinl. iidus descendîmes par une suite régulière de degrés, le sentier hnrdint un |uéci|iice île plusieurs centaines de pieds; au bout de deux heures et demie, nous arrivâmes à la Tyssedal. La petite vallée était pittoresipie sous les rayons du soleil de juillet; mais elle doit être fort triste en hiver, (piaml les vents qui viennent des montagnes rugissent sur le lac et les termes. Nous passâmes devant une magnifî(iue cascade, (pii, à un angle d"eiiviii>n3o° tombe d'une hauteur de plusieurs centaines de jiieds, puis nous traversâmes deux petits ponts sur le déversoir du Ringedals-vand.
Comme j'approchais du bord, je fus frappé par l'apparence particulière de l'eau, qui était d'une couleur bleu acier tout près du bord, et bleu foncé, (pielques pieds plus avant. Parmi les centaini's de lacs de la Norvège, je n'en avais jamais vu a|)pnicliant d'iui tel bleu, presque niiir; la ]ilus bleue des mers tropicales ne peut se comparer avec la
;jU h pays 1)1' SOLKIL UK Ml.MlT
conlour do oo l;n-. i^as plus que los l;u's dos Alpes suissos. Dans un bassin do granit il doniouro à I.SIO jiiods au-dossus do la mor, mais jo n'ai pas ou los nioyons de consl:ilor de combien de pieds il es! an-dessus.
PondanI que nous voiinions, la Tyssodal-foss so présenta inopinêmonl à noire vue; ses deux branches formant un triangle s'unissaient on bas on une masse d'oounïo, apri'S une cliule de J .600 pieds, donnant naissance à des nuages ilendinm; l'eau odiappail ensuite au n'gard, car elle pass;iit par un canal courbe dans »m précipice pour former une seconde chute haute de îiOO pieds: à ce point, le granit s'élève jusqu'à 2,;î00 pieds, et sur lui s'appuie une couche de schiste argileux èp.iissede 720 pieds, sur laquelle l'eau so jette.
J'avais à peine cessé do métonnor do ce spectacle et nous avancions toujours, lorsque j'entendis le rugissement d'un torrent, et. au môme instant le Skjaeggedal. appelé aussi Ringedal ^nom que nous adopterons ;\ cause de .s;t prononciation plus focileK s'offrit à nous, plongeant dans l'abîme au-dessous en faisant un sau! de 800 pieds. Immédiatement après, il frappe contre une s;iillie de rochers, et ivbondil en milliers »le fragments d'écume d'inie blancheur éblouissante. La masse furieuse, dans s;» course vers l'abime. se jette contre un auliv ivcif. et forme un nuage d'écume et d'embrun encorv plus épais. L'eau se pivcipile avec tant de vélocité, qu'elle crée un puissant courant d'air qui fait que l'omlu-un juvnd des centaines de formes |»Ihs fantastiques les unes que les a«»tn>s. A un moment, elle est entortillée dans une colonne en spirale. — tR»mbo doau. — so pliant et so repliant sur elle-même, bondissant en avant, ïvculanl. montant, puis descendant, redescendant encore, se brisant, pivnant de nouvelles formes el des transformations indescriptibles: puis soudain, elle est pou.ssée eu bas avec une grande force; elle tlonne contn> un troisième récif el disparait dans une brume compacio ol impénétrable, qui c:iche la partie inférieure do la chute. Cet immense nuage blanc, conslanunont nMuiuvelé des hauteurs, descend en écumani par une gorgi» étroite dans le su|terbo cours d'eau cristallin, qui. après avoir coulé pendant deux cents yards, forme une seconde chute d'environ 50 pieds, il'où l'embrun, montant jusqu'au sommet des collines. api^UMit comme une luiuco vapeur notlani dans l'air.
J'avais vu dos oenlaines de grandes el des milliers de jHHiles chutes
IJ; LnilK DES VOYAGIOL'HS .'H.')
cil Norvègf; Ijoriiicoiij) ùliiiciil plus liaiilcs, ni.'iis nnriiiic ne m'a iiii|irossioimo par sa bcniilé comme la Hiiigcdal ; je l'ai icj,'ar(lt''(^ pciidanl des lieui'cs cnllèros, et toiijoiiis de nouvelles coiiihinaisons cl des l'oiiiies él(»iiiiaiiles se prodiiisaieiil d'eiles-iiièiiies.
