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CHAPITRE XXIV

LLS SAETCliS '

Les saetcrs. É|ioi|UC ilii iléput pour les moiilïisriies. — Préparatifs avant ilc se rendre aux saetcrs. — Hameaux iltscrls. — Départ de Slavanster. — Samson. — La vallée Suledal. — Réception an presbytère. — Ferme de Samson. — Le lac Suledal. — Sur les monlaiînes il Kôldal. - Le Valdal. — Le sacler Valdal. — Une famille de Ilardaii:.'er. — Vie du saelcr. — lilniauclie. — l)opart du iiére pour la ferme. — Hautes munlairnes. — Neige ronge. — Le saelcr Bjûrn-Vand. — Amliji'ir et Marllie. — Adieu au sacler Hjôrn-Vand.

Los (I saeltM's » so Iriiiivciit ;iii milieu ik'S imjiil;i.i^iies, loin des l'eriii(>s. sur les bords de l;ics solitaifes el de rivières, on sur les versants de inanieloiis. au delà des limites où eroil le t;r;iiii. ('e soiil des liultes, coiislniiles en roiidiiis ou eu pieri'es hriiles, oi'i, |ieiidaiil les mois d'élé, les gens iriiiie Terme conduisenl leur hélail an |iàlnra!:i'; ear, dans ces déserlsde rocliei's, heaneonp de places son! cdiiverles d herbes ar(unali(|ues (|ui doiinenl an lail nue riche saveiii'. Bien des saelers soni il lin accès dillicili'; homines el hèles oui à lra\ersei' île hantes chaiiii's lir nioiilai^nes el des llii|ui'S de iieim'. sans ciiin|ili'r les ri\ièies qn il laiil passera iiwr. Solilaire esl la \ ie iiu'nn passe dans ces iiionlai;iies ; une hiisouileuxseidemenl.dnranU'ètè. le lermierv inniile pour voir comment vont ceux (pi'il y alaissès,ap|ireiidre des nouvel les de ses Ironpeanx Cl savoir si la saison a été bonne. Quand l'été esl i'roiil on hiimrde, on

MŒURS PATRIAHGALES 323

obtient moins de lait; il faut se rappeler que, pour maint fermier, une abondance de beurre et de fromage est nécessaire, afin de pouvoir, avec le montant de leur vente, acheter les fournitures indispensables pour la maison. Lors de ces visites, ils apportent des provisions et remportent le produit de la laiterie. L;i vie du saeter est aussi très dure; les pâturages son! fort loin des Inities, et, loule la journée, les filles doivent suivre le troupeau, (ju'il pleuve ou qu'il fasse beau, et ne rentrer que le soir, ayant froid, ayant faim, et souvent trempées jnsipi'aux os.

Dans certaines montagnes, les pâturages sont très abondants et les saeters nombreux; dans d'autres, ils sont médiocres et éloignés. Presque tous les fermiers en possèdent un; mais ceux (pii ont plus de terrain dans la montagne qu'il ne leur en faut, en louent une [)artie aux moins fortunés. Quoique la famille qui possède un saeter soit quel(|uefois très pauvre et n'ait que trois ou quatre vaches, ses membres montrent la même impulsion généreuse qui caractérise la nation, et ces braves gens m'ont toujours aussi bien accueilli que leurs riches voisins.

Dans beaucoup île districts, on part pour le saeter vers le milieu de juin; répocpie varie parfois : mais, généralement, elle ne dépasse pas la Saint-Jean, selon la distance et la hauteur des montagnes à traverser. On revient entre le milieu et la fin de septembre, et, si l'on a beaucoup de hauteurs à franchir, dans la i)remière semaine de septembre.

Des jeunes filles, orgueil de leur famille ou du voisinage, resteront toutes seules dans les montagnes, où elles se sentiront aussi en sûreté que dans la maison de leur père ; elles ne craignent pas d'être molestées, car elles se fient à l'honneur et à la loyauté du sang bonde. Rien ne m'a plus impressionné en Norvège que cette foi simple et candide.

Le jeune amoureux vient une ou deux fois égayer les heures de sa bien-aimée, mais seulement pour un jour; s'ils sont engagés, il est encore mieux accueilli, car, en automne, quand les travaux de la moisson seront terminés, la noce aura probablement lieu. Bien des amours ont commencé et se sont nouées en ces endroits où le cœur de la jeune fille est rendu plus sensible par la solitude.

Quehjues jours avant le départ pour le saeter, une grande animation

règne dans la ferme; on emballe les seaux à lail, les barattes, les vaisseaux en bois, le grand pot de fer, le moule au fromage, deux ou trois assiettes, une ou deux tasses, une poêle à frire, et surtout la bouillotte à râlé. On n'oublie i)as le sel |huu' le bétail, la farine à mêler au lait érréiiié pour les veaux, le pain et une bande de lard pour le dimanche, le calé, le sucre, et les couvertures ])oar les lits. Les filles prennent leurs habits du dimanche, ainsi que leurs livres de i)riéres; en semaine, elles mettent leurs vieux vêtements; elles emportent aussi luie bonne provision di' laine lilée pour faire des bas, des mitaines, ou des gants pendant leurs heures de loisir, et des morceaux de toile sur lescpiels elles peuvent broder. Le vieux cheval (pii porte la charge est laissé en liberté dans les montagnes pour y paître pendant quehiues semaines; car le labourage est fini, et l'herbe ou le foin de l'année précédente est mis soigneusement de côté.

Le malin du départ, les vaches, moutons, chèvres et porcs sont confiés aux enfants (pii les empêchent de s'éloigner. Si la ferme est petile. si les gens sont pauvres, toute la famille va au saeter jusqu'au moment de la récolte. On voit souvent une mère portant son dernier baby sur le dos. Avant de jiartir, la fermière i)rè|iare un bon repas pour les ouvriers de la ferme, ou la partie de la famille qui doit accompagner les filles au saeter, — les domestiques louées pour la saison. Ceux qui marchent en tète soufflent dans de grandes cornes dont les sons perçants appellent les animaux, auxquels on donne de temps en temps du sel pour les amadouer; les enfants les tiennent en ligne.

Pendant l'été, les fermes et les hameaux sont déserts; on ne peut se procurer de lail doux, si ce n'est aux stations de relai; la vie domestique fait défaut. En cette saison, j'évitais les grandes routes encombrées de touristes, et j'allais dans les montagnes explorer chaque année un groupe différent; je vivais toujours dans les saeters, où je vais maintenant conduire le lecteur.

Au commencement de juillet, je (piiltai la vieille vilji' de Stavanger. La navigaliiui sui' le tioni fui liés intéressante à cause des maniues de mer gravées sur les cotés idchciix de Slenso, aune hauteur de 150 à 175 pieds. On voyait aussi dans l'étroite vallée de l'Aardal quatre terrasses distinctes, les unes au-dessus des autres. Après un trajet de douze heures, nous arrivâmes à l'cxtrémilé du liord Sands, branche du Stavan-

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