Quand je revins à la ferme, on me piésenla le livre des voyaf^enis. Qiiehpies anglais y avaieril inscrit leins noms. Deux gentlemen de Boston étaient venus ici, ainsi ((ue trois dames améi'icaines, les seules femmes étrangères ijui, à ci'lle époque, eussent visité ei'l endi'oil, savoir : miss Williams, miss Cutler, miss Z. .1. (JdJei', Maine, U. S., G juillet 1872. Elles saluaient du pays des Pins, .le voulus les IVdii'iter. et, dans un accès d'enlhousiasme ipie le lecleur, je l'esiiére, voudra liien me pardonner, car je suis un admiraleiu' des femmes courageuses, je m'écriai : « llurrali! poiu' les filles du Maine! ». Une heure après, nous étions sur le liord Odde, d'où le touriste ne mampiera pas d'aller visiter lo Bucr-Bracen, un des glaciers du Folgefoiui.
A une courte distanei' de Odde se trouve le Sandven-vand. lac ipie l'on dit être sans i)oiss(Mi, àcause de la froideur de ses eaux, (|ui descendent des glaciers. Non loin de son extièmité inlèiieuie est la vallée de .lordal ; c'est à sa partie supérieure (|ne repose le Huer-Hracen. Un sentier conduisant au bout de cet étroit vallon est d'une ascension facile, gradmdle, et dislanl de iIimix milles du glacier. Quatre ans avant ma première visite dans la vallée, lui énorme monceau de pierres était lf»ml)é en produisant ini luiiil terriliaid, ipii, dans l'éloignenient, résonna C(jmme le tonnerre et répercuta ses échos de colline en colline. A ( haipie [las, il y avait quelque chosi; h remarquer, soit en regardant les nKJiitagnes, soit en suivant de l'œil le couiant lorsqu'il arrive à la chute. A une [ilace, les champs de neige du Folgefonn i{qiosent sur un plaleau formant péninsule, lionlé, à l'est, par k lioi'd Sôr, h; lac Sandven et la vallée qui suit; à l'ouest et au n(»rd, [lar l'Hardanger, et, au sud, eu partie par le lac Aakre. Du coté orientai, comme nous l'avons vu, les montagnes tombent à pic. Au nord et au nurd-ouest, les versants sont plus bas, moins abrupts et moins nus. Au sud, vers le fiord Aakre, ils sont encore plus bas, mais en certains endroits très ia[iides el chauves. Le Folgefoiui est liiu'dé de iiondiivnx glaciei's. l'.iriiii les plus inqioi'iauis au nonl-ouesl, il fini cilcr li^ liondhus-Braeen, (pii est beaucoup plus grand que celui ipe- nous venons de déi-rire.
Les limites des neiges peipéluelles vorieiil, en lalitiule 00° 3', vers l'est, trois mille quatre centquarante pieds; à Blaadalsholmene, 59° 55', laliludc vers le sud-ouesl, lr(ds mille neuf cent i|uai'anle pieds; à Gjerdesdal, 61° 8', lalilmlc veis le nord-oiiest, deux mille qualre ceid quairevingt pieds. Le plus haut point de la crête neigeuse est de cinq mille deux cent soixante-dix pieds. On trouve de nombreux petits lacs près des glaciers. Une crête de montagne traverse le Folgefonn dans une direction nord-ouest et sud-ouest, et forme la Swartdal (vallée noire) el la Blaadal (vallée bleue); une autre cièle lurme la Kvilnaadal. Des blocs de pierres mêlés au sable prouvent leur origine incontestable. Le glacier avait atteint ce point il y a de longues années, el s'était retiré; mais il s'avance de nouveau; plus haut, notre sentier continuait |)ai' un bois dans lequel on pouvait voir des quantités de pierres couvertes de mousse, démoiilrant (|ue le glacier n'avait jias atteint cette altitude pendant un très long temps.
La vue de cet étroit glacier était imposante; elle faisait conccA'oir l'immense pouvoir destructeur de ce vaste corps de glace mouvante. Dans l'étude que nous avons faite d'autres glaciers qui se sont retirés, nous avons vu comment les blocs erratiques et des pierres plus petites ont élé déposés dans les champs aux é|»oi|ues anciennes, el, par les manjues de la glace sur les rochers, nous avons |)u suivre leui' cours; mais maintenant, devant le Buer-Braeen, nous pouvons comprendre comment les vallées ont élé creusées dans le roc solide |)ar celle forme d'eau la plus destructive, le glacier, (ielle masse immense, irrésistible, avance lentement et avance depuis longtemps. Mon guide me dil tpie, depuis l'année deriiiè|-e, il ;i marché el s'est avaiic('' de plus de .'iO pieds, en eiilrainanl Ion! a\ec lui. Tiuil |i' long de la base île la glace, il y avait inie crête transversale de terre, dans hnpielle de la verdure fraîche et i\vii pierics étaient mêlées ensendtle; le glacier les avait poussées en avaid en glissant sur les rochers. Sur la droite, une masse énorme de roc avait été déc hirée et comme tordue pai' la pression de la glace (pii s'avance. Le poids ijui a renversé cet oljstacle iloil avoir été prodigieux, car l'évidence de celle l'oice lerrilianle élail là, devant mes yeux. Même les solides murs de montagnes, couqiosés des plus durs rochers, ne pourraient arrêter la marche en avant du terrible glacier. Ce bloc de granit, arraché au côté de la montagne, avait environ 20 pieds d(!
UNE FERME MAL AVUlSINÉE 319
loiii^' sur 15 (le 1,11'ni'. Il ;i ('[(' lii'isé iiiéi^aleniciit, cl éiail encore couvert (le mousse. Une de ses [larties étnil reconverle de çjlace; la couche supérieure du glacier, ayant un courant plus Inil (|ue rinférieure, le couvrira finalement et le cachera à la vue à mesure cjue continuera la marche en avant. Si le glacier se retirait de nouveau, le bloc serait déposé en un nouveau lieu. Le glacier est descendu par une gorge rapide, sautant lidis couches distinctes de rocher et a été resserré entre des murs solides n'ayant pas plus de 230 à 300 yards de largeur vers l'extrémité. Les moraines que l'on voit plus haut, de ch.npic côté, étaient englouties plus bas dans de profondes crevasses formées parja pression de la glace et des récifs. A gauclie, les montagnes dominent; c'est le mont Reina, à o,2IO pieds au dessus de la mer, et le second [loinl le plus élevé du Folgefunii. La glace était d'un bleu magnifique; |;i caverne me p.irul pelile, mais exlrèniement iielle; son cours d'eau était loin d'être aussi bourbeux que ceux des glaciers du Justedal. Plus bas, dans la vallée, pas bien loin du glacier, il y avait la ferme Buer, et du versant de la montagne descendait une cascade d'une hauteur de 700 à 800 pieds. Le propriétaire de la petite ferme était en grande tribulation : il voyait avec anxiélé rapproche incessante de la glace, qui avait déjà détruit une partie de ses pâturages à la pointe de la vallée, et qui, dans quelques années, balayerait probablement le [)ctit bois oii nous avions passé ; alors le fermier serait forcé de chercher un refuge ailleurs et se verrait peut-être ruiné. Il avait essayé de vendre sa ferme ; mais personne n'avait voulu l'acheter, dans la crainte que ce ne fût de l'argent perdu. Il ne serait pas étrange, en elïel, ([ue, dans 40 ou 50 ans, le glacier atteignît le bord du lac Sandven ; alors il ne pourrait aller plus loin, car la glace fondrait dans l'eau; mais les glaciers sont capricieux dans leurs mouvements en avant ou en ariiére; il se peut que, dans quelques années, le Buer-Iiraeen recule au lieu d'avancer.